‹ Correspondance, 1904-1938Chapitre 7 sur 142 · Pensées · texte numérisé non relu

Pensées

l8 INTRODUCTION

nable entre son humanité errante et la vérité divine. « Il faut à Pascal une certitude, dit-il, et il me la faut comme à lui ^. »

Partant de cette double constatation, il espère que la marche sera commime jusqu'au terme libérateur. Les prémices de la rencontre lui paraissent les plus favorables. Il ne s'est jamais caché d'être plus près de Pascal que de Descartes et il a donné raison au premier qui disait du second : « Il voudrait bien, dans toute sa philosophie, se pouvoir passer de Dieu; mais il n'a pu s'empêcher de lui donner une chiquenaude pour mettre le monde en mouvement. Après cela, il n'a plus que faire de Dieu ^. » Mais voilà justement où la bonne volonté d'André Suarès achoppe : il donne raison à Pascal, et c'est de la sorte ime façon indirecte de donner encore raison à Descartes ^. Il accompagne Pascal jusqu'aux limites extrêmes où la raison plaide en faveur de la foi. Il analyse comme lui mais il sent différemment. Son esprit est de la même famille que celui de Pascal, non son cœur. Il voudrait que Pascal mette au service de la foi la rigueur que Descartes a mise au service de la raison. Il a la vision vertigineuse des infinis, mais cette vision demeure cérébrale, provoque les rides du front, non les crispations de la poitrine.

Quand Pascal lui demande de faire avec lui le saut dans l'irrationnel en spéculant non plus sur le Vrai mais sur le Bien, il ne va pas plus loin, il abandonne son guide. Et il constate : « La grandeur de Pascal n'est pas dans l'intelligence si grande que soit la sienne, mais d'avoir l'âme si intense et si nue *. » On sent que l'estime est intacte, mais que le dépit est proche. Et, nanti de son intelligence désormais inutile, il se désolidarise de Pascal emporté par son cœur en fusion.

En sorrmie, pense Suarès, ce n'est pas l'intelligence qui a permis à Pascal d'aller plus loin, c'est la dilatation de l'âme, cette dilatation provoquée par un souffle divin que les croyants appellent la Grâce et que les poètes poun-aient appeler l'inspiration. Une telle inspiration, quand elle visite un « homme puissant », l'amène à « préférer se tromper contre le doute, plutôt que douter en ne se trompant pas ^ », elle va jusqu'à lui faire prendre plaisir à « hvimilier la force de sa pensée ^ ».

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