OCTOBRE 1H
... Votre k'Urc m'a fait grand plaisir, fiurtoul parrr quo j'ai cru y lire, dan.s ce que vous di.siezde votre inleiiti..ii de ne pas faire la visite que vous nous avez lon^tempH promise, une petite envie de venir. Pensez encore, je vous prie, à cette traversée, qui est prol)al>len]ent le meilleur remède et reconstituant qui nous reste, à votre âge et au mien. En neuf ou dix jours vous viendrez à Boston, cl généralement on trouve en roule plus de confort et do bien-être qu'on ne l'avait supposé. Tout ce qui lit -m Amérique a pour vous un resptîct exceptionnel et nv ;• citera de votre arrivée. On a oublié vus brillants péchés de l'époque de la guerre ou d'avant. J'ai cessé depuin longtemps d'excuser ou d'expliquer vos farouches expressions touchant l'Amérique ou d'autres républiques ou publics, et je consens à ce que les oints du Seigneur, por teurs do chartes authenti(jues, trouvent, selon le vœu de Platon, leur loi en eux-mêmes. Le génie n'est qu'une large infusion de Divinité et apporte en conséquence uno prérogative toute personnelle. Il a le droit et le devoir de heurter de front et d'étonner les hommes en pr«Mlui.Hanl d'un ton provo([uant ses perceptions, sachant bien que le temps et le destin vérifieront et explii{ueront ce que le temps et le dcslin ont dit par leur organe. 11 ne nous appartient pas de suggérera .Michel Ange, tiu Machi.i • ' ou Rabelais, ou Voltiiire, ou John Urown de Usawali.....' (un grand honnne) ou a Cari vie, de renoncer à leurs paradoxes et de ralentir leur allure de géants pour marcher du même pas (jue les gens cpii iléfilent sur le trottoir. Ce sont personnes privilégiées, auxquelles je consens qu'«>n accorde leur propre allure...
Je crois que malgré la longueur de mu lettre j'ai ntK'i de dire les choses essentielles. Mais venez ! .Mui et U*» mi(Mis nous vous attendons.
Affectueusement,
*GLXXXV1^ -- Emerson à Carlyle.
Concord, le 10 avril 1871.
(E. s'excuse de son long silence. Il est tombé « d'une toile d'araignée dans une autre ». Excursions pour raisons de santé dans les Montagnes Blanches, publication des Traités Moraux de Plutarque, discours à New-York, à l'occasion du 250*5 anniversaire du débarquement à Plymouth, second cours sur la Philosophie à Cambridge, tout cela a mangé son temps, et voici que sa famille l'entraîne à une autre expédition en Californie. Il ne peut que prier Carlyle de continuer à se montrer magnanime envers lui).
CLXXXVII. — Carlyle à Emerson.
5, Gheyne-Row, le 4 juin 1871.
Cher Emerson, Votre lettre m'a fait grand plaisir. Un rayon de soleil après une longue période de ciel bas. Ce n'est pas vous qui êtes coupable de cette triste lacune dans notre correspondance, c'est moi, ou plutôt ce sont mes misères, mes regrettables inaptitudes, mes résolutions violées, etc., etc.. La vérité, c'est que cet hiver passé ici m'a été bien défavorable, dévastant mon sommeil et par là tous mes travaux, intellectuels ou temporels, de sorte que depuis environ le 1®"^ janvier dernier, je n'ai été, en un certain sens, bon à rien...
Notez, cependant, que je ne souffre d'aucune maladie, d'aucune si ce n'est du déclin graduel du peu de faculté digestive que j'ai eue ces temps derniers ou même jamais
jniN 1871 101
eue depuis l'Apo rir vin^l-troi» nni. Pronon»i-on noir*» parti: arcoptons cola ronmio un modo d«» doparl, puit« qu'aussi hicu il en faut toujours un.
... Je suis heureux aussi de vous entendre parler d'une expédition grandiose comme celle que vous êtes en Irain de faire : escalader l'épine dorsale de l'Amérinue, \ aussi l'Océan Pacifujuc et les merveilles j^'iganlesqi.. .% qui s'y produisent. Je crains cependant que vous ne voyiez pas lirigham Young. Lui aussi m'apparalt comme l'un des produits nouveaux de lA-!)a8 et, ma foi. je pu'^ I)ien vous avouer que ee (|ui se passe dans celte ré„'iw!i ne j)orle pas seulement un cachet d*énormitc mais de grandeur — et que malgré mes explosions occasionntdies contre I' » Anarchie » et la haine inextinguible (pi . " m'inspire je me prends à chuchoter à part moi : ■ Ks' • qu'aucun Frédéric-Guillaume ou aucun Frédéric ou le souverain le plus parfait que vous puissiez espérer réaliser, serait ea|)al)!e actuellement de promouvoir ce iini est pour le moment la lAclie essentielle do r.\mrn'iii<plus vite ou plus complètement que « l'anarchique Amérique » n'est en train de le faire olIo-mAmoî »» Une telle anarchie peut beaucoup dire pour sa défense ^plût au Ciel (jue la nôtre, en Angleterre, en pût dire aulaul cl fait prévoir pour l'avenir de grandes anti-anarchies ; en fait, j'y puis discerner déjà d'énormoH quantités d'antianarchio à l'état de « pou>^sière impalpable « el au font! de mon esprit j'en es|)rre. avec l'aide «les iiécles. drs résultats immenses.
... Et surtout écrivez-moi. Dès que vous rentrent de
Cali(r)rnii> ou (|ue la présente vouk tombrra sjttt • ' "
dites-moi (publies ont été vos aventures el t\ur ;
les prochaines.
