II INTRODUCTION
célèbres, les trésors de l'art, auxquels cependant il n'était pas insensible, que le secret espoir d'y rencontrer des souvenirs éloquents d'une grande humanité disparue et surtout, parmi les vivants, des hommes de valeur auxquels il pût demander la solution des problèmes dont il sentait obsédée déjà son âme, portée de tout temps aux spéculations d'allure poétique, religieuse, et quasi mystique. Le moment n'était pas des plus favorables. « Les dieux s'en vont », disait Heine, qui venait de voir mourir en l'espace d'un an Gœthe, Walter Scott, Bentham, Cuvier, Hegel. Et, selon l'ordinaire illusion, il ne semblait pas que la vie fût décidée à remplir de sitôt les vides qu'avait ainsi creusés la mort. Aussi bien le jeune voyageur, en quête déjà d' « hommes représentatifs » de l'humanité, éprouva-t-il quelques déceptions sur sa route. Les émotions qu'il avait cru pouvoir évoquer si vivaces dans des lieux où s'écrivit tant de glorieuse histoire se refusaient à surgir. Emerson souffrait de voir qu'en Sicile « c'est à peine si l'on rencontre quelque chose qui parle de Hiéron, de Timoléon ou de Dion ». Et le présent ne s'imposait pas davantage : « Ce qui me manque le plus, note-t-il, c'est de ne jamais rencontrer des hommes qui soient grands ou intéressants ».
Le jeune touriste ne quitta pas cependant l'Itahe sans y avoir trouvé au moins un homme, Landor, qui fît sur lui une forte impression. Après un fructueux séjour à Rome, une rapide visite à Venise « ville pour