LXXIX. — Emerson à Carlyle
Concord. le 1j octobre 184t.
J'ai reçu de vous nu moins deux lettres depuis ma dernière. 11 nie serait très agréable que la poste m'apportât tous les jours une de ces nerveuses épitres (ju'on dirait faitesde rudeécorce, d'acier et de vin doux, maiscommc je lie puis espérer quil m'en sera expédié davantage Cahlylk ul BMii»»uN. 1:!
tant que je n'aurai pas accusé réception des dernières, je certifie par la présente que je vous aime bien et que j'apprécie grandement tous vos messages. J'ai lu avec un intérêt spécial ce que vous me dites de vos études anglaises, et je ne doute pas que le livre ait recommencé à progresser régulièrement. Nous verrons quel changement produira dans l'ouvrage le changement de position de l'auteur. La première histoire attendait son public, la seconde est écrite pour un public dans l'attente. Le ton de la première était fier jusqu'au défi; nous verrons si les applaudissements ont adouci l'humeur du maître. Il a cette fois un héros et nous aurons une sorte de norme pour nous aider à jauger, par le héros qui combat, le héros qui écrit. Allons, puissent des esprits supérieurs et propices favoriser l'œuvre à toute heure, puissent des impulsions et inspirations venues de ce monde profond qui fait et embrasse l'humanité tout entière tenir vos pieds sur le mont de Vision qui commande les siècles, et le livre sera pour les hommes un bienfait indispensable, ce qui est la plus sûre des gloires. Faitesmoi savoir tout ce qu'on peut dire des progrès que vous y ferez... (Remercie Garlyle de l'accueil qu'il a fait à Alcott. « C'est un grand esprit, mais je crains maintenant qu'il n'ait fourni déjà son meilleur effort. »)
Quant au Dial et ses péchés, je n'ai plus de défense à présenter. Nous écrivons comme nous pouvons et nous savons bien peu de chose là-dessus. S'il y a lieu de déplorer la direction de ces spéculations, ce n'en est pas moins un fait d'histoire littéraire que tous les adolescents (garçons et filles) de la Nouvelle-Angleterre, sans aucun échange de leurs vues, prennent ainsi le monde et viennent déclarer à leurs pères et mères, les fils qu'ils ne désirent pas entrer dans le commerce, les filles qu'elles n'ont pas de goût pour les visites du matin et les soirées. Tous sont religieux, mais détestent les Églises — tous rejettent les habitudes de vie des autres hommes, mais
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n'en ont pas à proposer en leur place. Peut-être nous viendra-t-il l'un de cesjours un prand Yankee, qui accomplira sans peine la tâche ignorée...
K. \V. Kmerson.