‹ CorrespondanceChapitre 20 sur 130 · X. — /Jmerson à Cari y le · texte numérisé non relu

X. — /Jmerson à Cari y le

Concord, Mass., le 8 avril 1836.

Mon cher ami.

Je suis inquiet de ne pas recevoir de vos nouvelles.

Notre (IcMniorc lettre est datée (l\i 27 juin IS.'i.S. Failos-

VOUS entendre à travers les espaces silencieux. Beaucoup d'amis me demandent de vos nouvelles et il faut que VOUS m'adressiez un mot dès la réception de cette lettre.

J'y joins une réimpression du Sartor. L'édition n'est que de oOO exemplaires, à raison d'un dollar chacun. Il a été souscrit pour environ 150. Je ne sais quel accueil on lui fera. Je ne suis pas très optimiste, car souvent j'entends ou je lis des jugements sur son style déplaisant. Sûrement, dis-je, il est tout à fait étrange, et pourtant j'en ai lu récemment un chapitre avec grand plaisir. Je vous envoie aussi, avec les amitiés et bons souhaits du D^' Channing, un exemplaire de son petit ouvrage, récemment publié, sur notre grande question locale de l'esclavage... (E. reprend la question des Conférences, signale l'existence, dans les villes, du « Lyceum », sorte d'université populaire dans laquelle un conférencier est toujours sûr de trouver un public, la plus grande liberté d'action et des honoraires acceptables)... Si vous aimez ceux qui vous aiment, écrivez-moi bien vite que tout va bien chez vous. Ma femme joint aux miennes ses salutations les plus amicales pour M'"^ Carlyle et pour vous.

Affectueusement vôtre.

R. Waldo Emerson.

Je devrais ajouter que c'est le baron Russell, un digne jeune homme qui se prépare aux fonctions d'ingénieur, qui a provoqué la réimpression de Teufelsdrôckh. J'espère que vous en verrez cette fois une critique américaine meilleure que celle de la North American^.

1. Préface, par Emerson lui-même, de cette édition américaine de Sartor, publiée par James Munroë et G'S Boston.

\I — Carlyle à K me mon.

h r;in'viit>-Ro\v, Clhcisea, Londres, le au avril 1836.

Mon cher Emerson,

Barnard va repasser l'eau et il ne f.iiit pas qu'il s'en retourne sans un rapide salut à votre adresse. Depuis plusieurs semaines j'ai près de moi voire lettre; depuis plusieurs semaines je n'ai cessé de sentir qu'elle méritait et réclamait une réponse reconnaissante, mais hélas! je sentais aussi que je ne pouvais lui en donner aucune. Vous ne pouvez vous représenter l'état d'esprit dans le(|uel je suis. Une seule pensée, ce livre, ce triste livre m'occupe sans cesse : autour de moi, en moi, continuellement, c'est un heurt et une chute d'épaves et de fatras de toutes sortes; mais je n'ai point d'oreille pour ce qui se brise et ce qui croit, pour le chaos et l'ordre, pour le monde qui m'entoure, et je ne vis que pour cette unique affaire qui me paraît d'une manière générale l'une des plus pénibles dont ait jamais été obsédé l'esprit d'un homme. Ayez pitié de moi! C'est réellement pitoyable; mais il y aura une fin. Encore quchpies mois et ce sera terminé; et j'en aurai fini avec la Révolution française et la Révolution et révolte en général, et une fois de plus je promènerai un regard libéré sur cette terre où il y a (I autres choses (lue ces basses œuvres meurtrières, des choses plus à ma convenance, sous le clair soleil, sur le sein maternel verdoyant (bien que le diable y ait sa demeureV Pour le moment, vraiment, on dirait une tu- \ù(\ue de iNessus que cette malheureuse entreprise, dont la brûlure vous rendrait fou; et puis c'est aussi comme une sorte d'armure qui vous ferait invulnérable, insensible à tous autres maux.

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