‹ Correspondance, 1904-1938Chapitre 31 sur 142 · André Suarès à Paul Claudel · texte numérisé non relu

André Suarès à Paul Claudel

Dimanche soir, 15 octobre [1905].

Je dois me rendre, cette semaine, deux fois à Paris : — Lequel des deux jours vous va le mieux, cher Claudel? —

J'ai lu votre article de l' Occident. Poe en serait jaloux : et j'aime en vous ce que je n'aime pas en lui. Il n'a pas été élevé à l'ombre des cathédrales. C'est un bonheur d'être compris par l'esprit qui chante. Quand je serai mort, faites un chant sur moi : je le ferai sur vous, si vous passez le premier sous le porche des porches, cher Compagnon. Comme en les miennes, tout est poëme entre vos mains : voilà ce qui nous lie le plus. Avant de vous connaître, je croyais être seul ainsi. Nous sommes les deux braves Hommes de Calais, otages à perpétuité; mais j'ai seul la corde au cou. Le barbare vainqueur va peut-être m'étrangler.

A vous de tout cœur, votre

Su.

J'ai eu l'autre jour un long entretien avec un naturaliste, homme fort intelligent et bien doué. C'est une chose admirable : il n'a pas besoin de Dieu, le moins du monde. L'impuissance des savants à rien comprendre — m'effraie. Voilà l'abîme entre les savants et les artistes.

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