INTRODUCTION
castors » et à Genève, d'où il se laissa conduire à son corps défondant jusqu'à Ferney, il traversa Paris et Londres (où il vit Mill et Goleridgc vieilli et pontifiant), pour s'en aller d'un pas rapide et comme sous l'impulsion d'un sûr instinct, à la recherche d'une ferme perdue au milieu des solitudes d'Kcosse, entre des marécages et des collines rocheuses, tout près de la mer aux bruits multiples, mais loin du monde, de sa rumeur et de ses ressources, h plusieurs lieues de la ville la plus voisine. Là-bas, à Craigenpu'tock, vivait avec sa jeune femme, et travaillait, l'esprit tendu, le cerveau fumant et bouillonnant, celui qui fut Carlylc.
Plus ilp^é de huit ans qu'Emerson, il voyait approcher la quarantaine. S'il se sentait, aux heures de confiance, l'un des meilleurs esprits de son temps, armé pour jouer en littérature l'un des tout premiers rôles, il n'en avait pas moins, jusqu'ici, lutté sans succès pour s'imposer à l'attention de ses contemporains, et sa rancœur était grande. Une parole d'encouragement lui était venue pourtant, qui le soutenait, d'un juge dont le verdict favorable eût rempli d'orgueil maint auteur au seuil de la carrière, du patriarche Goethe luimême. Carlyle, depuis dix ans, s'était mis à l'étude de la littérature allemande. Il avait trouvé en Gœthe, au plus fort de sa crise de croissance spirituelle, si magistralemcMit exposée dans iSartoj'Resartus, un conseiller, un guide, un sauveur. La philosophie de l'existence qui