‹ CorrespondanceChapitre 21 sur 66 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

A LA MEME Baden, septembre 1834,

Madame, Jai écrit 4 Paris pour qu’on me fasse passer quel- ‘+

que argent, en outre de ce que me doit M. Buloz. Ne connaissant personne dans cette ville, et la poste ne Ronan pas a l’étranger, j’al pris nt liberté de dire qu’on vous adressat cet argent. Auriez-vous l’extréme bonté d’envoyer a la poste le toucher pour moi, et de me le faire passer 4 Baden? Vous recevriez (sic) de Paris un petit mot d’avis pour le jour ou l’envoi sera fait. J’ai pensé que vous voudriez bien me rendre ce service par Vintermédiaire d’un de vos employés ; il n'y aura qu’une adresse a mettre.

Agréez, madame, l’assurance de mon respect.

A LA MEME

Strasbourg, vers le 4 octobre 1834.

Madame,

Je pars a l’instant et ne puis vous remercier moiméme de votre complaisance.

Mon séjour 4 Strasbourg, ne peut, madame, que mavoir été agréable, puisqu’il m’a fourni l'occasion de faire la connaissance d’une personne aussi obliweante que vous voulez bien l’étre envers moi.

Agrez, Madame, l’assurance de mon respect.

; A SAINTE*BEUVE

Octobre 1834.

Je ne vais plus vous voir, mon ami, c’est que je ne

D’ALFRED DE NUSSET 107

le puis ; ah! mon ami, si vous avez jamais souffert de ce misérable mal d’amour, plaignez-moi, en vérité. J’aimerais mieux avoir les deux jambes cassées.

Voila deux jours que je ne l’ai vue, et qui sait quand ce sera ? Elle est gardée — adieu — j’ai le cerveau en capilotade, soyez-moi discret, j’en suis honteux.

A vous de ceeur.

Mercredi matin.

A GEORGE SAND S. d. (Octobre 1834.)

Je te quitte, et une affreuse idée s’est emparée de moi. Tu as écrit 4 tes amis du Berry. Mon enfant, mon enfant, que je suis coupable envers toi! Que de mal je t’ai fait cette nuit! Oh, je le sais! Et toi, toi, voudrais-tu m’en punir?O ma vie, ma bien-aimée, que suis malheureux, que je suis fou, que je suis stupide, ingrat, brutal! Tu es triste, chére ange, et je ne sais pas respecter ta tristesse! Tu me dis un mot qui m/afflige, et je ne sais pas me taire, je ne sais pas sourire, je ne sais pas te dire que mille larmes, que mille affreux tourments, que les plus horribles malheurs peuvent tomber sur moi, que je peux les souffrir, et qu’ils n’ont qu’a attendre un sourire, un baiser de toipour disparaftre comme un songe! O mon enfant, mon 4me! Je t’ai pressée, je t’ai fatiguée,quand Je devrais passer les journées et les nuits a tes picds, a attendre qu’il tombe une larme de tes beaux yeux

ne

pour la boire, 4 te regarder en silence, 4 respecter tout ce qu’il y a de douleur dans ton cour; quand ta douleur devrait étre pour moi un enfant chéri que je bercerais doucement. O George! George! écoute : ne pense pas au passé; non, non! au nom du ciel, ne compare pas, ne réfléchis pas. Je Vaime comme on n’a jamais aimé. O ma vie, attends, attends, je ten supplie, ne me condamne pas. Laisse faire le temps ; écris-moi plutét de ne pas te revoir pendant un mois, que sais-je? O Dieu, si je te perdais! Ma pauvre raison n’y tient pas. Mon enfant, punis-moi, je t’en prie : je suis un fou misérable, je mérite ta colére, bannis-moi de ta présence pendant un temps ; tu n’es pas assez forte toi-méme pour m’aimer encore, et moi, et moi je t’aime tant! Oh! que je souffre, amie! Quelle nuit je vais passer! Oh, dis-toi cela, au nom du ciel, au nom de ta grand’mére, de ton fils, dis-toi que je t’aime : crois-le, mon enfant. Punis-moi, ne me condamne pas. Tiens, je ne sais ce que je dis : je suis au désespoir. Je t’ai offensée, affligée, je t’ai fatiguée. Comme je t’ai quittée! Oh! insensé! et quand j’ai eu fait trois pas, j’ai cru que j’allais tomber. Ma vie, mon bien supréme, pardon, oh, pardon agenoux! Ah, pense a ces beaux jours que j’ai la dans le cceur, qui viennent, qui se lévent, que je sens la. Pense au bonheur, hélas ! hélas! si ’amour I’a jamais donné. George, je n’ai jamais souffert ainsi. Un mot, non pas un pardon, je ne le mérite pas ; mais dis seulement : )’attendrat; et moi, Dieu du ciel, il y a sept mois que j’attends, je puis en attendre encore bien d’autres. Ma vie, doutes-tu de mon pauvre amour? O mon enfant, crois-y ou j’en mourrai.

