IV. — Fragment public dans le catalogue Noilly, n
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pour ce que vous leur avez envoyé (8). Ils ne son! pas grands écriveurs de leur nature, et c'est ce qui fait qu'on attache plus de prix à une seule lettre qu'on possède d'eux. Leur haute position les met au-dessus de ce qui serait une impolitesse pour d'autres ; mais vous sentez que, recevant tous les joursdes paquets énormes d'opuscules de par toute la France et aussi, surtout, de l'étranger, il faudrait qu'ils consacrassent tout leur temps à écrire des lettres, et cela serait dommage pour tout le monde...
AU D"" LABUUME
Aix, octobre i834-
Mon cher papa, ...J'ai vu Avignon, j'ai vu Vaucluse. Tout cela est admirable. Combien j'aurais dû regretter de mourir sans avoir vu ces beaux pays. Je prends toutes sortes de moyens pour rendre le voyage le moins coûteux possible, par les bateaux, les pataches ou à pied. C'est plus long, mais la campagne est pleine d'attraits. A Avignon, il y a des églises char-
V. — Piibl. par L. de Bare, Nouvelle Revue internationale, i"" mai 1894.
mantes, toutes peintes à l'intérieur. J'ai suivi les bords de la Durance. C'est plein d'îles. C'est très beau. Il y a un pont d'au moins une demi-lieue. A Aix, je vois le châleau du roi René. Les champs sont pleins d'oliviers et de mûriers. Les figues sont délicieuses. Ici, on boit du vm du midi et l'on mange de la cuisine à l'huile. Adieu, papa, portetoi bien. Je t'embrasse. Moi, je vais voir lamer(9).
A JEAN DU SEIGNEUR (lo)
4 novembre ^1834.
Mon cher Du Seigneur, ... Hé bien, me voilà dans une belle position: je n'ai pas d'argent à Naples et pas d'argent à Marseille. Je n'y comprends rien. Tu n'as donc pas reçu mes deux lettres, l'une d'Aix(ii), l'autre de Nice, il y a cinq semaines ? ou il y a donc eu quelque incident que je ne sais pas ? Tu es malade ou mort, ou tu étais à la campagne. C'est ce qui me paraît le plus probable... Voilà ce que je demandais (12).
Art. 5. — Si tout cela manque.., si Paris est
VI. — Publ. par M. Maurice du Seigneur dans h Conseiller da Bibliophile, 1876.
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enterré par un tremblement de terre, ou la Bourse l'outiroyL'o, ou M. Mignotte suicidé, et toi Jean du Seigneur abymé connue Don Juan par ses propres statues ! S'il n'y a plus d'argent au monde, plus de notaires, d'agents de change, de banquiers (ce (jue je désire, sans l'espérer), il faudrait toujours nie prévenir et m'expliquer le tout dans une lettre ajjranchie, adressée à Marseille, et dans une autre non affranchie adressée à Ag-en (i3); fais attention qu'il yae/, et non pas ou; c'est pour prévoir tous les cas possibles.
Art. 6. — Ne pas perdre une minute, car je n'ai que 5 sols, quoicpie je ne sois pas le Juif Errant, quoique je sois errant. Je suis, il est vrai, à l'hôtel à crédit, mais à la longue le crédit peut s'inquiéter.
Je t'embrasse, mon bon Jehan, et te remercie pour tous les dérangements que je t'occasionne et compte sur moi entièrement.
Bonjour à tout le monde, et à bientôt,
GÉRARD LABRUNIE.
Suscription : A monsieur Du Seigneur, statuaire Rue de l'Odéon, n"^ 20, 21,22, 23, 24 ou 2.1 à Paris.
S' il est à la campagne ou n'y est plus : A monsieur Rogier, peintre, Rue des Beaux- Arts, /i" .7.
38 GORRKSPONDANCE
On à monsieur Gautier {Théophile), à la barrière de Passy, dans le bâtiment de la barrière.
Ou à Monsieur Darq, Rue Hyacintlie Si-Michel, n'' 22.
A E. RENDUEL (l4)
Marseille, 0 novembre i8o4.
