CL. — Carlyle à Emerson
Cliclsca. le 25 juin 18u2.
Cher Emerson, ... Vous êtes un enthousiaste né, tout calme que vous êtes, et cela continuera, avec des intermittences, jusqu'à la (in. J'admire aussi votre discret et fin sarcasme; — bref, j'aime beaucoup, comme je l'ai toujours fait et me propose de continuer à le faire, l'homme étroitemeni boutonné, à la ti^ravité douce. Je vous prie donc d'observer et de vous remémorer toujours comme un lait, ([ue vous devez continuer a m'écrire de temps à autre et que vous n'y renoncerez jamais, quehiuc morose que vous deveniez, tant que nous serons ti)us deux de ce monde, (iroyez-vous que je ne comj)renne pas parfaitement tout ce (pie vous dites de votre « humeur npathi(jue », etc...'? L'on éprouve fortement la mélancolie de la vieilb^sse apj)rochantc. non pas a[)proehante mais arrivée, chez quei(iues-uns dCntre nous, et vn j^'eneral on en vient, de temps A autre, h considérer les plus belles choses sous leur aspect le plus laid et A serrer les lèvres avec une sorte de défi farouche, une espèce d'impériale tristesse, (jui est presiiue senjblable a de la félicite; l'àme si composée, dans une détresse si complète, on se
Cablym ol Emrhsom. 47
sent égal aux dieux mêmes! Il faut aussi à l'homme de tels états d'esprit. Mais la Terre est verdoyante, ensoleillée, et le Fils d'Adam y a jusqu'au bout sa place et sa tâche et ses récompenses, comme on ne manque pas non plus de s'en souvenir bientôt! En somme, je suis infiniment solitaire; cependant mon fardeau n'est pas plus lourd qu'il ne l'a été jusqu'ici; peut-être l'est-il plutôt moins; je croirais même volontiers que la vieillesse est belle et porte en soi quelque chose de réellement divin; d'ailleurs je répète que je ne puis me séparer de vous, quoi qu'il arrive; et bref, il vous faut vous habituer à vous croire tenu comme jadis à une sorte de dialogue avec moi, et à me parler, sur le papier, puisque ce ne peut être autrement, le plus souvent qu'il vous sera possible. Que cela soit entre nous bien entendu.
Je n'écris pas sur Frédéric le Grand et ne songe pas davantage à le faire effectivement. Mais, me sentant porté à la lecture, après ces furieux Pamphlets (ils m'ont valu des averses d'injures de la famille Stupide, si largement représentée en ce pays, sans me faire d'ailleurs aucun autre mal; peut-être même m'ont-ils fait du bien) et ne sachant lire que de façon suivie, sur quelque sujet m'intéressant, je me suis mis, il y a presque un an, à des lectures sur Frédéric, comme je l'avais fait deux fois déjà dans ma vie. J ai retourné, à l'aventure, sur ce terrain, une énorme quantité de décombres, et je continue toujours, — sans toutefois m'approcher d'une manière bien décisive, je le crains, de la personnalité de Frédéric ! L'homme me paraît brillant et plein de noblesse; mais comment Vaimer, lui ou les tristes débris parmi lesquels il vécut et travailla? Je ne le vois même pas encore nettement, et comment essayer de le faire voir à d'autres?... Et pourtant Voltaire et lui sont l'élément céleste du pauvre xviii® siècle; pauvres âmes! J'avoue aussi que j'aime réellement les suivants muets de Frédéric : les soldats prussiens. Souvent je me dis : « N'étaient-ce pas
là les vrais prMrcs cl les vertueux martyrs de cette génération babillardc et pourrie? » Kt les choses se poursuivent ainsi, pour finir (luand, et sous quelle forme, Dieu seul le sait...
Adieu, cher Emerson. On a laissé par inadverUince entrer un imbécile qui m'a manf^é tout mon temps... Les meilleurs souhaits pour vous et les vôtres.
T. Cahlylk.
CLl. — Emerson à Carlyle.
Concord, le 19 avril 1853.
