‹ Correspondance, 1904-1938Chapitre 59 sur 142 · Paul Claudel à André Suarès · texte numérisé non relu

Paul Claudel à André Suarès

Lyon, 13 mars 1906.

Mon cher Suarès,

Adieu ! J'aurai été obligé de quitter Paris et la France même sans vous revoir. Un gros rhume m'a retenu au lit tous ces derniers temps de mon séjour, et le coup de vent de la destinée est venu m'y prendre pour me remporter à l'autre bout du monde. Je suis appelé à Pékin pour y faire fonction de Premier Secrétaire, à côté de M. Bapst que je dois accompagner dans son voyage. Je me marie le 15, je pars le 28, vous voyez que le drame de cette année de ma vie dont vous avez été un peu le témoin finit sobrement et sans « longueurs ».

Voilà notre entretien interrompu. De part et d'autre d'ailleurs nous sentions qu'il n'y avait plus rien à dire. J'en garde pour ma part une impression de mélancolie. C'est toujours une chose grave de laisser passer la grâce de Dieu sans en profiter. Mais point d'amertume en ce jour de notre séparation. Écrivezmoi et je vous écrirai.

Je vous embrasse.

Votre ami,

Paul Claudel.

Je VOUS ai envoyé ma petite feuille, n'est-ce pas? Je prends la mer dimanche à 1 1 h. du matin. Écrivez-moi à Pékin, Légation de France.

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