A M™° MENNESSIER-NODIER
Vendredi, mai 4843.
Je vous remercie, madame, de votre remerciement.
J’ai peur que vous n’ayez peur encore d’un sonnet; c’est pourquoi je m’empresse de vous rassurer. Vous avez tort de croire que le silence ne dit rien; il en dit quelquefois beaucoup, et méme trop, et méme pas assez. Je crois qu'Odry en personne, de qui vous me citez une phrase mémorable, serait de mon avis la-dessus. Vous voyez que je connais mes auteurs.
Sérieusement parlant, je vous remercie mille fois de votre bonne et aimable lettre, et je vous prie d’agréer Vassurance de mes sentiments les plus distingués et les plus respectueux.
Si vous rencontriez le docteur Neophobus, voudriezvous étre assez bonne pour lui faire de ma part un sincére et trés humble compliment sur quelques pages de la Revue de Paris, ov il a trouvé le moyen d’étre a la fois charmant et raisonnable, chose qui devient de plus en plus rare (1).
A LA MEME
Dimanche soir, S. d. (1843.)
On a da vous remettre, madame, une lettre pour votre protégé. Je serais bien coupable de vous avoir portée si tard, si je n’avais 4 vous donner une excuse que vous agréerez, j’espére ; c’est que j’ai manqué mourir la semaine passée. J’ai été pris d’une fiévre nerveuse, fort sot mal que je ne souhaite 4 personne, et je ne fais que revenir & la clarté du jour.
(1) Ces pages, intitulées les Marionnettes, ont paru dans la Revue de Paris du 28 mai 1843.
J’ai écrit selon vos volontés le moins mal que j’ai pu, c’est-d-dire encore trés mal,
Le ciel m’a refusé l’esprit de faire ou de recevoir un compliment, J’ai besoin d’étre aimé pour mojméme comme Almaviva, indépendamment de toutes les phrases, protocoles, etc. Ainsi vous me pardonnerez si ma lettre est béte. Je vous |’ai portée pour vous prier de vouloir bien Ja faire parvenir au jeune homme en question, attendu que l’adresse qu'il a mise au hag de son sonnet est pour moi un mystére géographique.
Jaurais été bien heureux, madame, que cette petite correspondance eit été pour moi une occasion de vous revoir quelques instants dans ce respectable Arsenal ou nous avons tant dansé a quinze ans. Hélas! nous sommes tous devenus de grands personnages, et la glotre, qui ne danse pas, a tout séparé. Elle vous a du moins permis de rester ce que vous étiez, l’une des femmes les plus charmantes et les plus spirituelles de cet ennuyeux temps. .
Veuillez agréer, madame, mes compliments respectueux et empressés.