‹ Correspondance, 1904-1938Chapitre 107 sur 142 · André Suarès à Paul Claudel · texte numérisé non relu

André Suarès à Paul Claudel

A la Simiane, en Provence, ce 20 avril 1909.

J'épouse votre ennui, cher Claudel. Je sais ce que c'est d'attendre, et le tourment de douter dans la cave du silence.

Vous devez être rassuré, aujourd'hui, sinon content. Y ayant bien pensé, voici ce qu'il convient de faire.

Ils auraient un vrai chagrin, je pense, à V Occident, si vous leur retiriez les Odes : j'entends Mithouard et Chapon, les seuls que je connaisse. Chapon s'est mis en retard par excès de scrupule, et parce qu'il a été malade. Je crois que le travail est en train. Je ne vais pas laisser de repos à Chapon, qu'il ne m'ait répondu. Entre nous, je le tiens d'un désintéressement rare : il me semble que vous l'offenseriez en lui offrant de reconnaître ses services de quelque façon que ce fût, moins votre estime amicale.

Comme vous voyez, je suis en voyage pour un peu de temps. Je rentrerai a Paris, à peu près aumomentoù vous y devriez être.

Si vous pensez, alors, n'y être pas, donnez -moi vos pouvoirs : je me charge de tout, à la condition que vous m'en chargiez vous-même. Ce n'est pas un service que je vous rends : de vous à moi, ce mot n'a pas de sens. Je vous aime, et c'est tout.

Voilà donc les termes de la question : si vous n'êtes pas à Paris cet été, j'y serai pour vous. Et votre livre sera prêt par mes soins, comme il l'eût été par les vôtres, si tôt que faire se pourra.

Te suis à vous du meilleur cœur.

Su.

Je vous plains d'avoir toujours à vous défendre contre des accusations misérables. C'est pour n'avoir rien de commun avec ce monde de quadrumanes, que je vis de pain sec et d'eau clair : mais elle est pure.

I20. — Paul Claudel à André Suarès.

Ticntsin, 1 1 mai 1909.

Mon cher ami,

Certainement puisque vous avez la bonté de vous en occuper, je vous donne tous mes pouvoirs pour l'impression des Odes. Je ne voudrais pas cependant froisser Chapon, mais j'ai pleine confiance en vous à cet égard. Je compte sur vous pour me donner quelques nouvelles de temps en temps. J'aimerais surtout recevoir les épreuves des pages de titre. Tous les imprimés sont à envoyer comme lettres via Sibérie. Autrement ils prennent la voie de mer, ce qui fait un grand retard.

Je ne suis pas encore fixé sur la date de mon retour en France. Je veux encore espérer que ce sera pour la fin de septembre.

Adieu, mon cher ami, merci encore de tout coeur, je vous serre la main.

P. Claudel.

Je suis allé à Pékin pour les funérailles de l'Empereur. C'était assez piteux. Au grand air toutes les pompes prennent un air de carnaval. Mais Pékin est une ville vraiment imposante.

Pour les frais, adressez-vous à Chapon à qui j'envoie une nouvelle provision de 150 Frs.

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