A M. FEUILLET DE CONCHES
Ce 19 mars 1867.
Monsieur,
11 est impossible, en effet, que nous ayons été dupe sans en dire quelque chose, comme excuse au moins, au public.
DE C.-A. SAINTE-BEUVE
Je ne compte nullement, d'ailleurs, faire un résumé d'une discussion qui s'est fort étendue et au delà de ce qui me concerne. Il s'agit pour moi uniquement des lettres du début, de celle citée par vous au tome II des Mémoires d'un curieux, de la branche adressée à la sœur des Pays-Bas. Je suis arrivé à penser qu'elles sont fausses, qu'elles ont été fabriquées; je m'étonne moins de n'y avoir trouvé rien de bien nouveau ni qui ne fût connu, ce qui vous a paru surprendre dans le temps. Le ton seul et la coïncidence avec ce qu'on savait pouvaient paraître chose piquante.
Quand vous me produiriez des autographes de ces lettres, il me serait toujours impossible de m'expliquer comment M. d'Hunolstein croit avoir également des autographes, comment et de qui il les tient, etc. ; toutes questions auxquelles je n'ai vu aucune solution dans ce que vous avez écrit ou dans ce qui a été écrit par d'autres dans votre sens. C'est là, au reste, le seul point précis sur lequel je suis tenu d'exprimer un avis. 11 m'avait semblé qu'une réponse prompte et ad hoc, faite en temps utile, eût été convenable de votre part : vous avez beaucoup attendu. A votre place, j'eusse fait autrement. J'ai regret qu'une collection aussi considérable et aussi précieuse que la vôtre, un si riche recueil contienne un début et une mise en train de drame qui demeurent à bon droit suspects.
Agréez, monsieur, l'expression de mes salutations distinguées ^
1. Sainte-Beuve a résumé toute cette discussion avec M. Feuillet de Conches, au sujet de l'authenticité des lettres de Marie-Antoinette, dans quelques pages qu'il a ajoutées à la fin de ses trois articles sur Marie- Antoinette [Nouveaux Lundis, t. VIII).
CDIIl.