LE COMTE DE S&ELBURNE A RICHARD 0SV7ALD
Whitehall, 21 mai 1782.
Monsieur,
J'ai entendu dire que M. Walpole se tient pour offensé de votre envoi à Paris ; il suppose que c'est une mesure que j'ai prise pour retirer de ses mains les négociations avec la Cour de France, que M. Fox, dit-il, avait fait commencer par lui. Ayez la bonté de voir M. Walpole, et de lui expliquer clairement que cet injuste soupçon n'a pas le moindre fondement, puisque je ne connaissais rien de cette affaire. M. Fox déclare qu'il regardait ce qui s'était passé entre lui et M. Walpole comme d'une nature tout à fait privée et qu'il ne l'avait jamais cru assez important pour en faire part au roi ou au Cabinet; il m'a promis d'écrire à M. Walpole pour lui expliquer tout ceci.
Si le moindre soupçon de cette espèce avait gagné le docteur Franklin ou le comte de Yergennes , je désire que vous tous en expliquiez avec eux. J'ai trop d'amitié pour le docteur Franklin, et trop de respect pour le comte de Vergennes , qae j'ai l'honneur de connaître parfaitement, pour être indifférent à leur bonne opinion, et pour souffrir qu'ils me croient capable d'intrigues, tandis que j'ai toujours défendu et soutenu une ligne de conduite
toute contraire. En vérité, j'ai un tel mépris pour l'intrigue, que, si fier que je sois de servir le roi dans la place que j'occupe ou dans toute autre, et si désireux que je sois de servirmon pays, je n'hésiterais pas un moment à quitter une place qui exigerait de pareils services. Mais je dois au roi la justice de dire que Sa Majesté abhorre de pareils moyens; et je n'ai pas besoin de vous dire que j'ai pour principe invariable qu'aucun pays ne peut, dans aucune occasion, en user avec avantage. Je suis, etc.
ShslburneS
En me parlant des grands services que dans l'opinion des ministres j'étais appelé à rendre, M. Oswald me dit que, dans une des conversations qu'il avait eues avec eux, il leur avait dit qu'on ne devait rien attendre de moi que de la consistence; je ne ferais rien qui fût indigne de mon caractère, ou incompatible avec mes devoirs envers ma patrie. Je ne lui demandai pas à quelle occasion il avait parlé ainsi; mais il me parut qu'il avait dû être question de quelque chose qui ne s'accordait pas avec mon devoir.
M. Oswald me donna aussi une copie d'un mémorandum écrit par lord Shelbume, dans les termes suivants :
l'' Je suis prêt à correspondre plus particulièrement avec le docteur Franklin, si on le désire ;
2o On va voter Vacte d^autorisation (Enahling act) ; on y insérera le nom des commissaires recommandés par M. Oswald ; de notre côté, des commissaires seront nommés, ou bien, l'on donnera à M. Oswald tel caractère diplomatique que le docteur Franklin et lui jugeront convenable, pour conduire à un^Rrangement définitif entre la Grande-Bretagne et l'Amérique. Le docteur Franklin a raison de dire, que cet arrangement doit se faire autrement que la paix entre la Grande-Bretagne et la France, qui ont toujours été ennemies.
:78 (JORWSSPONDANCE
5» Uwô indemnité pour les Loyalistes* doit toujours être présente à l'esprit de M. Oswald, comme tenant la première place dafiistelui de lord Shelbume. En outre on doit tâcher d'engager les différents États d'Amérique à rendre leurs biens aux Loyalistes, ou du moins k les dédommager des confiscations faites sur eux.
40 Remettre la lettre de lord Shelburne» concernant M. Walpole, au docteur Franklin.
A la lecture de te papier, je me rappelai qu'on avait proposé, quelque temps auparavant, dans le Parlement, un bill à Veffet d^auttmsef Sa Mnjtsfiè fxmcture ime paix ott une trêve avec tes provinces révoltées & Amérique; je -supposai t^ue c^était là oe iqu'on entendait par le Ml dVitifonsafion. On l'avait lafesé dormir, et comme il ridait pas été voté, c'é1»it peut-^tre la vraie raison pour taquetto il n'était point quesftion des colonies dans les pouvoirs de M. Grenville. M. Os"^wald le pensa comme moi, «t dit qoe les mots ff où Ton insérera les noms des commissaires recommandés par M. Oswald 1» se rapportaient au conseil •qu'il avaftéonnéde faire,dans le bill, une mention oxpresse des commissaires nommés par le Oongrès pour trader de la paix, au lieu de la dénomination vague de toute personne ou personnes^ qui ët^dt dans la première rédaction.
