‹ CorrespondanceChapitre 102 sur 130 · Farine de maïs · texte numérisé non relu

Farine de maïs

GXL. — Carlyle à Emerson.

Chelsea, le 19 avril 1849.

(Accuse réception de l'Indian corn, du },^rain et des recettes envoyés par iM""" Kinerson).

... C'est en réalité une petite contribution à l'histoire du monde, cette modeste transaction à laquelle vous et moi nous avons pris part; il est pour moi hors de doute, maintenant que je goûte le pain authentique, que l'Europe entière devra recourir, de plus en plus, à vos vallées occidentales et à ce produit. Qu'il est beau de se représenter de maigres et résistants colons Yankees, résistants comme de la gutta-percha, ayant, cachée au fond du cœur, une flamme indomptable, traversant les monts de l'Ouest pour aller détruire la jungle et en rapporter du lard et du grain pour la postérité d'Adam ! U faut aux cochons une année environ pour manger tous les serpents à sonnettes à des lieues à la ronde, ce (|ui est, de la part des cochons, une action des plus judicieuses. Derrière les cochons vient Jonathan avec son irrésistible charrue — gloire à lui aussi I Oh! si nous n'étions un tas d'imbéciles en proie au cant, il n'est pas de mijthe d'Athènè ou d'IIéraclos (|ui égale ce fait — le{[uel, je suppose, trouvera ((uelque jour ses vrais poètes, dès que les toiles d'araignées grecques, sémitiques et de diverses autres provenances auront été un peu balayées! Allons, il nous faut attendre.

liélas ! je n'ai encore rien écrit et je suis, je le crains, encore bien loin d'écrire. Non pas. par hasard, faute de matière, mais par suite de son extrême abondance ; il me semble que j'aie maintenant, alors que pour moi le jour baisse rapidement, à coucher par écrit le monde entier, et que je ne sache où commencer ni sur quel Ion

adresser la parole aux populations profondément déchues du pays thébain ! De toute façon, en un tel état de choses, ma vie est et paraît devoir être bien sombre. Dieu seul sait combien de temps encore il faut que ma vaine argile soit broyée dans le mortier. On est en train d'imprimer une troisième édition de Cromwell ; cela m'a valu quelques semaines de désagréments, mais j'en ai fini maintenant, et c'est l'affaire du seul imprimeur ; c'est pour moi un objet de tristesse ; ce n'est pas et ce ne fut jamais un objet de joie. La torpeur de mes collègues en imbécillité, depuis des siècles, pèse trop lourdement là-dessus, comme sur trop de choses, hélas ! Il est des gens qui sont en train d'élever une statue de Cromwell, à Saint-Ives ou ailleurs; la statue du Roi Hudson n'est pas encore érigée et le Roi lui-même (comme vous l'avez peut-être entendu dire) a été convaincu d'escroquerie. Je conseille à tout le monde de ne pas élever de statue à Cromwell en ce moment même. — L'Histoire de Macaulay a paru également, atteignant la quatrième édition ; vous ai-je dit, la dernière fois, que je l'avais lue avec surprise et étonnement *? Finalement il paraît probable que Lord John Russel se retirera bientôt (pour toujours, espère-t-on),etque Sir Robert Peel prendra le pouvoir, en vue de faire tout son possible pour nous délivrer de cette pédante méthode de traiter l'Irlande. Ce sera, je crois, s'il peut réussir dans quelque mesure, le commencement du salut pour l'Angleterre et également pour toute l'Europe. Car il faudra bien que tous apprennent que les hommes ont besoin d'un gouvernement et qu'un mendiant affamé et valide est et reste (quoi qu'en dise Exeter Hall) un esclave auquel il manque un maître; faits dont l'Angleterre et l'Europe troublée ont singulièrement perdu la conscience en ces temps déplorables, ce qui les fera tomber toujours plus bas jusqu'à ce qu'elles les redécouvrent. Hélas! hélas! notre avenir ne sera pas tout beurre, comme on le prédit sur les plates-formes électorales ; je pense que pour plusieurs générations il sera

AOÔT 1849 t4l

plus dur que l'acier ! Jamais grande époque ne fut, ne sera, ni ne pourra Atro une époque de vie molle. .

Adieu, cher Knicrfion ; j'avais bien plus A dire, mais l'espace me manque. Oh! pardonnez-moi, pardonfiez-moi toutes mes offenses — cl aimez-moi autant que vous le pouvez.

Toujours v^tre,

T. Caulvlk.

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