André Suarès à Paul Claudel
Jeudi matin, 21 décembre [1905].
A demain soir, chez vous, entre cinq et six heures.
Voilà que je vous ai encore vu en rêve. J'étais à bord; et vous y étiez aussi ; vous aviez la barbe blanche, c'est bon signe, — et vous avez pleuré sur mon épaule. Mais vous n'étiez pas malheureux, cher Claudel; vous ressembliez à l'un des calmes ministres qui gèrent le saint trésor sur le portail de Chartres. Je ne sais si je vous quittais, ou vous moi.
Deux formes voilées descendaient l'échelle, à la coupée. Nous nous sommes dit alors ce que sans doute nous ne nous dirons jamais, à moins que l'un des deux ne soit roidi dans ce silence où celui qui parle doit aussi répondre pour l'autre.
Je vous serre la main avec amitié.
Su.
Vous parlez très bien en rêve.
A PAUL CLAUDEL 6l