Mon bon monsieur Renduel, Voulez-vous me rendre un petit service ? Ce serait défaire demander chez MM. HeideloffetCampé, rue Vivienne, un livre allemand intitulé Z)/e Tochter der Luft, je crois, drame de Raupach (i5). Ils connaîtront bien cela chez M. Campé, quand même le litre ne serait pas exact. S'ils ne l'ont pas à Paris, mais ils l'auront, vous les feriez prier de le faire venir d'Allemagne et de me le garder à Paris, où je serai bientôt ; s'ils l'ont, vous auriez la bonté de me le faire envoyer sans perdre une minuie par la poste chez M. Noubel, libraire à Agen (département de Lot-et-Garonne), pour M. Gérard Labrunie. Comme il faudra payer la poste et le libraire,
VII. — PuLl. jiar M, Adolphe Jullica : le Romantisme cl l'éditeur Rendael.
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et que jfi ne jniisle faire d'ici, je vous prie de v<juloir l)ien vous eu charger (mais quaut au livre, je crois que vous j)ouvez le j)rendre à crédit comme libraire). La poste peut coûter un iianc et le livre quatre francs, ou un peu plus ou un peu moins. Ce fesant, vous me seriez bien at^rëable et bien utile, et je vous serais bien reconnaissant. S'il est impossible (juc le livre me parvienne cinq à six jours après l'arrivée de la présente lettre chez vous, il vaut mieux me le garder; et si M. Ileideloff n'a pas le livre, vous voudriez bien, dans tous les cas, le prier de le faire venir.
Maintenant, je vous prie de recevoir les salutations d'un heureux voyageur ([ui rentre à l'instant dans sa patrie avec autant de plaisir (ju'il en avait eu en la quittant. La librairie belî^e infecte toute ritalie d'une manière déplorable, mais vous le savez comme moi(i6). C'est incroyable qu'il se vende autant de livres français en Italie sans que vous y soyez pour rien. Des libraires de Gênes et de Li« vourne m'assuraient qu'il se vendait plus de livres français modernes en Italie qu'en France. C'est à Rome et à Naples qu'il s'en vend le moins. Mais c'est à Livourne qu'est la plus forte librairie (Marvilly); ils impriment même dans la ville, notamment Barnave (17), en un volume, dont il y a déjà deux autres éditions en JJelyique.
Il me semble que, cela étant ainsi, vous pour-
40 GORnESPONDANCE
riez bien çag"iier à publier des éditions à bas prix en Belgique : vous les gagneriez toujours de vitesse en imprimant là en même temps qu'à Paris. Gela est si vrai qu'à Florence les libraires attendaient encore avec impatience Volupté, qui leur était demandé partout et qui n'était pas encore arrivé de Bruxelles quand j'y ai passé vers le lo octobre. Ils avaient également le Spectacle dans un fauteuil, mais pas encore la prose. C'est ce retard seul qui fait que les cabinets de lecture vous achètent vos éditions de France ; mais s'ils ont besoin d'un re-exemplaire, ils attendent Bruxelles. Mais en Italie on achète plutôt les livres (pourvu qu'ils ne soient pas chers) qu'on ne les prend au cabinet; c'est le contraire de Paris ; c'est ce qui fait, je pense, que le débit doit être beaucoup plus grand qu'à Paris et que vous auriez un grand avantage à entrer en concurrence avec Bruxelles. Ce que je vous dis pour l'Italie doit être encore bien plus vrai pour la Belgique. Il est vrai de dire que leurs éditions sont à présent très soignées, mais je crois que le nom d'un libraire français présenterait plus de garanties d'exactitude au lecteur étranger. Pour moi, je ne rapporte dans mes poches aucune de ces jolies éditions à bon marché de Bruxelles, et crois par conséquent avoir droit à votre estime. Je suis à Marseille, où l'on vend et lit beaucoup de livres. Notamment les Paroles cVun croijant (édition de
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Bruxelles) dans les marchés, le port elles rues, sur papier gris, mais seulement chez les libraires ambulants ou étalant le lonç;- des murs. Du reste, pas (l'autre livre ({ue celui-là, et j'en suis étonné, ru la facilité qu'il y a à passer ce qu'on veut à la douane de la mer.
Adieu, je compte sur vous et suis tout à vous.
GÉRARD LABRUNIE.
Faites-moi donc le plaisir encore de mettre cette feuille sous enveloppe quand vous l'aurez lue et de l'envoyer à Duseigneur, ou à Théophile, ou à Nanteuil : elle est pour eux et les autres. C'est que les ports de lettre sont chers d'un bout de la France, où je suis positivement, à l'autre presque, où vous êtes.
[AJ. Duseii^neurjTh. Gautier ouC. Nanleuil.]
