Paul Claudel à André Suarès
Prague, le 27 mai 191 1 .
Pardon, cher Suarès, de ne pas vous avoir remercié de votre Dostoïevski. Je vous avoue que je l'ai mal lu, par morceaux disjoints au milieu de déplacements, de maladies d'enfant, etc.. Et puis je m'aperçois que mon esprit se rétrécit de plus en plus. Je pouvais concevoir autrefois ce que c'était que la religion et l'amour sans im objet personnel et défini, -je sais que ce sentiment au siècle dernier a pu être l'inspirateur de grandes
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âmes, de grands cœurs et de grandes œuvres. Aujourd'hui je ne comprends absolument plus, et c'est peut-être là la raison fondamentale de ma gêne en écoutant les derniers Quatuors de Beethoven. Ne m'en veuillez pas.
Vous savez que je n'ai plus rien à vous envier ni à Jammes et que j'ai été éreinté par les gens de V Action Française. C'est le professeur Pierre Lasserre qui s'est chargé de l'exécution. Il est certain que Nietzsche et Auguste Comte ne sont pas mes dieux, et que si je désire un Roi, c'est un Roi à la manière de Salomon et non pas de Louis-Philippe.
Je serai en France (à Hostel) du 8 juin au 8 juillet.
Je vous serre la main en toute affection.
P. Claudel.