VIII INTRODUCTION
pendant toute leur longue journée productive, chacun d'eux fit entendre à l'autre l'avis sincère du critique sympathique, fraternel et congénial, assez près de son correspondant sur toutes les questions fondamentales pour être sûr de lui parler une langue qu'il comprenne, assez différent de lui, assez personnel, pour juger — \ unus e multis — de l'œuvre nouvelle, pour formuler à / l'auteur, en tout désintéressement, l'objection essenf tielle, et pour lui donner l'impression que dans ce jugement la louange et la restriction sont également dignes de considération et de confiance.
Peut-être aura-t-on l'impression, de ce côté, que Carlyle ait reçu plus qu'Emerson. Il n'est pas douteux qu'en raison de son tempérament plus inquiet il avait plus besoin d'une voix « proprement humaine » qui répondît intelligemment à la sienne. Plus de vingt fois, dans la Correspondance, il remercie Emerson de la lui avoir fait entendre : « Vous êtes pour moi un ami bienveillant et précieux, et quand je déplore l'impuissance du langage humain et que chacun de nous — qu'il écrive ou parle comme il le voudra — soit condamné à rester muet, emprisonné dans tout l'inexprimable qui est en lui, en face de son frère incapable d'expression, il me semble toujours qu'Emerson serait l'homme auquel j'aurais le plus envie d'essayer de parler, si j'étais à sa portée. » Et plus tard, soulignant son influence calmante : « Je reconnais que vous avez été pour moi comme un ange et que vous avez absorbé le plus heu-