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agréable que celle de votre prochain mariage. Il n'est nullement bon que l'homme soit seul ; et certea les dieux bienfaisants, en crôani Kve, nous ont g-cnéreusement préservés de ce péril. Bénie soit cette phase nouvelle de votre vie ! Je me plais à vous y prophétiser des jours paisibles, pas vides, mais bien plutôt remplis de cette activité la plus tranquille qui est la moilleurc. Voulez-vous présenter a celbî (jui sera ou qui peut-être est déjà M"** Emerson les vœux sincères de deux amis anglais qui ne l'ont pas encore vue de leurs yeux, mais dont pour cein les pensées ne seront pas nécessairement étrangères au home qu elle vous fera. Mt voici que vous nous adressez aussi l'invitation l.i |)lus chevaleresque ; qui sait si quelque jour nous ne nous mettrons pas réellement en devoir de nous y rendre? Que pour le moment ce soit, planant au-dessus de nous, l'un de nos ()lus aimables sujets de rêverie, brillant d'un doux éclat, une impossible possibilité. Puisse tout vous sourire, mon digne compatriote, parent et frère !
(lot étonnant accueil fait à Teufelsdrockh dans votre cercle de la Nouvelle-Angleterre me parait non seulement étonnant, mais suspect; non cependant qu'il y ait lieu de s'en plaindre ! Je puis dire d'ailleurs ({ue si la coupe de la Nouvelle-Angleterre est d'une dangereuse douceur, il y a, ici, dans la Vieille-Angleteri'e, des flots entiers d'une bonne décoction de houblon où elle peut venir se fondre et produire tout l'heureux effet dont elle est susceptible. Nos jeunes gens aussi, étant donné que toute exagération est passagère et que l'amour exagéré est en lui-même presijue un bien, s'en tireront sans dommage. Uuant à Fraser, l'idée d'une nouvelle édition répouvante ou plutôt il la trouve risible, inimaginable. Persoime, chex lui, n'a demandé un Sartor ; dans tout son étrange monde de Libellistes tories, de Cadets conservateurs, de Badauds de Hegent-Street. de Joueurs de Crocklord. de J<^suit(*s irlandais, de Keporters ivres, et
dans tout son ramassis de gens malpropres de diverses catégories (que l'acide azotique et force savon ne pourraient débarbouiller) pas une âme qui ait exprimé le moindre désir de ce genre ! Cette seule idée le fait s'esclaffer. En conséquence, j'ai obtenu de lui ces quatre exemplaires ; c'est tout ce qu'il consente à abandonner. Et je ne puis faire plus. Prenez-les avec ma bénédiction. Je vous prie d'en donner un à la plus honorable de ces « honorables femmes » dont vous m'avez parlé. Dites-lui que son image inconnue, lorsqu'elle lira le livre, sera pour moi une vision lumineuse et sans tache, tramée de rayons de soleil, vision digne d'amour et de culte, la plus parfaite de toutes les femmes transatlantiques. En tout cas, pour user d'un style plus idoine aux affaires, présentez mes hommages respectueux au D"" Channing, que certainement je ne m'attendais pas à avoir pour lecteur ou du moins que je croyais devoir être un lecteur choqué et hostile : car je pensais que la tolérance a ses limites. Je connaissais et j'honorais son long et sincère effort vers tout ce qu'il y a de meilleur; qu'il soit disposé à me laisser poursuivre par lama propre route en m'adressant ses souhaits, voilà sûrement qui nous honore tous deux encore.
Enfin, en faveur du monde britannique (qui n'est pas renfermé tout entier dans la boutique de Fraser), j'aurais à vous dire que diverses personnes, et quelques-unes en un langage qui ne laisse aucun doute, ont individuellement exprimé leur approbation de ma pauvre Rapsodie, ce que le pauvre Docteur-ès- Vêtements pouvait produire de mieux dans ces circonstances ; j'ai même des Anciens de l'Église presbytérienne qui le lisent et m'envoient leurs remerciements. Tant vous êtes dans le vrai quand vous parlez de la réceptivité de tous les cœurs restés simples pour ce qu'on leur adresse du fond du cœur. Ainsi l'expression d'un visage répond à celle d'un autre! Frère, si tu veux que je croie, commence par croire toi-
même; c'est aussi vrai que le flerc et dolcndam, plus vrai peut-être. Ne suis-je donc pas fondé, tout bien considéré, à penser que je me suis acquitté de cette tâche d'une façon assez satisfaisante? Rendons au ciel des actions de grâces et continuons, en somme, aussi lonfjtemps (|ue nous en conserverons la force.
