LETTRES SANS DATE
Vous voulez votre rf/î, mot grotesque et barbare,
Que l'on n'accepterait jamais au Tintamarre...
Mais il parait qu'il faut payer ce que l'on doit.
Vous aurez donc, Madame, et manuscrits et lettres,
Doucement ficelés dans un calicot vert,
Car ma plume est gelée aux jours noirs de l'hiver.
Sans feu dans mon taudis, sans carreaux aux fenêtres,
Je vais trouver le joint du ciel ou de l'enfer,
Et j'ai pour l'autre monde enfin bouclé mes guêtres.
J'ai fait mon épitaphe et prends la liberté
De vous la dédier dans un sonnet stupide
Oui s'élance à l'instant du fond d'un cerveau vide...
Mouvement de coucou par le froid arrêté :
La misère a rendu ma pensée invalide?
Il a vécu tantôt gai comme un sansonnet. Tour à tour amoureux, insoucieux et tendre, Tantôt sombre et rêveur comme un triste Clitandre. Un jour, il entendit qu'à sa porte on sonnait.
C'était la mort ! Alors il la pria d'attendre Qu'il eût posé le point à son dernier sonnet ; Et puis, sans s'émouvoir, il s'en alla s'étendre Au fond du coffre froid où son corps frissonnait.
Il était paresseux, à ce que dit l'histoire,
Et laissait trop lécher l'encre dans l'écritoire.
Il voulut tout savoir, mais il n'a rien connu.
Et quand vint le moment où, las de cette vie, Lu soir d'hiver enfin, l'àmc lui fut ravie, Il s'en alla disant : pourquoi suis-je venu ?
Adieu, Madame, puisse ma lettre vous trouver joveuse et contente.
Vous êtes jeune, tout est bien pour vous. J'ai la
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tête bourrelée d'ennuis, vous me pardonnerez donc cette lettre qui, pour vous, n'a sans doute pas sa raison d'être ! Prenez-la comme une énigme et si vous en trouvez le mot, répondez-moi que vous daignez agréer les vœux sincères que je fais pour votre bonheur.
Votre dévoué serviteur,
G. DE NERVAL