‹ CorrespondanceChapitre 38 sur 130 · OCTOBRE · texte numérisé non relu

OCTOBRE

rapide comme l'n£kijrl Je ne puis arriver à lui enseigner le grand art de se tenir en repos; faute de cela ses belles qualités courent réellement risque d'être gaspillées en pure perte.

XXVIIl. — Emerson à Carlyle.

Concord, le 17 octobre 1838.

... Dans l'une de mes lettres de cette année je vous ai instamment invité à nous venir voir en Amérique et à Concord. J'ai cru que vous viendriez quelque jour et je le crois encore. IMais si de votre côté vous avez eu pour vos amis d'ici assez de générosité ou d'affection — ou si vous avez eu assez de curiosité à l'égard de notre milieu pour désirer venir, j'estime qu'il est opportun que vous remettiez à plus tard de satisfaire votre amitié et votre curiosité. Je ne voudrais à aucun prix vous avoir ici dans les circonstances présentes. La publication de mon Allocution à la Faculté de théologie (dont je vous ai envoyé des exemplaires) a été l'occasion, dans nos principales feuilles locales, d'une explosion contre mon « infidélité w, mon « panthéisme et athéisme ». Tous les auteurs sans exception mettent en garde contre moi et contre tout ce qu'on suppose en sympathie avec les opinions auxquelles je me rattache, contre le transcendantalisme, (iœtheet Carlyle. Je suis tout a fait peiné de ce dernier aspect de notre temp(He dans un verre d'eau. Carlyle, en effet, n'étant nullement coupable et ayant ses propres éléments d'impopularité, je ne souhaite pas rim[)Ii(juer dans mes petits différends locaux. Vous étiez en train de (hn-enii- très populaire ici. parmi nous, et vous le devenez de plus en plus dans le public américain; mais en ce moment précis, à Boston, où loii me connaît comme publiant vos

œuvres, je crains que vous ne souffriez de cette association. Or, il est indispensable que vous exerciez ici votre juste influence, que vous ne paraissiez pas devant nos gens comme un membre d'une coterie, mais au contraire comme un homme sans attaches, c'est-à-dire auquel rien n'est étranger; de sorte que je suis heureux, plus que je ne l'eusse pu prévoir, que vous n'ayez pas cédé à mes instances. Attendons un peu que cette puérile clameur se soit dissipée. Je suis heureusement placé de manière à échapper à tout inconvénient réel provenant des alarmistes ou des alarmés; et vraiment, dans la mesure où ce malaise résulte nécessairement de la simple inertie d'esprit, il me paraît évident que si je vis, mes voisins doivent s'attendre à beaucoup d'autres chocs et peutêtre plus difficiles à supporter.

L'article sur les écrivains religieux de l'Allemagne paru dans le dernier numéro de la Quaterly Review convient à notre méridien comme au vôtre ; cela ressort clairement de ce fait que nos journaux transcrivent dans leurs colonnes la tirade du début et pas autre chose. Quel est l'auteur de ce travail ? Et qui a écrit l'article sur Montaigne dans la Westminster ? J'ai lu avec grande satisfaction les Poèmes et Pensées d'Archœus dans Blackwood. « La Fille du sacristain » est un beau poème et je reconnais dans tous, avec joie et sympathie, l'Ame. Parlez-moi de la santé et prospérité de l'auteur. Ou bien ne me fera-t-il pas l'amitié de m'écrire de sa propre main? Et parlez-moi de vous-même ; dites-moi quelle œuvre d'amour et de sagesse les Muses vous commandent et quelles satisfactions le Dieu clément vous envoie, à vous et aux vôtres. J'espère que votre femme ne m'a pas oublié.

Bien amicalement.

R. W. ExMERSON.

Les Mélanges (vol. I et II) sont une œuvre populaire. Environ 500 exemplaires ontété vendus. Le second article

sur Jean-Paui agit puissamment sur l'Ame des jeunes. Je déteste vous écrire des lettres pleines d'affaires et de faits comme la présente. Il y a si peu d'amis que je pense que jo vous verrai de plus près quelque jour, car je vous aime plus que je ne puis dire. W. H. Channin^ a écrit sur vous, dans la Boston Review, un article critique qu'il vous a envoyé, je suppose.

Page 1