‹ CorrespondanceChapitre 63 sur 130 · LXIII. — Co.rlyle à Emerson · texte numérisé non relu

LXIII. — Co.rlyle à Emerson

Ghelsea, Londres, le 8 mai 1841.

Mon cher Emerson,

Votre dernière lettre m'a trouvé à la frontière méridionale du Yorkshire où Richard Milnes m'avait persuadé d'aller passer avec lui ce qu'on appelle ici les vacances de Pâques. J'avais à me débarrasser des restes d'une vilaine influenza qui ne m'avait pas tout à fait quitté ; ma petite valise, que des contretemps m'avaient à l'improviste obligé à rentrer, restait bouclée depuis quinze jours ou davantage, son poltron de possesseur, le plus piètre des voyageurs, ne sortant pas d'indécision. Milnes offrant de me prendre en quelque sorte sous son manteau, je partis avec Milnes. La nature douce, cordiale, quoique un peu dilettante de cet homme le distingue à mes yeux du commun des mortels. Dix jours durant je chevauchai ou flânai à travers les champs et les collines du Yorkshire. La vue du jeune printemps, dont j'avais été privé depuis sept ans, me parut belle ou même meilleure que la beauté. La solitude elle-même, le grand silence de la terre agissait comme un baume sur mon cœur lassé et malade ; ni les Dragons de Wantley (c'est ainsi qu'on appelle Lord Wharncliffe, le sec Tory) ni les avocats babillards en voyage, ni l'aristocratie chassant le renard, ni les capitaines de yeomanry cultivant des moustaches d'un blanc de lait, ni le tapage incessant et le « dîner de huit heures » ne purent prévaloir entièrement contre ce fait que j'avais tout autour de moi la terre verdoyante et au-dessus les cieux dans leur pureté sans mélange, la voix des eaux et des oiseaux — et non pas, à tout instant du jour, le vain langage des Gockneys ! — Le matin du dernier jour, comme nous roulions, Richard et moi, vers la station du

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