‹ CorrespondanceChapitre 78 sur 130 · LXXXI. — Carlyle à Emerson · texte numérisé non relu

LXXXI. — Carlyle à Emerson

Chelsea, Londres, le 11 mars 1843.

Je ne sais à qui c'est d'écrire, bien que j'aie longtemps soupçonné que c'était à vous et éprouvé surtout le désir bien net que vous le fassiez; mais ne voyez dans la présente qu'un mot à la hâte, tout entier consacré aux affaires et comme d'ordinaire à mes affaires personnelles.

J'ai terminé un livre et je viens d'y atteler l'imprimeur, un fort volume, plutôt plus gros, selon mon estimation, que l'un des volumes de la Révolution française : ce sont des « Propos d'actualité » un peu fougueux et sujets à controverse, non écrits par un Puséyste, propos que m'a arrachés la vision de notre situation présente. Je ne sais s'ils formeront ou non un travail préliminaire à Olivier ; mais graduellement ils étaient devenus à mes yeux le préliminaire nécessaire de toute production possible ; et les voici écrits et je suis bien malade, mais avec tout cela un homme relativement très libre. J'intitulerai cela : Passé et Présent. C'est divisé en quatre livres : Livre I, Proème ; Livre II, Le monde de jadis; Livre III, L'ouvrier moderne ; Livre IV, Horoscope, ou quelque chose de ce genre — quant à l'étendue je l'ai supputée plus haut. (Projet de publication simultanée à Londres et en Amérique).

... Les deux derniers numéros du Dial étaient, à un degré éminent, plus près de la vie que tout ce que j'en avais vu jusqu'alors. En vérité ils ne renfermaient rien, — excepté les seuls articles d'Emerson que je reconnais à leur première résonnance sur le tympan de l'esprit — qui me plût à proprement parler; mais il y avait beau-

coup de choses qui ne me déplaisaient pas et qui me plaisaient à demi ; et je dis : / fausto pedc, cela va décidément mieux. A propos, vous feriez bien de surveiller de près Alcott et sa suite anglaise, j'entends dans la mesure où nous avons ici affaire à eux. Il ne faudrait pas qu'on vît en la société de Kalph Waldo Emerson, qui a déjà de ce (•6té de Teau des hommes pour auditeurs, un groupe de parfaits imbéciles. La suite renferme un ou deux individus de ce genre et les autres, pour la plupart, ne sont pas encore déterminés. Par exemple j'ai connu personnellement le vieux X... et je puis certifier, si vous m'en voulez croire, que peu de plus grands idiots, — si idiot peut signifier « imbécile fieffé », et la neuvième partie d'un penseur — ont vécu de son temps. Garde-toi de ces gens-là, c'est ce que je me dis toujours et ce que je vous dis à vous aussi, en vous priant de me le pardonner.

Adieu, mon cher Emerson. Puisse un génie bienfaisant vous guider, car vous êtes seul, seul ; et vous avez à accomplir un rude pèlerinage qui vous conduira bien haut, si vous ne glissez ou trébuchez !

Toujours affectueusement vôtre.

T. Caklvle.

LXXXll. — Carlyle à JJ)ncrs<tn.

Chelsea, Londres, le 1*^ avril 1843.

(Toute la lettre est consacrée au projet, ci-dessus mentionné, de publication en Américjue de Past and Présent). Adieu, uîon ami, j'ai toujours l'impression, à divers points de vue. (|ue vous êtes seul avec moi sous le ciel, à l'heure présente.

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