T. CAIlt.Tt.l
... Avcz-voug jamais rien vu de pareil à celle fin p»r suicide dc.« capitaine Clinquant • fronçais? L'Allemagne
assaillie sans aucune raison, Paris se faisant sauter de même ! Événement plein de leçons inexprimables, profondes comme l'abîme.
(avec à peu près la vélocité de la gravure... sur plomb ^).
GLXXXVIII. — Emerson à Carlyle.
Goncord, le 30 juin 1871.
Mon cher Garlyle, Il est plus que temps que vous receviez des nouvelles de moi, dont la dette envers vous s'accroît sans cesse. Mais mon long voyage en Galifornie s'est terminé, à mon retour, par beaucoup d'embarras. Je trouvai chez moi la variole ; pendant plusieurs jours il ne me fut pas permis d'y entrer, et je ne pouvais causer que de la cour avec ma femme, mon fils et ma fille. J'avais concentré et terminé en hâte mes conférences de Gambridge, et je me rendis au pays des Fleurs sur l'invitation de John M. Forbes, l'un de mes amis les plus chers, père du mari de ma fille Edith. Avec lui, sa famille et un ou deux invités de choix, nous fîmes, dans les meilleures conditions de sécurité, de confort et de société, l'expédition qui me permit de parcourir pour la première fois le pays sur toute la longueur d'une de ses dimensions.
La Galifornie surprend par une géographie, un climat, une végétation, des animaux sauvages, des oiseaux, même des poissons différents des nôtres ; vous voyez un pays immense, la mer Pacifique ; la vapeur met l'Asie à deux pas et vous avez à vos pieds l'Amérique du Sud ; les
1. Ce postrscriptum est écrit par Carlyle lui-même, d'une main tremblante.
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montapnrs attci^'ncnt raltitudo du Mont Blanc ; la province, en ses 600 milles de latitude, produit tous nos fruits du Nord et en outre la fi^,'ur, l'oran^'e et la hananr. Mais c'est le climat surtout qui m'a surpris. L'Almanach disaitavril, niais la température disait juin et nous avon» eu, pendant six semaines, du soleil chaque jour, sans interruption. Novembre et Décembre sont les mois pluvieux. Le pays tout entier était couvert de (leurs et nous n'en avions vu aucune, excepté dans les serres. Tous \cn oiseaux que je connais chez nous sont représentés ici, mais avec un plumage plus brillant.
Dans les plaines, nous vîmes des multitudes d'antilopes, de lièvres, de polphers, même des clans et une couple de loups ; quant à l'ours j^ris. nous ne le vîmes qu'en cage. Nous traversAmes une région fréquentée par le buffle, mais nous n'en vîmes qu'un seul à l'élal captif. Nous IrouvAmes des Indiens à toutes les stations du che. min (le fer; les squaws et les papooses mendiant, cl les « l)oucs » comme on les appelle malicieusement. flAnanl En revenant, nous quittAmes pendant vingt-quatre heures la ligne du P.Kifi(jne pour visiter le Lac Salé; nous allâmes voir Hrigham Voung. Agé de soixante-dix ans tout juste, qui nous reçut tout d'abord avec une courloisic tranquille et pleine de réserve ; c'est un homme solidement bAti. maître de lui, de manières simples et plein d'assurance. Il ne tarda pas A faire remarquer que • le pouvoir d'un seul homme est en réalité synonyme du pouvoir de tous p. Notre entrevue fut très paisible et ;> liora plutôt l'impression (pie j'avais sur l'homme . ' notre visite j'ai lu dans le journal de Deneret ' le .; qu'il avait fait au peuple le dimanche précèdent. Il évilail la religion, mais était rempli de bon sens a la Franklin. A un certain endroit, il dit : • Votre crainte det
i. C'est, dans la langue litiirelquo dci Mormon», le nom d'Utuh
Indiens est absurde. Les Indiens aiment la nourriture des hommes blancs. Nourrissez-les bien et ils mourront à coup sûr. » Il est visiblement un maître suffisant et peutêtre bien un agent de civilisation de son royaume d'imbéciles ad intérim; mais j'ai appris que les habitants de San Francisco croient que ce pouvoir exceptionnel ne peut pas survivre à Brigham...
GLXXXIX. — Emerson à Carlyle.
Goncord, le 4 septembre 1871.
Mon cher Carlyle, J'espère que vous serez rentré sain et sauf des îles Orkneys, assez tôt pour que mon fils Edouard Waldo Emerson puisse vous voir à Londres en se rendant en Allemagne où il va achever — non, disons plutôt poursuivre — ses études médicales. Donnez-lui votre bénédiction et dites-lui ce qu'il convient qu'il voie, durant les quelques jours qu'il passera à Londres et plus tard dans votre Prusse. C'est un brave enfant et il faut cette nécessité pour nous décider à nous en séparer. J'aimerais bien l'accompagner jusqu'à votre foyer, si seulement je pouvais ainsi vous persuader qu'il n'y a que dix jours de là-bas au mien — un peu plus loin que les Orkneys — et les alentours aussi agréables et plus imposants. J'ai vu avec plaisir dans vos lettres que vous venez un peu à résipiscence en ce qui concerne l'Amérique; votre procédé à l'égard de Harvard-Collège en est une preuve plus significative; et je sais que vous ne pourriez voir sans intérêt la floraison immense et variée de nos possibilités locales et de toutes les nationalités, en outre de la nôtre...
R. W. Emerson.
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