VI INTRODUCTION
qu'il avait choisi, il sentait le besoin d'humaine communion. La foi, qu'il avait cru définitive, subissait de pénibles éclipses. L'avenir restait obscur et le présent, en dépit de toutes les joies de l'esprit, semblait justifier une vue pessimiste de l'existence.
Il était temps qu'une voix amie se fît entendre à nouveau pour apporter du dehors la confiance et le courage. La jeune femme de Garlyle, qui prenait héroïquement sa part — plus que sa part — de tous les ennuis d'une réclusion en plein désert, d'une vie laborieuse et gênée, cuisant le pain, cultivant le jardin, suffisant à tous les travaux du ménage et de la basse-cour, supportant l'humeur changeante d'un mari dyspeptique et génial, lui avait bien dit, après la lecture du manuscrit de Sartor : « Mon ami, c'est une œuvre de génie ! » ; mais il ne semblait pas que ce fût le moins du monde l'opinion des éditeurs, dont aucun ne voulait se résoudre à présenter au public d'Angleterre l'étrange production dans laquelle l'auteur avait narré, sous une forme symboHque et dans une langue singulièrement néologique, les expériences de son enfance studieuse et de sa jeunesse, comprimée dans les cadres étroits d'une société dont il commençait l'impitoyable satire.
C'est dans ces conditions qu'Emerson apparut un soir, le 26 août 1833, dans la solitude de Craigenputtock, expressément venu, selon les termes de la première lettre du présent volume, pour dire à Garlyle :