A MADEMOISELLE CAMILLE BACHELARD, A GENÈVE
Paris, 14 juillet 1867.
Mademoiselle (car je crois que c'est ainsi qu'il faut vous appeler), je , décacheté moi-même mes lettres, je les lis tout seul et j'y réponds, quoique en ce moment je sois un fort mauvais correspondant, à cause d'un flot d'affaires qui m'est survenu.
Votre lettre me plaît beaucoup; les sentiments que vous exprimez ont toujours été ceux que j'aurais été le plus flatté d'inspirer aux lectrices et amies inconnues. Vous savez
DE C.-A. SAINTR:BEUVE.
(puisque vous m'avez lu) combien j'aime votre pays, combien j'ai rêvé devant vos paysages, combien j'aurais aimé, à une certaine saison de ma vie, y vivre et m'y oublier! Dans ce que vous me dites, il y a une légère méprise qui tient à l'ordre de vos lectures : j'ai d'abord admiré et aimé Lamartine autant que vous, si ce n'est plus (voir mes Poésies, mes premiers Portraits contemporains) ; mais avec les années Lamartine s'étant gâté, et moi peut-être aussi, j'ai été sévère, je vous permets de dire injuste; maintenant, le tour des choses achevé, je suis revenu avec lui aux respects et aux tendresses.
11 est un temps où, après une lettre comme celle-là, j'aurais désiré vous connaître; aujourd'hui, infirme avant l'heure et humilié, je ne désire plus rien, si ce n'est inspirer de pareils sentiments et les entretenir, de temps à autre, par l'expression de ma reconnaissance.
Agréez, chère mademoiselle, l'expression de mon respect.
CDXXXVII.