Paul Claudel à André Suarès
Tientsin, 17 septembre 1906, fête des Sept Douleurs.
Mon cher ami.
Je veux vous écrire pour vous dire combien m'a fait plaisir le chapitre Églises que je relis imprimé dans V Occident. Il est surprenant combien vous avez le sens catholique. Puisaue le plus sûr critérium de l'esprit catholique est l'amour de l'Église. Église ne veut pas dire seulement assemblée, mais composition. Le fidèle n'est pas seulement uni, mais contenu, posé, mais composé. Combien de fidèles au contraire qui se trouvent gênés et comme honteux de cette vieille Église. Ils sentent le dommage irréparable que tout de même ils se feraient en s'en séparant; mais ils voudraient amener l'Église à leur petite manière de voir; témoin ce livre absurde de Fogazzaro Le Saint dont les libérâtrcs font tant de bruit. Le catholique est celui qui
est toujours prêt, préfère le sens de l'Église au sien propre non seulement sans regret, mais avec une exécration cordiale, avec une renonciation enthousiaste. Augmentation de liunière que le renoncement à sa propre opacité.
Combien je voudrais connaître les raisons réelles qui vous éloignent de nous!
Une autre idée que je veux vous dire que me donne la lecture des journaux qui m'arrivent par paquets! c'est l'effrayante immensité de la sottise humaine. Elle est confuse et indéfinie comme la mer. Il n'y a ni à la combattre ni à l'épuiser. Mais le fidèle la traverse à pied sec par le plus court chemin comme les Hébreux de la Mer Rouge précédés de Moïse et d'Aaron.
Je vous embrasse.
P. Claudel.