Dans l'un des cercles de l'Enfer du Dante
FKVniRR 1839 103
quand il nie rcslc quelque vifjucur pour travailler, ce qui est la seule utilité que je puisse découvrir en moi-même, mais m'arrive trop rarement ces temps derniers. Le fond do mon oxistcnco est sombre comme la mort: trop sombre, quand d'autre part le vide y rè^ne; mais il s'y vient peindre parfois des images faites d'or, d'éclairs et des couleurs de l'arc-en-ciel, d'autant plus brillantes, je suppose, que le fond est plus noir. Avec tout cela j'ai un bon grain de folie. Oi'tdques personnes m'engagent à écrire quelque chose sur Cromwell, sur lequel il m'est arrivé de parler. Je fais des lectures là-dessus et sur des sujets d'histoire anglaise, trouvant que je ne sais rien et que personne ne sait rien de cette matière; mais en sortirat-il quelque chose? C'est ce qu'il faudra voir. Mill, mon ami de la Wei^tminster Revieiv, est parti souffrant pour le continent, laissant à sa place un fruste .Miboron d'Aberdeen, qui est, en outre, l'un de mes grands admirateurs, avec lequel je conjecture ([ue je ne pourrais pas agir du tout; donc, rien à faire de ce côté. Le plus sage de tout, je crois, serait d'acheter mon petit cheval Yankee et de me mettre à galoper sur les collines environnantes !
... [Votre discours] n'est arrivé qu'hier, étant resté sous je ne sais quels ballots. Nous ne l'avons lu qu'une fois et n'en avons pas encore touché le fond. Cependant, à mon avis, celte tempête socinienne dans un verre d'eau est tout à fait dans l'ordre des choses et vous sera profitable, non pas préjudiciable. 11 est du devoir de l homme d(» f.iire profiler les hommes de la lumière qu'il détient; mais il conviendrait([u'iI distinguât de mieux en mieux à travers quel médium elle doit passer, sur quelles rétines elle tombera : prenez-y donc garde. Je trouve dans ce discours, comme dans les deux autres, cette très noble affirmation de personnalité et cette originalité croyante qui est comme un feu sacré, la source de tout ce qui doit donner une Hammc et agir, et, pour des jeunes gens en particulier, on ne voit {)as ce «(u'il y aurait de (dus vivi-
fiant. Parlez donc pendant que vous en ressentez la vocation et chaque fois que vous la sentirez. Mais je vous prédis, mon ami, que cela ne vous suffira pas toujours à vous-même. 11 y a en vous le don d'une espèce de verbe qui est lui-même action, d'une espèce artistique. Vous nous dites d'un accent pénétrant que l'âme de l'homme est grande; montrez-nous la grande âme d'un homme, en une œuvre qui la symbolise; c'est le couronnement d'un tel évangile et vous sentirez sans tarder que c'est là votre mission. Il me tarde de voir quelque chose concrète, quelque événement, vie d'homme, forêt américaine ou fragment de création, qu'Emerson aime et admire, bien émersonisée, peinte par Emerson, remplie de la vie d'Emerson et projetée hors de lui pour vivre désormais de sa vie propre. Si ces discours doivent me priver de cela, quelque profitables qu'ils puissent être pour d'autres, je ne veux pas les aimer. Et pourtant, que dis-je? Comment puis-je savoir ce qui est bon pour vous, ce qui réellement rend votre âme heureuse d'y porter son effort? Je parle du dehors; la voix la plus amicale ne peut parler que du dehors; et c'est au dedans de Inique l'homme trouve son ultime mobile. Pardonnez-moi, aimez-moi et écrivez-moi sans tarder. A Dieu!
... L'une des choses les plus étranges concernant ces Discours de la Nouvelle-Angleterre, c'est le fait que j'ai entendu mentionner, mais pas encore vérifié de mes propres yeux, qu'un certain M. Gladstone, fameux érudit d'Oxford, député tory et anglican convaincu, de beaucoup de talent et de promesses, a trouvé moyen d'insérer un morceau de vous (ce doit être le premier discours) dans l'une de ses œuvres sur l'Église et sur l'État* qui fait quelque bruit en ce moment. Je le tiens pour un homme