‹ Correspondance, 1904-1938Chapitre 82 sur 142 · André Suarès à Paul Claudel · texte numérisé non relu

André Suarès à Paul Claudel

Le 9 octobre 1907.

Vous ne me rendrez pas responsable, cher Claudel, de telles laideurs, qui gâtent le texte des Bourdons. Et d'abord, on m'a fait tomber 4 ou 5 lignes dont l'ardeur était de nature à blesser, paraît-il, l'âme innocente des lecteurs et la pudeur exquise du boulevard. Il était fait allusion au sceau maternel que nous portons sur le milieu du ventre : à Paris, dans le beau monde, ils n'ont pas de nombril. On ne joue pas avec la nudité de ces gens-là. Ou plutôt, je me trompe : ils n'admettent pas qu'on en parle, à moins que l'on n'en joue.

ÏI4 A PAUL CLAUDEL

Quant aux points de suspension, je les hais, selon la bonne loi des Grecs. Et comme je n'en avais mis nulle part, on m'en a mis partout. Entre les épreuves et la publication, on a semé les 3 points à la volée. Sans doute pour faire entrer St François et le tiers ordre dans la Loge. Sachez du moins que cette franc-maçonnerie n'est pas de mon fait.

Apprenez enfin une nouvelle qui me confond : je vous la donne sans ironie, mais au contraire avec étonnement. J'ai reçu deux lettres, pleines de la plus tendre confiance. On me dit, qu'après avoir lu les Bourdons, on ne résiste plus à croire, on y cède, on croit, et on me fait honneur de la conversion. Le monde humain est un étrange abîme.

Je vous serre la main avec affection.

Su.

Je sais qu'on veut nous mettre mal ensemble.

Veillez-y, pour ma part, je suis fort calme : on ne peut atteindre en moi un ami. Il n'est force au monde qui en soit capable.

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