The Conduct of Life
et j'ai l'air de m'affaiblir de mois en mois... Courage ! Si j'en viens à bout, vous recevrez de mes nouvelles...
T. Garlyle.
GLXVIII. — Emerson à Carlyle.
Goncord, le 16 avril 1861.
Mon cher Carlyle..., Il me faut vous remercier du billet cordial qui m'a apporté de la joie il y a plusieurs semaines. Noble billet, bienvenu en tous points, excepté dans les peu engageantes nouvelles que vous me donnez de vous et de votre tâche. Mais j'ai l'expérience de vos labeurs et j'ai appris depuis longtemps à ne pas prendre vos plaintes au pied de la lettre. C'est pour nous, en Amérique, comme je suis sûr que c'est en Angleterre, une opinion bien arrêtée que Frédéric est une histoire qu'une bienfaisante Providence ne voudra très vraisemblablement pas interrompre. Et puisse toute influence favorable et tendre, auprès de vous et au-dessus de vous, préserver de tout mal la meilleure tète de l'Angleterre.
Affectueusement,
R. W. Emerson.
GLXIX. — Emerson à Carlyle.
Concord, le 8 décembre 1862.
Mon cher ami. J'ai reçu, il y a longtemps, le troisième volume de Friedrich avec votre dédicace autographe, et je l'ai lu avec joie. Pas un mot de moi n'est allé vers l'auteur aimé, car je n'écris ni ne pense. J'attendrai peutêtre des jours plus heureux, notre Président Lincoln ne voulant même pas émanciper les esclaves avant d'avoir
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enregistré une victoire ou un semblant de victoire. Mais il a vainement attendu son succès et je n'ose pas, de mon coté, dans mes mois difficiles, escompter des jours lumineux. L'ouvrage m'a fait singulièrement plaisir et je l'ai trouvé adé(iuat à l'impériale mesure de l'auteur... Je l'ai lu tout d'al)ord consciencieusement pour l'histoiro, puis je m'arrête et je médile sur la Muse qui l'inspire et sur l'ami qui l'écrit. C est un livre souverainement écrit, au-dessus de toute littérature, dictant à tous les mortels ce qu'ils doivent recevoir comme arrêté par le Doslin et essentiel a leur salut. C'est la Déclaration des Droits et Devoirs de 1 Humanité, la proclamation royale de l'Intellect montant sur le trône, annonçant que selon son bon plaisir, dorénavant, comme jusqu'à celte heurcy et maintenant une fois pour toutes, le monde sera gouverné par le bon sens et la loi morale, ou bien marchera à la ruine. Mais que dire de la manière! L'auteur est là comme Démiuri^e, lançant ses marionnettes trottinantes, les flattant et les raillant, prenant plaisir à les voir bien jouer, leur donnant de petites tapes dans le dos et gourmandant les vilaines poupées cjuand elles se conduisent mal, communi({uant toujours son sentiment avec mesure, juste autant qu en peut saisir le jeune public, faisant entrevoir l'avenir quand il juge que ce peut être utile, lappelant de temps à autre des anté'cédenls qui illustrent la vie de l'acteur, donnant au lecteur l'impression qu'il est en possession de l'histoire entière vue d un point central, que son investigation n'a rien négligé et qu'il embrasse, lui aussi, le minuscule projet de la Prusse d'un coup d'u'il j)lus haut et oosmicpnv J'en aime mieux encore le sens solide et l'independanee absolue du ton, capable d'emplir les rois d'épouvante. Et comme le lecteur participe, dans la mesure de son intelligence, au coMp d'ail hautain de ce génii?, et y participe avec raviMscment, je reconunande a tous les souveramn. anglais. français, autrichiens et autres, de doubler leurs gurdca
et de surveiller de près la censure de la presse. Je trouve, comme toujours dans vos livres, qu'un homme y a bien mérité de l'humanité pour avoir restauré la profession d'auteur en son plus haut degré d'utilité et de dignité. Je trouve aussi que vous êtes très volontaire et que vous avez convenu avec vos yeux qu'ils ne devront rien voir que vous ne désiriez qu'ils vissent. Mais j'ai lu quelque part, avec un sincère plaisir, que votre livre était presque terminé en manuscrit, car je vous souhaiterais de prendre un peu de repos et de jouir de votre renommée, si ce n'était contraire à la loi de l'Olympe. Mes articulations me font mal à la seule pensée de votre rude labeur. Maintenant que vous avez conquis un si énorme royaume, ne pouvez-vous souffler et bavarder un peu, membre émérite de l'Université éternelle, et conter par lettres vos nouvelles à un vieil ami d'Amérique? Hélas! je reconnais que je n'ai aucun droit d'ajouter ceci, moi qui n'écris jamais.
Nous ne lisons ici aucun livre. La guerre est notre seul et lugubre instructeur. Tous nos tout jeunes gens y prennent part, pour y être jusqu'ici mal employés et sacrifiés par des chefs incapables. Il est une leçon qu'ils apprennent tous — à haïr l'esclavage, teterrima causa. Mais l'issue n'apparaît pas encore. Il nous faut accomplir notre rénovation morale. Personne ne peut nous aider... Toutefois la guerre même est préférable à la politique dégradante et descendante dont elle fut précédée pendant des dizaines d'années; notre législation a fait de grands pas et si nous pouvons tenir en échec cette furie mercantile qui court à la paix au prix d'un retour du sud au status ante bellum, — il nous sera permis, avec un peu plus de courage, de renvoyer le problème à un autre quart de siècle — de laisser le travail libre combattre la Bête et voir si les ballots, les barils et les paniers ne s'apercevront pas qu'ils vont plus commodément et plus sûrement vers leurs ports par des mains libres que par celles des barbares.
Je suis bien peine de voir mourir le bon Clou^'h, ce généreux et réceptif auteur. J'ai relu son Bothie plein du vin de la jeunesse d'Oxford. Je pnMids grand plaisir à la fine crili(iue de Matthew Arnold dans deux de ses petits livres...
H. W Fmf.hson.
GLXX. — Carlyle à Emerson.
Chelsea, le 8 mars 1864.
(Lettre de reconiinandalion et d'introduction en faveur de Lyuif Stanley, fils d'amis de Carlyle, porteur du (juatricme volume de Frcdéiic et de nouvelles de Chelsea, pas bonnes hélas, en ce qui concerne M™" Carlyle).