‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 16 sur 138 · C. J. Fox · texte numérisé non relu

C. J. Fox

Je supposais que ces messieurs avaient été à Versailles, et que M. Grenville aurait fait une visite à M. de Vergennes avant de se présenter chez moi. Quand j'appris dans

1 . C'est son père, le chancelier de l'Echiquier, qui avai eu le premier la malheureuse idée de taxer les colonies sans leur âveu.

la conversation que cette visite n'agit pas en lieu, et que M. Grenville comptait sur moi pour l'introduire auprès de oe ministre, j'écrivis immédiatement à M. de Vergennes, pour lui apprendre que M. Grenville était arrivé, et qu'il désirait savoir quand il plairait à Son Excellence de lui accorder une audience. J'envoyai ma lettre par un exprès.

J'entrai alors en conversation avec M. Grenville sur le sujet de sa mission. M. Fox me renvoyait à lui comme étant parfaitement instruit de ses sentiments. M. Grenville me dit que tout le monde désirait sincèrement la paix, si on pouvait l'obtenir à des conditions raisonnables. On avait renoncé à l'idée de subjuguer l'Amérique, et, puisque la France et l'Amérique avaient atteint le but qu'elles s'étaient d'abord proposé, on espérait que rien ne s'opposerait plus à une pacification. L'Angleterre était disposée à conclure un traité de paix avec toutes les nations qui lui faisaient la guerre, et elle consentait qu'on traitât à Paris.

Je ne le poussai guère plus loin, présumant qu'il réservait ses communications pour notre entrevuje avec M. de Vergennes. Ces messieurs me firent Thonneur de rester à dîner avec moi ; je leur avais dit que mon exprès serait de retour avant qu'ils s'en allassent. Ceci me fournit l'occasion de causer longtemps et de façon générale avec M. Grenville , qui me parut un jeune homme sensible , judicieux, intelligent, aimable et instruit , répondant par^ faitement au portrait que M. Fox m'en avait fait.

Ces messieurs me quittèrent cependant vers les six heureSf et mon messager n'arriva que vers les neuf heures du soir. M. de Vergennes me répondait qu'il était charmé d'apprendre l'arrivée de M. Grenville , qu'il serait prêt à nous recevoir le lendemain entre dix et onze heures. J'envoyai aussitôt cette réponse àM. Grenville, avec un petit mot , en le priant de se trouver à Passy, chez moi , à huit heures, pour que nous eussions le temps de déjeuner avant de partir. Je n'ai pas gardé copie de ces trois billets, au-

trement je les eusse insérés ; car , quoique asses insi^ifîants par eux-mêmes, ils sont bons quelquefois pour établir des dates , constater des faits , et montrer le tour d'esprit et les sentiments de leurs auteurs en certains moments.

Voici la réponse que je reçus :

M. G-renville fait ses compliments à M. Franklin; il aura certainement Phonneur de se trouver chez M. Franklin demain matin à huit heures.

Rue de Richelieu, mercredi soir. \

Nous partîmes le lendemain matin dans ma voiture; nous arrivâmes à Pheure dite chez le comte de Yergennes , qui fit à M. Grenville l'accueil le plus cordial , k cause des liens d'amitié qui avaient autrefois existé entre son onde et le comte de Yergennes, lorsqu'ils étaient tous deux, ambassadeurs à Constantinople.

Après quelques moments d'une conversation agréable, M. Grenville présenta les lettres dont il était porteur de la part de M. Fox , secrétaire d'État , et je crois aussi , de la part du duc de Richmond. Une fois ces lettres lues y on entama le sujet de la paix. Tout ce que je puis me rappeler de ces discours, c'est qu'après une déclaration mutuelle de la bonne disposition des deux cours , M, Grenville déclara a qu'en cas que TAngleterre reconnût l'indépendance américaine, elle comptait que la France rendrait les lies qu'elle avait conquises sur TAngleterre, en échange des Ûes de Miquelon et de Saint-Pierre; que, puisqu'on avait obtenu l'objet primitif de la guerre , on avait tout lieu de supposer que la France se contenterait de ces conditions.» Le ministre sourit à cette proposition d'échange et remarqua que l'offre d'accorder l'indépendance à l'Amérique était peu de chose. « L'Amérique, dit-il, ne vous le demande pas ; voici M. Franklin qui vous répondra sur ce point. »— •

c II est sûr, répondis-je, que nous ne croyons pas avoir besoin de marchander ce qui nous appartient, ce que nous avons acheté au prix de beaucoup de sang et de beaucoup d'argent, ce qu'enfin nous possédons. :» — c Quant à être satisfaits, parce que nous avons obtenu l'objet primitif de la guerre, reprit le ministre, examinez un peu la conduite de YOtre nation dans les guerres passées. Par exemple, quels furent les motifs de la dernière guerre *? Vos prétentions à quelques terres incultes sur les bords de POhio et sur les frontières de la Nouvelle-Ecosse. Eh bien ! vous êtes- vous contentés de recouvrer ces terres? Non , vous avez gardé, à la paix, tout le Canada, toute la Louisiane, toute la Floride, la Grenade, et d'autres lies des Antilles, en outre la plus grande partie des pêcheries du nord , avec toutes les conquêtes que vous aviez faites en Afrique , et dans les Indes orientales. » On fit observer qu'il n'était pas juste qu'après avoir fait sans aucune provocation la guerre à ses Toisins, une nation qui n'avait pas eu le dessus, pût espérer de se retrouver tout entière et de récupérer tout ce qu'elle aurait perdu par la fortune de la guerre. Sur quoi, M. Grenville prétendît, que la guerre avait été provoquée par les encouragements que la France avait donnés aux Américains pour les exciter à la jévolte. Cette remarque piqua le comte de Yeigennes. Il déclara d'un ton trèsferme , que la rupture était faite et l'indépendance déclarée, longtemps avant que les Américains eussent reçu le moindre encouragement de la France ; il défiait le monde entier de produire la moindre preuve du contraire. « Voici M. Franklin , dit-il , il connaît les choses, il peut me contredire si je ne dis pas la vérité. »

Il répéta ensuite à M. Grenville ce qu'il avait dit h M. Oswald, que le roi avait l'intention de traiter avec loyauté, et de garder fidèlementles conventions qui seraient

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