Paul Claudel à André Suarès
Eaux-Chaudes, 29 juin 1905.
Cher ami.
Merci de votre amitié qui ne laisse pas passer sans un signe affectueux les plus humbles occasions de joie. Il est vrai, c'est bête de l'avouer, mais cette décoration m'a fait plaisir, encore que moins qu'à mes parents, pour qui je vous remercie. (Voilà bien une phrase balnéaire.)
Le petit lapin m'a écrit une lettre remplie d'effusions d'admiration pour vous. Il projette de vous consacrer un long
A PAUL CLAUDF.L 39
article, mais voudrais ne pas voir l'étouffer dans une revue comme VErmitage.
Cher ami, quelle émotion vous m'avez donnée l'autre jour! Il y a une espèce d'amitié qui a im nom chinois et que l'on appelle « amitié de ceux qui entendent de la musique ensemble ». Il faudra que j'aille encore écouter chez vous cette plainte d'Amfortas.
Je suis dans un bien beau pays. J'ai beaucoup parlé de vous à Jammes. Il serait très honoré si vous lui envoyiez vos Images de la Grandeur. Quant à moi je voudrais avoir lu tout ce que vous faites. Avez-vous quelque chose d'imprimé que je ne connaisse pas?
Je vous serre affectueusement la main.
P. Claudel.