Quant aux Loyalistes, je lui répétai ce que je lui avais déjà dit \ son premier voyage, c que leurs biens ayant été confisqués par les lois particulières des États où les délinquants avaient résidé, et non par aucune loi du Congrès^ qui n'avait aucun pouvoir d'en faire de semblables ou de les abroger, le Congrès ne p||^vsdt, par conséquent, donner à ses commissaires aucun pouvoir pour traiter de la restitution à faire à ces personnes ; cela regardait chaque État
1. Ce sont les Américains qui durant la guerre^ avaient pris le parti de l'Angleterre.
en particulier. 2S11 était juste de les indemniser, c'était rAUgleterre plutôt que rAmêrîque que ce devoir regardait; mais que, selon moi, PAngleterre ne leur avait pas de grandes obligations, puisque c'est par leur faux rapports, et par leur mauvais conseils, qu'elle s'était laissé entraîner dans cette misérable guerre. Et s'il fallait porter à notre compte les pertes de Loyalistes, nous pourrions plus que les balancer, par le compte des déprédations qu'ils ont commises sur les côtes d'Amérique. »
M. Oswald convint que tout ceci étaient raisonnable, et me dit, qu^avanl de partir, il avsùt répété aux Ministres quOf selon lui, il ne fallait pas s'attendre à ce que nous fissions quelque cbose pour ces gens-là; qu^en conséquence d'une de nos conversations, il avait aussi ëtë d'avis qu'il fallait abandonner le Canada aux États-Unis, pour éviter toute occasion de querelle à Tavenir; le gouvernement de ce pays n'ayant, d'ailleurs, aucun avantage et aucune importance, sîléàA'nglâispouvaienty avoir un libre commerce. Le marquis de ftockinghscm et lord Shelbume, quoiqu'ils eussent répondu avec réserve, n'avaient pas paru trèscontraires à cette idée ; maas M. Fox avait paru fort surpris de la proposition. M. Oswald me dit pourtant qu'il n'était pas sans espoir de réussir.
Nous en vfnme's alors à un autre article àa mémorandum : « Et que de notre côté des Gonunissaires seront nommés, ou bien que l'on donnera à M. Oswald tel caractère diplomatique que le docteur Franklin et lui jugeront convefnable pour conduire à xm arratngement définitif entre la Grande-Bretagne et l'Amérique. >
Ceci, tue dit M. Oswald «e regarde que rons* je n'ai point de vobïfté "dans cette affaire ; mon seul désit est de la voir «n froM ; je n'y ai aucune vue personneBe d'honneur tm -de profit. M. Oswald ajouta qu'il avait vu et entretefnuM. <!STenville; c'était, selon lui, un jeune homme ittMligeBt> tr^e^capabie ^ terminer ceVte affairn;
il ne voyait donc pas de quelle utilité il pouvait être, lui, Oswald; mais si je pensais autrement et si je le croyais bon à quelque chose, il donnerait avec plaisir son temps et ses services, sous quelque titre et de quelque manière que je le jugerais à propos. Je lui dis qu'ayant demeuré en Amérique, et connaissant à fond notre commerce et notre situation, il me paraissait plus en état d'engager les Ministres à faire ce qui serait raisonnable, et qu'il pouvait parler ou écrire avec plus de poids que M. Grenville; et que, pour ces raisons, je désirerais qu'il continuât ses services. Je lui demandai s'il aimerait à faire partie d'une Commission générale pour traiter avec toutes les puissances en guerre avec l'Angleterre, ou s'il préférerait avoir des pouvoirs spéciaux pour traiter avec l'Amérique seulement. Il répondit qu'il ne désirait pas se mêler du traité avec les puissances étrangères, parce qu'il n'était pas assez instruit de leurs affaires , ni assez versé dans la langue française, qui serait probablement celle dont on se servirait; que, par conséquent, s'il acceptait une commission, ce serait de traiter avec l'Amérique. Je luis dis que j'écrirais à lord Shelbume à ce sujet; mais que M. Grenville ayant envoyé depuis peu un courrier à Londres à cause des pouvoirs, et que ce courrier n'étant pas encore revenu, je pensais qu'il était convenable d'attendre quelques jours pour voir quelle réponse il apporterait, ou quelles mesures on prendrait. Il approuva mon idée.
A dire la vérité, M. Oswald me parall^un homme si bon et si raisonnable, que je serais fâché de le perdre, quoique je n'aie aucune objection contre M. Grenville. M. Oswald me semble n'avoir à cœur que le bien de l'humanité et le désir de mettre fin à tous nos maux; M. Grenville, au contraire, est un jeune politique, qui doit naturellement avoir l'ambition de se faire valoir comme habile négociateur.
