‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 34 sur 136 · A SAMUEL COOPER · texte numérisé non relu

A SAMUEL COOPER

Passy, 28 juin 1782.

Nos affaires publiques sont ici dans une bonne situation. Après avoir en vain essayé de faire une paix séparée avec chacune des puissances en guerre , l'Angleterre s'est enfin décidée à traiter d'une paix générale avec elles toutes, et a Paris. Si nous persistons fermement dans la résolution de ne pas nous séparer , nous dicterons les conditions de la paix. Je ne doute nullement de cette fermeté , quant à la cour de France ; et , quoiqu'on nous dise que , de votre côté de l'eau , on fait des efforts pour pousser l'Amérique à une réunion, aux conditions qu'on accorde à l'Irlande, et qu'on a envoyé au général Garleton des pouvoirs à cet effet, je suis convaincu que le danger de ce projet paraîtra si évident , que , si on vous fait cette proposition , elle sera immédiatement rejetée. Nous n'avons de salut que dans notre indépendance ; avec elle , nous serons respectés et nous deviendrons bientôt grands et heureux. Sans elle, nous serons méprisés, nous perdrons tous nos amis, et alors, ou nous serons cruellement opprimés par le roi, qui nous hait et qui est incapable de nous pardonner, ou ayant contre nous tous les ennemis de l'Angleterre , nous coulerons avec elle. Je suis toujours, etc. B. F.

M. de Rayneval, qui est secrétaire du conseil d'État, est revenu me voir dans la soirée. Je lui ai donné copie des trois lettres précédentes pour qu'il les lût et les montrât au comte de Vergennes , afin de le convaincre que nous n'agissons pas ici en dessous-main. J'avoue qu'en même temps, j'avais un autre objet en vue; c'était de leur faire voir à tous deux que j'avais reçu l'ordre de demander de nouveaux subsides, et que je m'étais abstenu de le faire , en exposant mes propres raisons. J'espérais

que s'ils étaient en état de nous donner un peu plus d'argent, la lecture de ces lettres pourrait les y décider.

Je n'avais jamais fait de visite au comte d'Aranda, ambassadeur d'Espagne , par les motifs ci-dessus mentionnés. M. de Rayneval dit à M. Jay ainsi qu'à moi ce matin , que nous ferions bien de l'aller voir, et qu'il était autorisé à nous donner l'assurance que nous serions bien reçus. Nous résolûmes en conséquence de nous rendre le lendemain chez Son Excellence.

Samedi 20 juin. Npus avons fait visite à l'ambassadeur d'Espagne , qui nous a reçus avec beaucoup de civilités et de politesses. Il a parlé à M. Jay du traité qu'ils doivent faire ensemble , il pose comme principe , que les deux puissances doivent considérer leurs convenances respectives, s'accommoder et se dédommager l'une l'autre du mieux qu'elles pourront. Une compensation exacte ne sera peut-être pas possible, mais il faudra s'en rapprocher autant que la nature des choses le permettra, ce Ainsi, ajouta-t-il, s'il se trouve, quelque objet qui nous convienne à tous les deux , mais qui soit plus à la convenance de l'un que de l'autre , on le donnera à celui auquel il conviendra le mieux, et, on donnera à l'autre une compensation de même genre. y> Je suppose qu'il avait en vue quelque chose de relatif aux frontières ou aux territoires, car il ajouta: « Nous siégerons avec des cartes à la main , et , par ce moyen , nous verrons notre chemin plus facilement. » J'appris de lui que l'expédition contre Providence avait mis à la voile , mais qu'on n'avait pas encore reçu de nouvelles. A notre sortie , il prit la peine d'ouvrir lui-même les deux battants de la porte ; ce qui, dans ce pays, est une grande politesse, et il dit qu'il viendrait nous rendre ses devoirs et fixer un jour pour nous avoir à dîner. J'ai dîné à son hôtel avec M. Jay et une société d'Américains.

Dimanche 1er juillet. M. Grenville est venu chez moi .

Ici s'arrête le journal de Franklin. Sa mauvaise santé fut la cause de cette interruption. Nous reprenons la correspondance, nous y trouverons heureusement l'histoire du traité.

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