A CHARLES 3. FOX
Passy> 10 mai 1782< Monsieuri
J^ai reçu la lettre que vous m*ayez fait Thonneiir de in*écrire, par M.Grenville, qui est, à mon avis, un gentle* man très-aimable et de beaucoup de sens et d'esprit. Je vous assure que son nom ne diminue pas , auprès de moi, Testime que m'inspirent ses excellentes qualités. Je l'ai présenté aussitôt qu'il a été possible , au comte de Ver* gennes; il vous rendra compte lui-même de la réception qu'on lui a faite. J'espère que sa venue avancera l'oauvre sainte de la pacification. Au nom de l'humanité ne perdons pas un instant. Comme vous le dites, il n'y a plus aucun motif raisonnable pour continuer cette guerre abominable. Soyez convaincu que je ferai tous mes efforts pour j mettre fin.
Je suis très-flatté de l'opinion favorable que s'est formée de moi une personne que j'estime depuis si longtemps ; et j'espère que ma conduite en cette affaire ne l'affaiblira point.
J'ai rhonneur d'être votre, etc., etc. B. F.
A IiORD SHELBURNS.
Passy, 10 mai 1782.
Mylord,
J'ai reçu, par M. Oswald, la lettre que Votre Seigneurie m'a fait l'honneur de m'écrire , le 28 avril dernier , et par laquelle elle m'apprend que M. Oswald revient à Paris, pour fixer avec moi les préliminaires de temps et de lieu. Hier, M. Grenville et M. de Vergennes sont tombés d'accord sur le choix de Paris, ce qui m'est fort agréable. On ne peut fixer le temps avant que la cour de France n'ait- reçu les réponses de Madrid et de la Haye, et que
mes collègues ne soient arrivés. J'attends de jour en jour Tarrivée de MM. Jay et Laurens : M. Adams doute qu'il puisse se trouver ici ; mais son absence ne nous empêchera pas d'agir.
Je suis charmé d'apprendre que M. Laurens ait été entièrement dégagé des obligations qu'il avait contractées. Votre Seigneurie m'a fort obligé par la promptitude qu'elle a misQ à accorder cette faveur. Veuillez en accepter mes reinerclments.
Je suis aussi fort heureux d'apprendre par votre lettre qu'on prépare des transports pour renvoyer nos prisonniers en Amérique, et qu'on aura soin qu'ils soient à leur aise et bien traités. Ces gens seront, à leur retour, répandus sur tous les États-Unis, et ce qu'ils diront des égards que le ministère actuel aura pour eux diminuera le ressentiment qu'a fait naître, aux colonies, le récit des maux qu'ils ont endurés sous le ministère passé. J'ai conseillé à M. Oswald de rester ici quelque temps, car je crois que sa présence sera utile. J'ai l'honneur d'être de votre Seigneurie, etc., etc. B. F.
J'envoyai ces deux lettres à M. Grenville avec le billet suivant :
Passy, vendredi soir 10 mai.
M. Franklin présente ses compliments à M. Grenville, et le remercie de l'avis qu'il a bien voulu lui donner du départ de son courrier, et de l'o£fre obligeante qui l'accompagnait. Il l'accepte, et lui envoie sous ce pli deux lettres.
Le marquis de Lafayette et M. Oswald feront à M. Franklin l'honneur de déjeuner avec lui, demain entre neuf et dix heures. M. Franklin serait heureux d'avoir la compagnie de M. Grenville, si cela pouvait lui être agréable. Il aurait fait aujourd'hui, à Paris^ une visite à M. Grenville, mais il présumait que M. Grenville était à Versailles.
tili GORHESPONDANGE
M. Grenville fit la réponse suivante :
Paris^ vendredi 10 mai.
t M. Grenville présente ses compliments .à M. Franklin; il aura rhonneur et le plaisir de déjeuner avec M* Franklin demain entre neuf et dix heures.
c M. Grenville était à Versailles aujourd'hui, et il aurait été fâché que M. Franklin se fût donné la peine de passer chez lui. Le courrier aura le plus grand soin des lettres de M. Franklin. »
Ces messieurs se réunirent à Pheure dite ; ils causèrent longtemps pendant le déjeuner et ne se quittèrent qu'à une heure après midi, également satisfaits les uns des autres.
Le lundi suivant, j'allai rendre visite à M. Grenville; je trouvai chez lui M. Oswald qui me dit qu'il était sur le point de retourner à Londres. Il devait partir le lendemain matin. Je fus surpris d'une résolution si soudaine. Croyant m'apercevoir que ces messieurs étaient en affaires, je me retirai pour écrire quelques lettres, au nombre des quelles se trouva' la suivante à lord Shelburne ; car j'étais vraiment fâché de penser que nous allions perdre un aussi excellent homme que M. Oswald.