Mon cher ami, Comme je m'aperçois que je n'écris que pressé par l'heure de la poste à deux sous — qui est le fléau de ce siècle — j'ai sonj^'é dernièrement à faire la traversée d'Angleterre pour m'excuser d'avoir négligé d'obéir à votre injonction, dont la forme affectueuse m*a tellement flatté il y a un an. Je devais écrire une fois par mois. Ma propre désobéissance est extraordinaire et m'explique tous les péchés d'omission commis de par le monde entier. La légèreté avec laquelle nous sommes capables de laisser tomber en désuétude un sacrement comme l'échange de; saints à brefs intervalles est une sorte de magnanimité et devrait être un argument remarquable en faveur d(^ 1' « Immortalité « ; aussi je m'étonne qu'il n'ait pas été relevé par les philosophes. Mais qu'avais-je à vous dire, ô mon cher sage"f i^xnn, sinon (jue la vie était toujours tolérable, toujours absurdement douce, toujours pleine de promesses pour i'oisivctc crédule; mais un seul pas lail dans une direction déterminée, une claire solution de ([uelque s»H'ret parmi les plus minimes, rien de tout cela. Je grilTonne toujours un peu — beaucoup moins qu'autrefois — et j'ai écrit, depuis un
an ou dix-huit mois, un chapitre sur le Destin, que j'espère VOUS envoyer dûment imprimé, si nous vivons assez pour cela, c'est-à-dire, vous, moi et le chapitre. Soyez tranquille— vous n'y manquerez pas — vous survivrez à la lecture et vous serez une preuve certaine que la difficulté n'est pas résolue. Car je suppose que lorsque nous découvrirons ce qu'est le Destin, c'en sera fait de nous et du Sphinx, et que le Sphinx, OEdipe et le monde devront, selon toute justice, dégringoler dans la mer.
Mais je voulais vous dire que ma négligence de votre requête vous montrera combien sont monotones mes semaines et mes mois. Ils ne se différencient guère plus dans le souvenir qu'une toile qui se déroule d'un métier, une bande claire pour le jour, une bande noire pour la nuit, et tout cela même, si le mouvement s'accélère, se confond en une grisaille sans fin... Je suis allé dernièrement à Saint-Louis et j'ai revu le Mississipi. Les ressources de la Rivière, son incessant besoin de nations d'hommes pour soigner et récolter ses moissons, les conditions qu'elle impose — car elle ne se soumet pas aux travaux de l'ingénieur — ne manquent pas d'intérêt. La Prairie a été créée pour fournir la plus grande quantité possible de produits adipeux. Car c'est le grain qui fait le porc; le porc est l'objet d'exportation de toute la contrée et vous vous apercevez que l'aristocratie et la civilisation sont en proportion directe des gros quadrupèdes. Les ouvriers, les qualités requises pour le travail de la Rivière se sont trouvés en abondance. Il ne fallait pas songer à des choses plus élevées. L'Amérique est incomplète. Place pour tous, puisqu'elle n'a pas fini, ou indiqué qu'elle fût sur le point de finir, par la production de bardes ou de héros. C'est une démocratie sauvage, la mêlée des médiocrités et non pas quelque chose comme vos égoïstes Italie ou Angleterre, où une génération se cristallise en un génie, où la population entière est réduite en Paddies destinés à alimenter ses veines de fine
porcelaine par transfusion du sang de leurs artères de brique f,'rossièrc. Nos rares compatriotes de distinction ont une lendance à disparailru. Horutio (jreenouj,'h, un sculpteur dont la langue était beaucoup plus experte a causer que le ciseau à tailler le marbre, et qui inspirait de grandes espérances, est mort il y a deux mois, à quarante-sept ans. La Nature n'a qu'une certaine quantité de force vitale et elle se voit, pour la répandre entre des millions, dans la nécessité de la diluer. « Jamais le beau n'abonde ». Somme toute, je me dis que nos conditions d'existence, en Améiiciue, ne sont pas plu.s faciles ou moins dispendieuses iju'en Europe. Pour le pauvre penseur, il n'est partout que comproniis ou alternatives et, après maints remords, la pensée consolante (ju'il a été pécuniairement honnête et que les choses eussent pu être pires. Mais non : ayons une foi plus haute. Lazare doit croire que le Ciel ne dégénère pas en larves vulgaires et que les héros ne succombent pas.
CJough est ici et vient de temps à autre passer un dimanche avec moi. 11 commence à avoir des élèves et s'il ne perd pas courage il en aura autant qu'il lui en faut... J'ai écrit des centaines de pages sur l'Angleterre et l'Amérique, et il se peut que je vous les envoie imprimées. Ayez maintenant la bonté de m'écrire une fois de plus, et je pense que je ne cesserai plus de vous écrire. Présentez mes hommages ù. Jane Garlyle.
K. NV. Emeuson.
Chelsoa, le 13 mai 4853.
Cher Kmerson, La vue de votre écriture, après une tti longue abstinence, a été pour moi une réelle bénédic-
tien. Vous ne savez pas toutes les tristes réflexions que j'ai faites sur votre silence, au cours de l'année dernière. Je n'ai jamais douté de la fidélité de votre cœur, de la généreuse, profonde et amicale estimation que vous faites de mes petits mérites, de mes petites souffrances, difficultés et embarras, du pardon que vous accordez à mes fautes, jamais songé qu'en fait vous pourriez m'oublier ou cesseriez de penser à moi avec sympathie; mais il me semblait que là encore la vieillesse était réellement entrée en scène et qu'en somme il fallait se résigner à admettre que tout cela aussi s'était tu et qu'on n'en pourrait plus jouir désormais que sous cette forme nouvelle. Hélas! bien des choses s'en vont, année par année, dans le domaine des Immortels, ce qui est indiciblement beau, mais aussi indiciblement triste... la solitude dans laquelle on vit, si l'on a quelque spiritualité, est bien grande à notre époque!