Votre Transccndanialiste de Boston, quels que doivent en être le sort et le mérite, est certainement un symptôme intéressant. Il doit y avoir là-bas, dans cette paroisse transocéanique, des choses que nous n'imaginons pas! Mes vœux cordiaux accompag-neront cette en! reprise et je la saluerai comme le sûr précurseur de choses meilleures. Le visible, s'il ne repose sur llnvisiblc, devient le Bestial. Il nous faut nous frayer un chemin difficile parmi d'innombrables mêlées métaph\siques (et laisser en route des générations entières) pour([u'à la fin le Transcendantalisme se déploie, si j'interprète bien, comme l'euthanasie de la métaphysicjue en général. Plût au Ciel (jue ce soit pour bientôt et à coup sûr ! Tu ouvriras lc3!/euXj ô nis d'Adam; iuverraa, au lieu de continuer éternellement ton jargon sur les lois do l'optique et la fabrication des lunettes! Pour ma part, je suis très heureux d'éprouver comme l'impression d'envoyer promener d'innombrables paires de lunettes (que ne puis-je les poser, ton! tranquillement!) et j'espère quelque jour voir réellement une chose ou deux. L'homme vit par la croyance (comme il a été justement écrit dans les temps anciens); par la logique, il peut tout au plus aspirer à vivre. Oh ! je suis terriblement infesté de Logique ici. et souvent, dans mon impatience, je désirerais posséder, pour le lui a|)pliqu(M- un |)(mi, le balai de destruction.
« Pourquoi? Et dans quel hiit .' Kh ! mon Dieu, porce quel Ne demande pourquoi ; puisque, c'est ton affaire. »
Depuis ma dernière lettre ^qui me parait remonter a
environ trois mois) j'ai été victime d'une grande malchance) du plus triste, je crois, des accidents que j'aie jamais supportés. Grâce à de continuels efforts pendant de longues et dures semaines, j'avais achevé de façon plutôt satisfaisante le premier volume de ma misérable Révolution française ; sorti de contradictions infinies, il me semblait que j'émergeais assez bien et que je pourrais continuer à écrire mon pauvre livre, défiant le diable et le monde, avec un certain degré d'assurance et même de joie. Un ami — un bon mais négligent ami — m'emprunta le volume manuscrit, dans l'intention de lui consacrer quelques notes, chose tout à fait de sa compétence. Un soir — il y a environ deux mois — il nous arriva inopinément — le désespoir peint sur les traits — ; le manuscrit, qu'on avait négligemment laissé traîner, avait été déchiré comme papier de rebut et le tout avait complètement disparu, à l'exception de trois ou quatre lambeaux. Je ne pouvais pas me plaindre, sans quoi le pauvre homme avait tout l'air de vouloir se brûler la cervelle; nous dûmes nous composer et paraître calmes; ce qui, heureusement, quoique difficile, n'était pas impossible. Je recommençai par le commencement; jamais je ne mis la main à pareille tâche, semblable à une misérable torpille qui vous paralyse, tâche éreintante qui m'a réduit, ces deux derniers mois, à la couleur du safran et à un état voisin du désespoir, si bien qu'il y a quatre jours, m'apercevant bien que j'étais comme un homme nageant dans un élément qui se raréfierait sans cesse pour se réduire finalement au vide absolu (représentezvous cela !) je fis un nouvel effort d'abnégation et mis sous clé tous les fragments de papier en me disant : dans cet état d'esprit tu n'avanceras pas, tu n'écriras rien que tu ne doives raturer; mets-moi cela de côté pour toute une semaine — et le manuscrit est là, bien enfermé. J'ai digéré toute cette misère. Je me dis : si tu n'es pas capable d'écrire cet ouvrage, eh bien, ne l'écris pas,
l'Univers divin n'en ira que mieux sans lui. Ma croyance en une Providence spéciiilc devient tous les ans plus forte, invincible. inexpuj^Miable ; cependant vous voyez au milieu de quel furieux amoncellement de difficultés je me débats et vous compatirez. Du moins je vais essayer d'éliminer du con)bat lepiiiscment physique (et Diane, représentée ici par la bile), t'ar faveur divine, il se peut que j'écrive bientôt le livre : mais je sens que ce ne sera pas possible par la seule attaque de front, mais uniquement par des méthodes détournées et plus douces.