Dans l'après-midi, M. Boeris, le Hollandais, vint me voir; il m'apprit qu'aucune réponse n'avait encore été faite au
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derniar mémoire de la Russie concernant la médiation; mais on pensait que cette réponse contiendrait des remerclments respectueux à Sa Majesté impériale pour ses offres obligeantes, et qu'on lui représenterait en môme temps qu'il était nécessaire de se joindre à la France pour obtenir une parx générale, et qu'il serait encore plus glorieux pour Sa Majesté d'employer son influence à procurer une paix générale que d'obtenir un traité particulier. M. Boéris m'apprit encore que les Hollandais n'étaient pas contents de la conduite de la cpur de Russie, ils lui soupçonnaient l'intention de prolonger la guerre dans un intérêt particulier.
Mercredi 5 juin. M. Oswald revint me voir, pour m'apprendre que lord Gomwallis , impatient de se voir déchargé de sa parole le plus tôt possible , m'avait envoyé un certain major Ross pour solliciter cette décharge, supposant que M. Laurens ))ourrait se trouver auprès de moi. M. Oswald me dit, ce que j'ignorais, que, tandis que M. Laurens était en prison à la Tour, il avait offert la décharge de lord Gomwallis en échange de la sienne, et avait promis de faire tous ses efforts pour l'obtenir aussitôt qu'il serait mis en liberté, assurant qu'il ne doutait pas du succès. Je fis part à M. Oswald de ce qui s'était déjà passé entre M. Laurens et moi, au sujet de lord Gomwallis ; je lui dis que j'aurais fait moins de difficulté pour dégager lord Gomwallis de sa parole, si M. Laurens m'avait informé qu'il eût été mis en liberté, par suite d'une pareille offre et d'une pareille promesse. Je priai donc M. Oswald de me certifier tout cela dans une lettre, dont je pusse me servir pour justifier ce que M. Laurens et moi pourrions faire à ce sujet; je l'engageai aussi à demander au major Ross une copie de la parole donnée, afin que j'en connusse mieux l'objet. Par suite do cet entretien, il m'envoya, dans l'après-midi, la lettre suivante:
82 OOBRBSPONPANGE
BICHARD OSWALD A B, FRANKLIN.
Paris, 5 juin 1782.
Monsieur,
Alors qae M. Henri Lanrens était en prison en Angleterre, il promît, si Ton voulait le délivrer sur parole, de vous demander un cartel d'échange en faveur de lord Gornwallis, qui déchargeât Sa Seigneurie de la parole qu'elle avait donnée en capitulant, avec sa garnison, au village d'York, en Virginie ; et, dans le cas où vous auriez quelque scrupule à faire cet échange, M.Laurens s'engagea à écrire au Congrès, ne doutant pas d'obtenir au plus tdt une réponse favorable.
Je portai aux secrétaires d'État de 8a Majesté cette proposition, signée de la main de M. Laurens. C'était, si je ne me trompe, au mois de décembre dernier. On y eut égard, et, en conséquence, M. Laurens fut, peu de temps après, remis en pleine liberté. Quoiqu'il ne soit pas prisonnier sur parole, on espère qu'une légère différence dans le mode de la délivrance ne sera pas regardée conune un point essentiel.
A regard de M. Laurens, je suis certain qu'il prendra autant d'intérêt au succès de sa demande que si sa propre décharge avait été obtenue suivant les formes qu'il avait proposées dans récrit que j'ai transmis de sa part aux secrétaires d'État, et je ne doute pas qu'il ne se joigne à mylord Gornwallis, pour vous remercier de la faveur que vous ferez à Sa Seigneurie en lui accordant une entière décharge de sa parole. J'ai, etc.
Richard Oswald.
P. S. Le major Ross ne possède point de copie de la parole donnée par lord Gornwallis. Il dit qu'elle a été donnée dans la forme générale, usitée en cas semblable.
Depuis que j'ai écrit ce qui précède, je me suis rappelé
DE BBNJÂMIN FHANKLIN. 83
qne fa! commis une erreur, en disant que la proposition d'échange était venne de M. Lanrons. Gê firent les aeoré* taires d'Stat de Sa Majesté qni me émargèrent do dire à M. Laurens qu'on loi rendrait la liberté, à oonditionqaHl s'efforcerait d'obtenir l'échange de lord GornwalHs. Je portai cette proposition à M. Lanrons, qui alors signa rengagement dont ]*ai parlé, api^s quoi la mise en libtrt^ fot ordonnée, R. 0.
Je fis la réponse aolTante :
A BIGBAIU) OSWÀUDi»
Pas8y,6 Juin 1782.