... Allons ! allons ! j'ai reçu une fois déplus de vos nouvelles ; et vous promettez de retrouver votre ancienne assiduité à m'écrire. Dois-je vous croire cette fois ? Faites-le, et que le diable en soit pour ses frais ! Je suis réellement persuadé que cela vous fera du bien et je sais très bien, j'ai su toujours, ce que cela me fera à moi. L'isolement fantômal de cette heure de minuit, au milieu du sourd concert de ronflements de la postérité dégradée et gavée d'Adam, nous rend bien précieux, en vérité, un homme pourvu d'une voix articulée : — « Veilleur, que dis-tu donc ? Veilleur, quelle heure de la nuit? »
Vos esquisses de l'énorme et indocile Mississipi, de l'énorme et également indocile République modèle ont çà et là quelque chose d'épique — ganz nach meinem Sinne. Je vois que vous ne vous séparez pas de moi à l'égard de ce dernier — énorme phénomène, si ce n'est en surface et par votre façon de l'accepter paisiblement, tout juste le contraire de la mienne. Hélas ! le monde entier est et fut toujours une « république des médiocrités »; vous pouvez
voir ce qu'ost son « suffrage universel » et ce qu'il fui, en regardant l'affreux océan de houe (avec quelques vieilles giroucLles sur la surface) (jui existe niainlenant ; le monde, pris dans son ensemble, (si nous y songeons bien) est l'empreinte exacte de la généralité des hommes et du plus sincère « suffrage « — suffrage du cœur, de la langue, de la main — qu'ils ont été capables d y exprimer — pauvres diables qu'ils sont!... Platon, l'an dernier, ma beaucoup frappé par ses idées sur la Démocratie; pas autre chose (jue les Saxa et faces (lisez f:vces si vous voulez) des Pamphlets du Dernier Jour, subliniés en un rayonnement cmpyréen et en divins éclairs! Je vois bien que tout cela a aussi son utilité et que c'est inévitable; mais je vois également, au degré où c'est présentement arrivé, que c'est en outre désastreux, horrible cl ujème digne de réprobation. Que Judas Iscariote vienne frapper familièrement sur l'épaule de Jésus ; que la noblesse la plus céleste se voie jetée dans les rues boueuses pour y coudoyer tous les fils les plus fru.sles du (iliaos et se trouver à tout coin de rue repoussée au ruisseau et annihilée... Hélas ! le contraire de ceci fut et sera toujours l'objet de l'énergiciue effort et le vœu le plus solennel de tout bon citoyen dans toute contrée du globe — et c'est ce qui ne peut manquer de réapparaître nettement (en premier lieu, selon moi, dans la Nouvelle et la Vieille .\ngU;lerrc), dès que nous aurons une bonne fois relégué aux vieux souvenirs celte malodorante et mélancoli([ue « Sensiblerie à l'Oncle Toin »! Ce qui. je pense, demandera encore ijuc^hpie temps. Kt maintenant, n'en parlons plus.
J'ai fait l'an dernier le voyage d'Allemagne, ne cherchant rien de bien délini. fuyant plutôt, simplement, certaines l)andes de char[)entiers, peintres, matons, etc. qui avaient élu domicile dans cette pauvre maison.