Vous croyez, parce que je suis sans argent à Marseille (mais cela n'est plus vrai depuis quelques heures), que j'y vis médiocrement : vous vous trompez. Je suis à l'hôtel, où je dîne splendidement à crédit et me refais de mes voyages. C'est que, dans tout hôtel moins beau que l'hôtel des Princes, on éprouverait quelque inquiétude à me voirsans malle et presque sans bag-age. J'ai fait en sorte de me souvenir de Robert Macaire. J'avais, en débarquant, cinq sols. J'en ai donné deux pour
me faire cirer. Je suis allé jusqu'au coin de la rue, où est l'hôtel des Princes ; j'ai trouvé deux gamins et je leur ai promis trois sols pour porter mes effets; l'un a pris mon sac, où il y avait principalement un grand pain qui me restait de Naples ; l'autre a pris la petite valise en cuir que d'Arc (18) m'a donnée, où il y avait deux citrons, des pommes et des poires, le reste de mes provisions ; et tout bien agrafé, je suis entré sous le vestibule entre mes deux acolytes : j'avais heureusement retrouvé une vieille paire de gants jaunes.
Vous ne croirez pas à ces beaux apprêts, mais cela m'est égal. Le maître de l'hôtel m'a donné une belle chambre : j'aurais craint de porter atteinte à la considération nécessaire en demandant quelque chose de très inférieur ; du reste, tout ce luxe n'est pas fort coûteux à Marseille, où tout est bon marché. Heureusement il y a la bibliothèque publique : voilà pour ma journée. Je n'ose guère marcher, parce que mes bottes se fendent. J'ai fait tous ces jours-ci le roman intime que nous savons : je sais que cela est usé, mais je vous jure que mes bottes le sont encore plus, et il faut cela pour que j'en parle. Mais j'ai toujours bien dhié : figurez-vous que je ne mangeais que du macaroni et des fruits depuis quinze jours, plus cinq jours de tempête, où je n'ai pas eu le mal de mer. Je décous ma lettre à dessein pour que Renduel ne se fig-ure pas
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que je vais publier mes impressions tle voyage et (jue c'en est une.
A table, il y avait une jolie dame avec un vieux militaire, qui avait un çrain de folie et qu'elle conduisait à Nice pour l'hiver. Un homme très bien, son mari ! Au milieu du dîner il lui prend une fantaisie de demander du champag^ne : c'est une folie très douce. La dame se récrie que les médecins l'ont défendu : il en demande deux bouteilles. On n'ose pas refuser, car, disait la dame, il aurait tout brisé; mais, pour qu'il en bût le moins possible, elle a fait demander des verres pour tout le monde et elle nous en versait tant qu'elle pouvait pour qu'il en restât moins à son mari. C'était adroit. Le lendemain nous venons à parler du Lacrima Cristi mousseux et du vin d'Orvieto qui pique : voilà le monsieur qui redemande du Champagne. Si cela pouvait devenir son idée fixe ! Mais nous étions très peu de monde, parce que tout le monde du bateau à vapeur était parti. Il y avait des dames qui n'en voulaient qu'une goutte, des gens âgés craijj^nant de s'échaulfer ; de sorte que la dame, qui, je crois, m'a soupçonné d'avoir trop appuyé sur les vins mousseux d'Italie (mais elle a tort), la dame m'en versait tant qu'elle pouvait. C'est très féminin, cette manière de reproche. C'est bien. Voici le mal : le monsieur se vexait, il est sorti de table. C'est naturel. Le fou n'aurait pas voulu qu'on partageât
sa sensation ; riiomme, que l'on but son vin ; le mari, que sa femme prît tant de soin d'un jeune homme. Oui, d'un jeune homme. Je n'ai pas l'air d'un Antony,je le sais, mais aux yeux d'un mari et d'un fou je puis paraître encore redoutable.