J ai beaucoup d autres ciioses encore à écrire; souvent il me semble qu'avec une année de santé et de paix je pourrais réaliser qucl(|uc chose de considérable, dont l'image vague et puissante Hotte dans mon cerveau. Cette année de santé et de paix, Dieu me la donnera encore, s'il le juge bon, ou bien il m'en privera, au mieux de sa sagesse.
Je réside et nage, depuis ';bientùt un an, dans ce Maëlstrom universel qu'est Londres; au prix de beaucoup de souffrances, lesquelles cependant — et il y a là plus qu'une compensation, — m'ont fait beaucoup penser. Jusqu'ici pas d'issue ; rien que confusion, téiiobres, d'iniiombrablea choses auxquelles il faut opposer un front d'acier. La folie gouverne le monde comme elle l'a fait d'une manière générale. On ne peut, malheureusement, lui dire sans dommage : « Hègne donc \» VA pourtant, il faut bien qu'on le dise. (Juoicju'il en soit, encore deux mois et j'attends mon bon frère rentrant d Italie (un brave garçon, qui m'est un grand réconfort); nous irons alors en Ecosse chercher un peu do santé et nous reprendre, itien ne me réussira tant (^ue je n'aurai pas lini ce livre.
Nos brochures américaines me sont arrivées seulement il y a (jucl(|ues jours... J ai lu les articles que vous aviez mar(iués. Sincère effort : puisse le Ciel le faire prospérer !
Dans notre pauvre pays, tout e«^t englouti dans le chao9
stérile de la politique; des ministères sont renversés et édifiés en un tour de main ; toutes choses (un horrible substratum « d'ignorance et de famine » bouillonnant et puisant au-dessous d'elles) semblent marcher en un rapide progrès vers la dissolution. On entendra sous peu parler de l'Angleterre; maintes choses sont arrivées à terme; la Destinée au pied boiteux les a atteintes, le jugement est proche. Quelle fortune est la vôtre, dans un pays où (quelque jargon qu'on entende à Washington) le pauvre, (non gouverné, libre de se gouverner lui-même), peut mettre sa hache sur son épaule et s'en aller dans les Forêts de l'Ouest, sûr d'y trouver une terre nourricière et la voûte du ciel ! C'est vraiment la porte de l'Espérance pour l'Europe aux abois, que sans cela je verrais s'effondrer dans de noires ténèbres. Cela aussi sera en vue d'un bien.
Je souhaiterais avoir quelque chose à vous envoyer en dehors de ces quatre pauvres brochures ; mais il n'y a rien, je le crains. Notre ex-chancelier a publié contre l'aristocratie des lieux communs (qui prennent une signification de nouveautés quand c'est Sa Seigneurie avec sa perruque et son chapeau de lord qui les exprime) et dont la haute société est terriblement scandalisée. En littérature, à l'exception d'un volume annoncé ou paru de Wordsworth (mais que je ne connais pas encore), il ne se produit rien qui soit digne de mention. Vous ai-je dit que j'ai vu Wordsworth cet hiver? Deux fois et longuement, presque sans désillusion. C'est un homme naturel (ce qui, ici et à cette heure, a une signification énorme) ; on dirait d'une source vive d'où ne coule qu'un breuvage sain quoique (c'est une impression dont je n'ai pu me défendre) en petite quantité et étonnamment dilué. Jamais, chez aucun homme, je n'ai entendu plus franche expression de simples bavardages et même de platitudes, jamais, du moins, de la part d'aucun homme que je puisse honorer pour les avoir dites. Je me
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félicite que nous possédions Wordsworth, de même qu'au milieu d'épaisses ténèbres, incessamment sillonnées de fusées volantes et d'éclairs, on serait heureux de posséder la moindre chandelle d'un liard qui donnerait une claire lumière. J'ai vu aussi Southey; c'est un homme de beaucoup plus d'esprit dans la conversation et cependant beaucoup moins f^rand. Il a des allures cléricales qui lui sont devenues une seconde nature ; il faut le prendre tel qu'il est.
Voici ma seconde leuille remplie. Il ne faut pas que je me risque à en commencer une autre. Dieu vous «^arde, mon digne ami, vous et celle qui doit devenir vôtre. Ma femme me prie de vous adresser aussi par delà la mer ses souhaits les plus cordiaux et ses sentiments sympathiques. Peut-être quelque jour nous réunira-t-il tous, ici ou là-bas.
Toujours fidèlement vôtre.
T. Carlyle.