Monsieur,
c J'ai reçu la lettw que vous m'avez fait l'honnenr de m'écrlre i^u siiget de la parole donnée parlqrd Cornwallis. Vous saves ce que j'ai écrit, il y a quelque temps, ï M. Laurens* C'est demain jour du courrier de Hollande; il est possible que je reçolye une réponse 9 avec une formule dressée par M. Uurens, et que nous sij^erons tous deux, afin de décharger mylord de sa parole* Je nç pense pas que le major Bj(m soit fort gêné de rester un jour de pins à Parisî si je ne reçois pas demain dea nouvelles de M- hm-
rens, je ferai immédiatement, pour vous contenter, tput
ce que je pourrai pour Ubérer lord CQrnwalUSf c J'ai l'honneur, etc. B. F.
Vendredi 7 juin. Le major Ross 09t venu m9 voir, pour me remercier des dispositions fayorahlôs que j'avais montrées h l'égard de lord Gomwallis, dans ma lettre ii U, 09^ wald, et pour m'assurer que 3a Seigneurie s'en souviens drait toujours avec reconnaissance, etc. Je luis dis qu'il était de notre devoir d'alléger, autant que nous pouvions, les calamités de la guerre; que j'attendais des lettres de
Sli CORRESPONDANCE
M. Laarens sar cette afliaire ; qu'après le^ avoir reçues, j'jr mettrais de suite la dernière main; que, si M. Laurens ne m'écrivait pas, je parlerais au marquis de Lafayette, je lui demanderais son approbation ', et je terminerais, sans plus attendre.
Samedi 8 juin. J'ai reçu qu^ques journaux d'Angleterre, dans un desquels je trouve l'article suivant :
Extrait du London Evening Post du 30 mai 1782 :
c Si nos nouvelles de France disent vrai, M. GrenviUe a^ obtenu, dans sa première visite au docteur Franklin, un renseignement des plus considérables : l'Amérique s'est réservé le droit de traiter séparément avec la Grande-Bretagne, dans les cas où ses demandes seraient accordées.
« Le traité du 6 février 1778 a servi de base à cette conversation, et il est certain que, d'après l'esprit et le sens de ce traité, l'Amérique n'est en aucune manière obligée de ne point traiter séparément de la paix, une fois qu'elle sera assurée qtre l'Angleterre lui accorde l'indépendûiceet un libre commerce avec le monde entier.
c Le premier article de ce traité unit l'Amérique à la France pour aussi longtemps que les circonstances l'exigeront. Accorder à l'Amérique tout ce qu'elle demande, c'est rompre le lien de circonstance qui unit l'Amérique à la France.
a Le second article dit que l'intention et le but de l'alliance est d'assurer la liberté et l'indépendance de l'Amérique. Il est donc évident qu'aussitôt que la Grande-Bretagne accorde cette liberté et cette indépendance, l'Amérique, possédant tout ce qu'elle désire, peut, si elle le veut, mettre fin à la guerre qui existe entre elle et l'Angleterre, et laisser la France guerroyer à la poursuite du projet insensé
1. M. de la Fayette avait joué un grand rôle au siège de York- Town, et était en quelque sorte partie dans la capitulation.
qu'elle a formé de réduire la puissance et la grandeur de l'Angleterre.
c Par le huitième article du traité, ni la France, ni l'Amérique ne peuvent conclure de paix sans le consentement l'une de l'autre, et elles s'engagent à ne point poser les armes jusqu'à ce que l'indépendance de l'Amérique ait été reconnue; mais cet article n'empôche pas l'Amérique de faire un traité distinct pour conclure la paix avec l'Angleterre, et il prouve encore plus fortement que les précédents articles que l'Amérique peut traiter séparément avec l'Angleterre, dès qu'elle sera convaincue que l'Angleterre lui assure tout ce gu'e/Ze peut raisonnablement exiger, »
Je suppose que cet article est extrait d'une lettre de M. Grenville. Mais il donne à entendre que je serais convenu, dans cette conversation imaginaire, que l'Amérique est libre de faire la paix sans la France , tandis que j'ai toujours déclaré, dans les termes les plus forts, que nous avions pris une résolution tout à fait opposée , et qu'il nous était impossible d'agir d'une façon contraire, nonseulement au traité, mais au devoir de reconnaissance et d'honneur, dont cet article ne parle pas. Ce jeune diplomate semble se faire honneur d'avoir obtenu de moi une copie du traité. Je la lui donnai à sa première demande. Ce traité n'est pas aussi secret qu'il le pense; il a d'abord été imprimé dans tous les journaux américains, peu de temps après sa signature; ensuite à Londres, dans le Remembrancer d'Almôn, que M. Grenville aurait dû connaître ; et enfin dans une collection de Constitutions américaines publiée par ordre du Congrès. Comme ces rapports inexacts de nos conversations paraissent dans les journaux anglais, il faudra que je parle à M. Grenville de ceiX^ inconvenance.
