‹ Correspondance, 1904-1938Chapitre 10 sur 142 · Exil DiAre · texte numérisé non relu

Exil DiAre

Pascal — ce maître dont l'enseignement l'a ébloui pour le laisser ensuite plus enténébré — a distingué : « Ceux qui servent Dieu, l'ayant trouvé; les autres qui s'emploient à le chercher, ne l'ayant pas trouvé; les autres qui vivent sans le chercher, ni l'avoir trouvé ^ » et il a ajouté : « Les premiers sont raisonnables et heureux, les derniers sont fous et malheureux, ceux du milieu sont malheureux et raisonnables ^. »

Si donc l'on se réfère à cette distinction que tout homme objectif, croyant ou non, est en mesure de faire : Paul Claudel doit être raisonnable et heureux en face d'André Suarès raisonnable et malheureux. Sur un plan purement vital et empirique, en dehors de tout assujettissement métaphysique, le phénomène-foi qui amène au bonheur pourrait être considéré comme supérieur au phénomène-doute qui accule au malheur^. Et Paul Claudel le sait bien, qui a dit : «J'ai souvent entendu reprocher aux chrétiens d'un petit air supérieur que la raison de leur foi est la joie et la consolation qu'elle leur procure. Mais il me semble que nous ne pouvons trouver de meilleure justification, parce que c'est là un fait et non pas un raisonnement*. »

Le raidissement d'André Suarès, qui va à l'encontre de la tranquillité d'âme dont il a la nostalgie, est une position fière et désintéressée, en accord avec une sincérité sans défaillance. D'autre part, les efforts de Paul Claudel pour l'infléchir vers Dieu correspondent à une foi généreuse qui ne se sent digne d'elle-même et conforme au dogme que lorsqu'elle travaille à se propager.

La Correspondance d'André Suarès avec Paul Claudel nous conduit sur les hauts Lieux où s'affrontent les vents contradictoires, dans une commune limpidité de l'air. Elle nous laisse espérer qu'entre ceux qui par amour ont la foi et ceux qui sont seulement capables d'avoir l'amour de la foi, la divergence des formalités retarde, sans l'empêcher, la fondamentale convergence des aspirations.

Robert Mallet.

I et 2. Pensées.

3. « Le mol oreiller du doute » de Montaigne n'existe pas pour Pascal. Ceux qui « vivent sans chercher Dieu, ni l'avoir trouvé » reposent sur un oreiller hérissé de clous.

4. Lettre inédite à .\rthur Fontaine communiquée par Philippe Fontaine. Prague, 30 mai 1910.

Nous tenons à exprimer nos sentiments de respectueuse reconnaissance à M™'' André Suarès et à Paul Claudel pour l'aide qu'ils nous ont apportée en nous faisant profiter de leurs souvenirs et de leur documentation. Nous assurons de notre gratitude M™^^ Francis Jammes et Romain Rolland, MM. Albert Chapon et Philippe Fontaine qui nous ont autorisé à reproduire des lettres inédites. Et nous adressons nos remerciements à M"« Gracie Rimbert, à MM. François Chapon, Jacques Lethève, Roger Méquillet-Claudel, Jean-Jacques Salomon et Pierre Sipriot dont les amicales indications nous ont été très utiles.

Page 1