Acétate de plomb. A la sav.ur surrro
GXVII. — Emerson à Carlyle.
Concord, le 31 janvier 1847.
Mon cher Carlyle,
(Remercie G. pour l'accueil fait à Margaret Fuller).
Une ou deux fois il m'a été fait proposition plus ou moins ferme, par une ou plusieurs personnes de Liverpool et de Manchester, d'aller donner en ces villes des conférences. Et qui sait si je n'irai pas un jour? La vapeur est puissante et Liverpool n'est pas loin. L'excitant d'un nouvel auditoire aurait sur moi l'heureux effet de m'amener à achever des morceaux qui attendent, avec bien peu de chances, depuis des mois ou des années. Ah ! si j'osais alors, je serais bien heureux d'ajouter à ma vie quelques heures d'or en vous voyant maintenant, en plein développement et en pleine notoriété, parmi vos compatriotes; — entendre et causer est si peu, et cependant si important. Mais la vie est chose dangereuse et délicate. J'aimerais voir votre solide Angleterre. La carte d'Angleterre est pour moi une bonne lecture. Et puis je suis un amateur, jusqu'ici bien ignorant, de peinture, et je suis curieux de voir les statues et les fragments d'architecture du British Muséum. Donc, prenez garde à moi, car dès qu'arrivera le jour lointain où je serai prêt, je viendrai.
Longtemps avant cette époque vous devriez avoir reçu de John Ghapman un exemplaire des Poèmes d'Emerson qu'il a été chargé de vous envoyer. Pauvre homme, vous pouvez vous dispenser de les ouvrir. Je sais tout ce que vous pouvez dire. Je les ai imprimés, non parce que je me faisais l'illusion que c'étaient des poèmes, mais à cause de la tendresse ou de la dureté de cœur de maints
MARS 1847 2f5
K. W. Emehson.
CXVllI. — Carlyle à Emerson.
Chelsca, Londros, h; 2 mars 1847.
Cher Emerson. Le vapeur lève l'ancre demain ; je veux, bien que me trouvant très déprimé, qu'il emporte à votre adresse un petit mot de moi. 11 faut (ju'il y ail, dans la panse composite de cet étrange steamer, entre autres choses, une parole d'amitié! Votre très aimable lettre m'attendait ici depuis dix jours, deux fois bienvenue après un si long silence. Nous avions passé dans le llampshire, avec les Baring, (là où nous sommes allés l'an dernier), quatre semaines ou même davantage, dans une oisiveté complète. Notre hiver avait été, et ma foi il est encore, d'une rigueur inaccoutumée; en conséquence la santé de ma femme était gravement altérée; mais cette oisiveté, les brises marines de l'Ile de Wight ont remis les choses au point, de sorte que nous ne pouvons regretter ce séjour ou l'oisiveté (|ui, sous d'autres rappnris aussi, pourraient bien èlre utiles. Hélas! à l'hciin' présente, mon état normal, c'est d'être complètement oi.ni/, de contempler un univers bien solitaire, plein de funèbre douleur, plein aussi de splendeur, et de ne pas savoir du tout, pour le moment, de (juel coté je v.iis reconunencer à l'attaquer.
J'ai lu fidèlement votn» livre de Voviuo, i na\-lluuse. (dans nos ([uarliers du Hampshire) ou les entêtés, —
Caulylk et Emm«i»on. t5
dont VOUS êtes autrement, en prose, l'un des grands favoris — ont sottement refusé de me laisser lire à haute voix. Je dis sottement, car j'aurais en grande partie arrangé les choses par mon commentaire; il me fallut donc lire pour moi seul; et je puis dire, en dépit de mon endurcissement, que j'y goûtai, bien qu'au travers d'impedimenta, une réelle satisfaction et quelque écho des mélodies éternelles résonnant de loin, de temps à autre, à mon oreille! 11 y a là un fait, une vérité dans l'histoire de la nature, dont on vous sait gré de tirer des conclusions. Une noble vision de l'Univers, partout le son, (malheureusement lointain^ en quelque sorte) d'une âme humaine, vaillante et sincère; ceci, même sous la rime, est une satisfaction qui vaut qu'on prenne à sa poursuite un peu de peine. Mais vous êtes, en vérité, plein de malignité; et au travers de cet élément confus et non diaphane vous ne me frappez pas comme un radieux arcen-ciel d'été, comme des flots de lumière solaire, mais par un rayonnement ténu et subtil, qui me fait l'effet de la lumière des étoiles. C'est ainsi; je désirerais que vous deveniez concret, que vous écriviez en prose, par les voies les plus courtes; mais, sous quelque forme que ce soit, je ne puis me refuser à vous accepter; c'est mon sort.
L'édition de Ghapman, coiTime vous le savez sans doute, est très jolie. Je crois qu'il y a en Angleterre assez d'ardents chercheurs silencieux pour la lui acheter et en poursuivre résolument l'étude ; quant à la multitude des revues, elles n'osent pas précisément dire que c'est du « galimatias de clair de lune », et il est probable qu'elles tiendront leurs langues. C'est mon opinion bien arrêtée que nous sommes tous bien loin du but en ce moment, en ce qu'on appelle Poésie, Art, etc., et que nous étouffons sous un effroyable incubus de Tradition et de simple « cant », funestement amoncelé sur nous jusqu'au zénith, au train dont on voit maintenant tous les hommes s'éver-
tuer et trébucher, dans presque toutes les autres provinces de la vie, excepté peut-être celle des chemins de fer; en un mot, que la Kunst à la Goethe et Schiller a bien plus d'affinité avec le bi<^otisme de Pusey et Newman, et autres phénomènes également déplorables, qu'elle n'en a le moins du monde conscience. Je vous prie de vous tenir pour averti; je suis plus sérieux sur ce point que vous ne supposez. Mais non, vous n'en ferez rien; vous accueillez mes prophéties avec un sifTlottement dégagé et vous continuez votre propre chemin, entêté que vous êtes! Homme infortuné!
(Kncourage E. dans son projet de Conférences... Ju;j^e Margaret Fuller « esprit réellement héroïque... Irrs étroit parfois, mais d'une réelle grandeur...)
T. Carlvle.
ex IX. — Cari y le à Emerson.
Chcisca. \o \% mars 1817
(Le succès dos Conférences est assun»; il faudrait, à Londres, les placer en mai)...
... Vous éprouverez réellement une intime satisfaction à considérer les traits et à vous adresser aux esprits de personnes de la véritable aristocratie, étant donné que vous en faites partie vous-même, pécheur que vous êtes; et peut-èlre, en vérité, sera-ce la plus grande des nouveautés (jui vous attendent après votre traversée. C'est d'ailleurs une chose qu'on ne jXMit voir ou du moins (jue je n'ai vue dans sa perfection (pie dans la seule ville de Londres...
T. Cahi.ylb.