Je n'ai trouvé (jue peu de chose en .Mlemagne. et j'ai beaucoup souIÏimI (!«' six semaines d'insomnie dans des lits allemands, bln vérité, il me semble i\ue je n'en suis
pas encore tout à fait remis. Ma principale conquête, à ce que je vois maintenant, fut le Rhin, que je remontai consciencieusement de Rotterdam à Francfort; c'est, je crois, le plus beau fleuve de la terre et ma première représentation d'un fleuve mondial. Il est profond de plusieurs brasses, plus de deux fois plus large que la Tamise ici, à marée haute, et il coule, tranquille comme un miroir (si ce n'est qu'en regardant de près vous y découvrez des milliers de petits remous) silencieux, rapide, entre des rives coquettes, au cœur de l'Europe et du Moyen âge qui se marie à l'âge moderne ; il me semble que je n'avais encore jamais vu une telle image de calme puissance (pour ne rien dire de ses autres propriétés). Les vieilles cités aussi ne sont pas pour moi sans beauté, en dépit de l'état de mes nerfs, les gens y sont honnêtes, bienveillants, mais singulièrement moins bien doués que nous et que vous pour l'expédition des affaires — ce qui, à la longue, est un défaut vraiment pénible. J'ai visité en outre deux des champs de bataille de Fritz : Lobositz, en Bohême et Kunersdorf, près de Francfort sur l'Oder; mais je n'en ai pas tiré grand chose, spécialement de la seconde excursion. J'ai vu la chambre mortuaire de Schiller, la triste cour près de laquelle vécut Gœthe, par-dessus tout la petite chambre de Luther à la Wartbourg (je crois que les larmes m'en sont vraiment montées aux yeux, et je baisai l'antique table de chêne, mes nerfs étant alors très excités) : il me semblait qu'il n'y avait pas, à cette heure, sous la voûte céleste, un endroit aussi sacré que celui-là. D'âmes humaines je n'en trouvai pas une qui me parût avoir une beauté spéciale, pas une seule — tel est mon triste destin ! J'ai vu peu de savants professeurs, et ce peu fut plus que suffisant. J'aimai et j'aime toujours ïieck, que j'ai vu à Berlin, vieillard impotent, sur son sofa ; il est une exception, si seulement j'avais pu le voir beaucoup. Mais en général il me parut que le Puséysme universel était la disposition d'esprit des penseurs aile-
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niands, spécialement de ceux do Berlin — otj'ai rencontré quelques spécimens énormes de cette espèce — d'inconscients spécimens d'un charlatanisme de haut potentiel ! Sincèrement, aucune classe de gens ne m'a fait plus de plaisir, en vérité, que les soldats prussiens, avec leur intelli^^ent silence, avec les trails de nature Spartiate agissante que j'ai vus en eux ou que je leur ai prêtés... Mais, voyez, ma feuille est remplie ! Je continue a lire, à lire toujours, surtout des livres cau«.'hemars au sujet de Fritz ; mais quant à écrire, Ach Golt! Jamais, jamais! Clough nous revient, j'espère ! Écrivez bientôt, si vous n'êtes soumis à un charme!...
T. Carlyle.
* CLllv — EmersDii à Carlyle.
Concord, le 10 août 1853.
Mon cher Carlyle, Je viens de relire votre très bonne lettre dont je n'ose rechercher la dalc, peut-être est-elle de mai — et je suis profondément touché de son noble et tragique accent débouté à mon endroit, non sans m'étonner uni' fois de plus de ma perversité ni sans redouter le coup que votre bonté et ma perveisite peuvent èlre en train de me préparer. Ma paresse à écrire est une maladie qui affecte toute ma correspondance... Je crois trouver la raison de cette abstention dans la crainte de paraître à mes amis fastidieux, comme un livre toujours ouvert à la même page. Car j'ai vérifié plusieurs fois que l'intérêt que je porte aux idées — et en ne poursuivant peut-être ({ue des pensées nouvelles el de nouvelles démarches de la pensée — survit u celui dont font preuve mes voisins raisonnables et cluxiue, sans aucun doute. par une obstination maladive. Mais, bien que rebuté par
une réduction journalière à une solitude absurde, par une série de désappointements dans le commerce de gens intellectuels, et menacé d'un enfer à moi spécialement réservé dans l'Univers de Swedenborg, je n'en suis pas moins confirmé dans ma manie par les horizons et le plaisir que me procure une conversation, une ou deux fois tous les cinq ans, si ce n'est pas trop dire ; et c'est ainsi que nous trouvons ou choisissons ce que nous appelons notre propre voie, fût-ce seulement de pierre en pierre, ou d'île en île, d'une manière bien fruste, guindée et rude. Etant donnés cet esprit d'isolement et ces froideurs, vous pouvez juger que je fus heureux de voir ici Clough, avec lequel j'avais établi une sorte de robuste camaraderie de travail, et qui avait à mes yeux quelques grandes qualités durables. S'il ne m'avait pris à l'improviste et ne s'était enfui la nuit, j'aurais fait tout mon possible pour lui barrer le chemin. Mais il ne reviendra pas, j'en suis trop sûr...
(E. remercie Garlyle du bon accueil qu'il a fait à Miss Bacon et s'engage à être très avare de lettres d'introduction auprès de lui. Il n'ose plus lui parler de l'Amérique, à lui, l'Européen invétéré qui défend à bon droit la civilisation, les antiquités et la culture de l'Europe ; cependant il regrette qu'il ne vienne pas voir ce continent nouveau et New-York où Thackeray, récemment, a produit une bonne impression « par une certaine façon vigoureuse et virile de dire nettement son opinion en certains milieux où tant d'honnêteté était chose rare et utile >. Il y a là un pays neuf, où s'édifient rapidement de grosses fortunes. « Naturellement les dîners, la danse, les équipages, etc., sont les seules félicités — et Thackeray ne nous guérira pas de cette maladie. Avez-vous un médecin qui le puisse ? Êtcs-vous médecin et voulez-vous venir? Si vous voulez, des villes entières sortiront à votre rencontre »...)