Vous me direz que ceci n'est pas drôle, mais quand on fait quelque cent lieues pour le rencontrer, on mérite considération. Et puis, que voulezvous que je vous dise, ici où, n'ayant ni argent, ni le moindre divertissement, toutes mes idées convergent vers ce point lumineux : la table d'hôte à cinq heures et demie? Maintenant j'ai de l'argent, mais il fait un temps abominable, suite des tempêtes que nous avons essuyées sur mer. Est-ce étonnant que je n'aie pas eu le mal de mer, quand on ne pouvait pas se tenir debout sur le pont ! Je vous conterais bien ma traversée comme je l'ai contée à mon père, mais vous n'y croiriez pas. J'aime mieux vous la dire de vive voix [)arce qu'alors je vous ferai des serments tellement affreux que vous direz : C'est possible. Je n'ose pas davantage vous parler de mon séjour à Naples. Voyez quel malheur ! Je me balance misérablement entre le roman nautique (19) et la couleur locale. Je vais dîner à la table d'hôte. Tâchez donc d'arranger tout cela pour que mou voyage ne me fasse pas de tort : je vous promelii que je suis devenu très naïf.
Je lis Jacques, j'en suis à la moitié du premier
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(volume) : je trouve jusqu'ici (jue c'est de l'analyse un peu terre à terre. Cela ne sort guère du niveau de M"" Cottin et de M™* de Souza (20) ; ce ne sont pas là encore les belles pages de Lélia, mais il faut espérer que cela viendra. D'après les articles de journaux, le plan paraît très riche et très beau. C'est l'idée du Peintre de Salzboiirg, (le Charles Nodier : je suis étonné que les journalistes ne l'aient pas remarqué. Cela importerait beaucoup pour leur critique, cela importe peu pour la mienne, mais je n'aime pasbeaucoup qu'un roman soit un syllogisme. Cela paraît combiné presque comme le roman de Goethe, les Affinités électives, dont lui-même donnait l'analyse soit en termes d'algèbre, soit en termes de chimie. Les quatre personnages de Jacques sont bien posés, comme ceux des Affinités ; on peut même les représenter par a, b, c, etc.; seulement, je crois que dans Gielhe, le quatrième est jc, l'inconnu.
Je pars pour Nîmes. Je vais faire une partie du chemin sur le bateau à vapeur, sur un canal qu'on vient d'ouvrir par là. On m'a dit que j'y verrais la Locuste de M. Sigalon. Je compte trouver là quel([ue dédommagement d'avoir très peu vu le Jugement dernier de Michel-Ange à la Chapelle Sixtine, qui est offusqué par les échafaudages du même M. Sigalon. Au musée de Naples,j'en ai vu une belle copie, mais extrêmement diminuée. Oh !
46 COKRESPONDANCE
la belle Judith de Caravage que j'ai vue au musée de Naples! Naples, quand je pense que la cendre chaude du Vésuve n'a pas peu contribué à la démoralisation de mes bottes ! Cela avait desséché le cuir, qui s'est fendu. Mais n'en parlons plus, puisque j'ai maintenant de l'argent et des bottes. Je voudrais que ce fussent des bottes de 207 lieues pour être à Paris dans l'instant.
Les journaux de Marseille nous annoncent l'arrivée d'Alexandre Dumas. Je ne puis pas l'attendre. Ah ! que Nanteuil pense donc aux deux derniers volumes et à Ashéuérus. J'ai vu ses vignettes à Florence et à Naples, et ])artout. Il y avait aussi de plus M. Nanteuil à Rome (Charles) qui faisait des caricatures dans le Café Grec (21). L'Italie est bien belle, mais elle n'a pas de beurre : voilà pourquoi je vous conseille d'aller manger du macaroni à la ville de Naples, et des stoffato, et des croquettes, etc., attendu que sa viande de boucherie n'a pas le moindre goût. J'ai vu à Civita-Vecchia cette fameuse troupe de bandits qu'on a prise à Terracine : ce sont des malheureux en pantalons, vestes de velours et chapeaux tromblons. Maintenant, si je vous parais désillusionné touchant la cantine et les brigands, je vous dirai que sur tout le reste je suis incandescent. Ainsi prenez-y garde !
A bientôt, à plus tôt que vous ne croyez.
Ecrivez-moi donc, mais de suite, à Agen, poste
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restante. Je dis : poste restante, parce que si la lettre arrive trop tard, les personnes chez qui je vais ne me la renveiroiit pas à Paris. Parlez-moi de 1(1 Famille Moronval — est-ce beau? — et de tout ce qui peut m'intcresser dans certains théâtres, et touchant vous-mêmes.
Adieu.
Ah ! je j)rie quelqu'un de vous d'aller chez M. INIii^iiotte, notaire, au coin des rues Goquillière et Jean-.lacques-Rousseau, de lui dire que j'ai reçu sa lettre à Marseille et le remercie, et que s'il avait quelque chose de pressé à me faire savoir, il me l'écrive c\ Agen, département de Lot-et-Garonne, où du reste je resterai peu. Poste restante. N'oubliez pas.