Difnamkê 9 juin. Le docteur Bancroft connaissant inti-
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mtment U. Walpole, je lai ai remis ai^jourd'hui la lettre de lord Shelburne à M. Oswald, en le priant de la communiquer à ee gentleman. Le docteur Bancroft m'a dit que la Russie et l'Empereur désirent la continuation de la guerre, et cherchent à £aire lapaiz entre l'Angleterre et la Hollande, afin que l'Angleterre soit mieux en état de continuer la guerre contre rSspagne et la France.
Le marquis de Lafajette ayant promis de me venir voir aujourd'hui, je n'envoyai pas la décharge de lord CornwaUis, qui était toute prête. Je désirais avoir l'approbation du marquis, qui, dans une précédente conversation, m'avait conseillé cette mesure. U ne vint pas; mais, sur la fin de la soirée, je reçus un billet de lui, oti il me dit qu'il avait été retenu à une revue à laquelle il avait accompagné le Grand-Duc, mais qu^il viendrait déjeuner aveo moi demain matin.
Aujourd'hui j^ai re(U une lettre de )A. Daûa, datée de Saint-Ï^étersbourg le 29 avril, dans laquelle se trouve le passage suivant : < Nous reçûmes hier la nouvelle que les Êtats-Généraux avaient, le 19 de Ce mois (nouveau style), reconnu l'indëpendance des États-Unis. Cet évéûement a fait sensation ici et n'est pas vU d'un bon (bïL On avait l'sdr de se flatter que la médiation y mettrait obstacle et ferait naître une paix particulière entre la Grande- Bretagne et la Hollande. Je ne crois pas, néanmoins, que ce mécontentement amène aucun mauvais effet pour la république Batave. » Il est vrai que tant que la guerre continue, la Russie reçoit une demande plus considérable de fournitures navales, et que peut-être elle les vend à un prix élevé. Mais est-il possible que, pour un si minime intérêt, des hommes puissent désirer de voir leurs voisins s'entre-détruire? ou bien y aurait-il quelque fondement dans le projet dont on a parlé en dernier lieu : que la Russie et l'Empereur s'entendent pour chasser les Turcs de l'Europe, «t qu'ils désirent, par conséquent, affaiblir assez la
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France et l'Angleterre pour les empêcher de venir au secours de ce peuple?
Lundi 10 juin. Le marquis de Lafajette ne vint chez moi qu'entre onze heures et midi. 11 amena avec lui le major Aoss. Après déjeuner, comme le miyor venait de passer dans une autre pièce, il me dit qu'il avait vu depuis peu M. Grenville, qui lui avait demandé quand il comptait partir pour TAmérique, et qu'il avait répondu : c Je suis resté ici plus longtemps que je ne l'aurais fait afin de voir si nous aurions la paix ou la guerre; mais cpmme je vois que cette espérance de paix n'est qu'un jeu, et que vous ne faites que nous amuser sans avoir aucune intention de traiter, je ne compte pas demeurer plus longtemps ; je partirai sous peu de jours, » Sur quoi M. Grenville lui avait répondu que ce n'était point un jeu; qu'ils étaieat sincères dans leur intention de traiter, et que le marquis en serait convaincu sous quatre ou cinq jours.
Le marquis me parla ensuite d'une demande du major Ross, tant pour lui-même que pour lord Ghewton, lieutenant^colonel, et pour le lieutenant Haldane* Us étaient tous trois aides de camps de lord Gomwallis, et demandaient à être mis en liberté avec lui. Je dis au marquis qu'il devait mieux connaître que moi IHisage en semblable cas; qu'étant lui-môme nn des généraux à qui ces messieurs avaient engagé leur parole, il avait, plus que moi, le droit de les en décharger, et que si la chose était juste, je désirais qu'il la fit. Lk-dessus, il passa à mon bureau, pour écrire, et me rapporta un papier qui n'était pas, comme je l'avais espéré, une décharge signée de lui, mais une décharge que je devais signer moi-même. Et le major n'ayant pas été content de celle que j'avais faite pour lord Gornwalïis, parce que j'y avais inséré une clause réservant au Congrès le droit d'approuver ou désapprouver ma conduite, se retira sans la prendre; sur quoi j'écrivis lel endemain matin à M. Ûswald la lettre suivante: