Paul Claudel à André Suarès
Paris, jeudi 14 décembre 1905.
Mon cher ami,
Les trois poèmes dont vous m'annonciez aimablement l'envoi à r Occident ne se trouvaient pas joints à votre lettre.
Franchement je n'approuve pas votre lettre à G. Deschamps. Quand on s'appelle Suarès on n'écrit pas à cet individu, et surtout on ne lui donne pas le plaisir de lui faire croire qu'il existe puisqu'il a pu vous faire de la peine. Que ce pion fasse semblant d'écrire quoi que ce soit, la chose est comme si elle n'était pas.
Quand j'étais chez Jammes à Orthez nous avions projeté d'écrire avec un certain nombre d'amis un livre qui serait l'analogue du Tombeau de Ronsard ou du Tombeau de Théophile Gautier et qu'on appellerait le Tombeau de Gazon des Champs. Mais la chose n'en vaut vraiment pas la peine.
Ce que je vous suggérerais serait une de ces courtes notes comme on trouve à la fin de l' Occident.
Comment allez-vous? Quant à moi je suis aussi assez malade, et je souffre des entrailles comme le roi Antiochus. Votre bien dévoué