A LA MEME

S. d. (Octobre 1834.)

J’aiune fiévre de cheval. Impossible de tenirsur mes jambes : j’espérais que cela se calmerait. Comment donc faire pour te voir? Viens donc avec Papet ou Rollinat ; il entrerait le premier tout seul, et quand il: ny aurait personne il touvrirait. Aprés diner cela se peut bien. Je me meurs de te voir une minute, si tu veux. Aime-moi. Vers huit heures, tu peux venir, veux-tu ?

A LA MEME

S. d. (Octobre 1834.)

Le bonheur, le bonheur, et la mort aprés, la mort avec! Qui, tu me pardonnes, tu m’aimes! tu vis, 6 mon Ame, tu seras heureuse ! Oui, par Dieu, heureuse par moi. Et oui, j’ai 23 ans, et pourquoi les ai-je, pourquoi suis-je dans la force de l’dge, sinon pour te verser ma vie pour que tu la boives sur mes lévres ! Ce soir, 4 dix heures, et compte que j’y serai plutét (sic). Viens dés que tu pactrass viens pour que je me mette 4 genoux, pour. que je te demande de vivre, d’aimer, de.pardonner |

Ce soir, ce soir.

A LA MEME S. d. (Octobre 1834.)

Quitte-moi, toi, si tu veux. Tant que tu m’aimeras, c’est de la folie, je n’en aurai jamais la force. Ecrismoi un mot. Je donnerais je ne sais quoi pour t/avoir la. Si je peux me lever, j’irai te voir.

A LA MEME

S. d. (Octobre 1834.)

Mon ange adoré, je te renvoie ton argent. Buloz m’en a envoyé. Je t’aime, je t’aime, je t'aime. Adieu, 6 mon George, c’est donc vrai? Je t'aime pourtant. Adieu, adieu, ma vie, mon bien. Adieu, mes lévres, mon coeur, mon amour. Je t’aime tant, 6 Dieu! Adieu. Toi, toi, toi, ne te moque pas d’un pauvre homme.

A LA MEME

S. d. (Octobre 1834.)

x -. Mon cher Georgeot, je vais partir. Je suis tellement : misérable que je n’ai méme pas le courage d’attendre “.jusqu’d ton départ. J’ai fait mes petits paquets et ma

D’ALFABD DE NUSSET 111

place est retenue pour ce soir. Malgré que nous soyons aujourd’hui dans cette tristease des jours gras, voudras-tu me donner un quart d’heure d’adieu? Ce ne sera qu’autant que tu ne t’en effraieras pas. Si tu ne peux pas, écris-moi un mot que je ne parte pas sans une poignée de main, un dernier souvenir.

Ton pauvre vieux liévre.

LNII

A LA MEME

S. d. (Octobre 1834.)

Mon enfant, viens me voir ce soir, je t’en prie. J’ai écrit sans réfléchir, et si je t’ai parlé durement c’est sans le vouloir. Viens, si tu me crois.

A LA MEME

S. d. (Octobre 1834.)

Je m/’apergois, mon enfant, que ce que je t’avais demandé n’est pas chez toi; je ne sais pourquoi tu me renvoies ces oripeaux des anciens jours de joie; si tu n’en voulais pas, il fallait les jeter par la fenétre.

I] me semble comprendre 4 ta lettre que nous ne nous verrons plus avant ton départ et le mien. Je pars lundi; ma place est retenue dans la malle-poste de Strasbourg. Les derniers mots de ton billet ont Yair d’un adieu, et un mot de notre derniére conver-

sation m’a presque oté le courage de t’en dire un autre. Je suis étonné qu’il reste dans mon cceur de la place pour une souffrance nouvelle. Qu’il en soit ce qui plaft 4 Dieu.

A LA MEME

S. d. (Octobre 1834.)

C’est chez toi, mon enfant, que j’irai te dire adieu. Je t’avais écrit non pour te demander de venir ailleurs, mais simplement pour étre sar de te voir un instant. Ne t’effraye pas ; je ne suis de force a tuer personne ce matin.

BX

Page 1