[a RENDUELj
INIoncher monsieur Renduel, Je vous envoie cette lettre directement, parce que j'ai là sur mes livres votre adresse exacte. Du reste, il paraît que j'ai oui)lic les adresses de tous mes amis, car j'ai écrit des lettres, et aucune ne paraît être parvenue. J'avais laissé à Duseigneur des inscriptions de rente, parce qu'il est le seul de nous autres qui ait un secrétaire fermant bien et ne redoute pas la saisie et qu'il est soigneux. Je l'ai prié d'Aixet de Nice de les vendre et de m'envoyer
l'argent à Naples : je ne me rappelais plus son numéro dans la rue de l'Odéon. De sorte qu'à Naples je n'ai rien reçu. J'ai vécu en lazzarone pendant dix jours. S'il ne les a pas vendues pourtant, c'est très heureux, car ces rentes ont haussé depuis : s'il les a vendues et a reçu l'argent trop tard pour me l'envoyer, priez-le donc, si vous le voyez, de ne pas me l'adresser à Agen, comme je lui ai écrit il y a deux jours (22), mais de me le garder : j'en ai reçu d'autre part. Veuillez envoyer cette lettre à lui d'abord, si vous savez son numéro : c'est depuis 20 jusqu'à 3o, je crois, rue de TOdéon. Pardonnez-moi votre peine et mon griffonnage, — et adieu.
GÉRARD LABRUNIE.
Si vous voyez Pétrus et Théophile, dites-leur qu'on les lit dans tous les cabinets de lecture d'Italie.
A PAPION DU CHATEAU
Mon cher Du Château, Si l'on ne me connaissait pas pour l'homme le
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plus distrait et le plus étourdi du monde, je serais souvent inexcusable ; mais ces défauts ne me desservent que vis-à-vis des étrangers, car mes amis y sont faits et résignés depuis longtemps. Quand j'ai reçu votre lettre de faire part (et je l'ai reçue très tard, ainsi que votre dernière, car je ne demeure plus chez mon père), j'ai tout de suite écrit deux lettres : l'une à Duj)onchel, où je lui faisais part de votre mariage (23), l'autre avons, où je vous exprimais toute ma satisfaction de cette bonne nouvelle et tous mes remcrcîments d'avoir bien voulu me l'apprendre. L'une est partie par la poste, l'autre aurait eu le même sort si je n'avais pas eu à la remettre à une tierce personne pour vous la faire parvenir. Alors je l'ai mise dans ma poche où elle est restée; et il ne m'est pas venu à l'esprit, depuis, qu'elle ne fût pas partie. Du reste, vous savez mon antipathie pour l'action d'écrire ; j'aime à voir et embrasser mes amis et leur écrire est une compensation qui m'attriste sans me satisfaire. Ce sera donc une heureuse visite que je vous rendrai demain matin et un moment bien désiré qui me permettra de vous offrir de vive voix mes félicitations bien ardentes et de présenter mes respectueux hommages à M^e la Baronne Papion du Château, .le ne connaissais pas votre adresse actuelle et je suis allé à votre ancien domicile, où il y avait une nouvelle portière qui n'a pu me la donner; alors je
5o CORRESPONDANCE
suis allé chez M. Béiiard et je l'ai apprise enfin. Votre bien dévoué,
GÉRARD LABRUNIE.
AU D"" LABRUNIE (24)
27 septembre i836.
Mon cher papa,
Depuis que je t'ai écrit, comptant te revoir le surlendemain, je suis retombé malade à Presles ; on m'a mis les sangsues, j'ai maigri ; enfin cela va bien maintenant.
Je viens d'arriver à Passy, chez M. Gautier (26), avec Théophile, qui m'a ramené. Je suis encore un peu faible et n'entrerai à Paris que dans deux jours. Nous dînons, couchons et travaillons ici et nous sommes bien pressés de la besogne que ma maladie a retardée. Je me souviendrai des fièvres de la Belgique.
Dans le cas où tu aurais à m'écrire quelque chose de très pressé, écris-moi demain, chez M. Gautier, receveur de Passy. Mais je serai là-bas avant.
ïu sauras que j'arrive pour les répétitions de l'opéra comique en quatre actes que j'ai fait avec Dumas et que tu as vu annoncer dans tous les jour-