IV INTRODUCTION
se dégage d'oeuvres comme le Faust et Wilhelm Meister avait rendu à la conscience désemparée du jeune homme, élevé dans l'atmosphère raréfiée de l'utilitarisme sceptique du xviii^ siècle, des raisons d'espérer et de croire, orienté définitivement vers le culte de l'action un tempérament plein d'ardeur, mais trop généreux, trop religieux pour agir avec conviction sans un idéal qui dépassât les suggestions d'un étroit égoïsme.
Régénéré par cette sorte de révélation, Carlyle s'était fait le héraut, en Angleterre, non seulement de l'oeuvre gœthéenne, mais de toute cette littérature allemande, imprégnée d'idéahsme, qui lui paraissait devoir apporter à ses compatriotes tout ce qui manquait à leurs esprits, à leurs consciences, à leur vie politique et sociale. Il n'était alors, en somme, que l'auteur de la Vie de Schiller [i^t'o), le traducteur des Années dCapprentissage de Wilhelm Meister, et d'extraits de Tieck, Musoeus, Hoffmann, La Motte-Fouqué, Jean-Paul-Friedrich Richter. La Revue d'Edimhoui^g, la Foreign Review, la Foreign Quarterly Review, le Frasefs Magazine lui avaient sans doute ouvert leurs colonnes, mais on ne peut prétendre que ses traductions et ses articles critiques, presque tous consacrés aux choses d'Allemagne, lui eussent créé ce qu'on appelle un public. Et sans doute ils étaient rares ceux qui pressentaient, à la lecture de ces premiers manifestes qui s'appellent Signes des temps (1829) et Caractéristiques
INTHODUCTION V
(1831), tout ce qu'il pouvait y avoir, dans l'esprit de leur jeune auteur, de trésors accumulés, d'idées généreuses, impatientes de s'exprimer en formes truculentes.
Toutes ces productions d'ordre secondaire, dont la plupart ne pouvaient par nature prétendre à l'originalité, avaient eu cependant le grand avantage de mettre Garlyle en relations directes avec Gœthe, bien âgé, il est vrai, mais assez bon juge encore pour découvrir dans l'auteur de la Vie de Schiller « une force morale nouvelle, dont il était impossible de prévoir l'étendue et les effets ». Un tel témoignage, les conseils et les éloges prodigués dans une correspondance qui s'étend de 18:24 à 1831 , étaient bien de nature à soutenir le courage de Garlyle, à lui apporter le réconfort dont il avait besoin plus que personne, en raison de sa tendance à s'isoler, à douter de soi, à ne jamais se déclarer satisfait de l'effort le plus probe. Malheureusement (iœtlie venait de mourir, au moment même où Garlyle et sa femme, aussi fervente admiratrice que lui du grand artiste, se dis])osaient à entreprendre le pèlerinage de Weimar. Leur désappointement avait été grand. Bien des raisons, d'ailleurs, concouraient à incliner Garlyle au découragement, ou du moins vers cet « espoir désespéré » qui devint par la suite, au milieu de difficultés réelles ou imaginaires, son état d'ànie le plus habituel. Sa pensée fermentait tumultueusement sans s'éclaircir. Au milieu de l'isolement