I. Sic
Trois raisons. Premièrement, Chapon a été malade; or lui seul s'occupe de tout à V Occident. Il a été plus ou moins cloué tout l'hiver à la chambre, par la sciatique. Nous avons eu trois mois de neige et de pluie. Il n'a pu se rendre à Chartres. Et les grèves, pour finir. Moi-même, j'attends depuis six mois les épreuves de mon premier volume Sur la Vie.
En second lieu, votre édition sera très belle; mais elle est fort difficile à établir. L'imprimeur de Chartres, en guerre avec ses ouvriers, ne répond plus avec zèle aux demandes qui lui sont faites. Les vôtres sont des moins aisées à satisfaire : lettres initiales, encres de couleur, etc. Vous serez content à la fin ; mais il faut d'abord se mettre d'accord sur tous les points, ne varieiur. Donc, patience et patience.
Troisièmement : votre manuscrit est douteux. Il y a des mots que Chapon ne peut pas lire, et des indications qui laissent place à l'erreur.
Son vœu est assurément que vous soyez ici, pour corriger vous-même vos épreuves. Je l'ai bien senti. Il craint d'être responsable d'une édition fautive. Son désir est d'ailleurs de la faire aussi belle qu'il pourra. Voilà les aveux que j'ai obtenus de lui dans notre dernière rencontre.
Vous avez eu tort, cher Claudel, de ne pas m'adresser votre manuscrit. C'est à moi qu'il vous fallait le confier. J'aurais pris ou non la responsabilité du livre; et comme ni vous ni moi ne craignons pas d'écrire, je vous aurais écrit autant qu'il aurait fallu. Il n'est plus temps, aujourd'hui : je suis forcé de partir en voyage, dans quelques jours. Je serai absent deux mois.
Si vous n'êtes pas encore à Paris, au moment de mon retour, ou si mon voyage tourne court dans trois ou quatre semaines, voyez ce que vous devez faire. Je serai tout à vous comme j'eusse été si vous l'aviez voulu. Qu'on me remette alors le manuscrit, et je ferai marcher le travail, l'épée et la plume dans les reins de toute la séquelle. J'ai fait l'épreuve de la longue patience qu'il faut avoir ici; à vous maintenant de la faire.
Ne m'en veuillez pas de la déception. J'aime mieux vous montrer la vérité nue. Patience, je vous prie. Je vous serre la main avec affection.
Su.
Répondez-moi sur-le-champ. Si vous prévoyez que je sois de retour à Paris avant vous, et si vous en êtes d'avis, donnez l'ordre qu'on me livre vos Odes, et qu'on ait à m'obéir en tout, comme à vous. Si j'en prends la responsabilité, je ne veux la partager avec personne. Una lex, unus rex.