‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 25 sur 138 · A RICHARD OSWALD · texte numérisé non relu

A RICHARD OSWALD

Passy, 11 juin 1782, Monsieur»

c J'avais l'intention d'aller vous voir ce matin, pour m'informer de votre santé et pour vous remettre la pièce ci- incluse, concernant la parole de lord Gornwallis; mais, obligé d'aller à Versailles, je dois remettre ma visite à demain.

Le poste que j'occupe ici ne me donne, en aucune manière, le droit de dégager cette parole ; c'est pourquoi j'ai cherché à m'appuyer, du mieux que j'ai pu, sur le pouvoir exprès que le Congrès m'avait donné, d'échanger le général Burgoyne contre M. Laurens. Si j'ai fait la réserve de la confirmation ou de la désapprobation du Congrès, ce n'est pas que j'aie le moindre désir de restreindre la liberté du général, c'est parce que j'ai cru qu'il était de mon devoir de faire cette réserve, s^n qu'on ne m'accusât pas de m'étre arrogé un pouvoir qu'on ne m'a pas donné, en dégageant pleinement et sans autorisation une parole donnée au Congrès. Je suis, etc. B. F.

J'ai peine à comprendre la conduite du major, en refusant cette pièce. Il était venu tout exprès de Londres pour solliciter le dégagement de la parole de lord Corwallis. Il m'avait dit que Sa Seigneurie était fort impatiente de l'obtenir, parce qu'elle se trouvait malheureuse dans sa situation* Une des objections qu'il me fit, c'est que, avec cette décharge limitée. Sa Seigneurie ne pouvait prendre du service au dehors. Il me déclara que l'intention de Sa Seigneurie n'était point de retourner en Amérique. Et cependant, il ne voulut pas accepter la pièce, si je n'en effaçais la réserve. Je ne trouvai pas convenable d'y faire ce changement, et il me quitta, peu content de moi.

Aujourd'hui jeudi 11 j'utn, j'allai à Versailles, oh, j'eus

une longue conférence avec M. de Rayneval, secrétaire du Conseil. Je lai montrai les lettres que M. Oswald m'avait remises de la part de lord Shelbume, et je lui rendis compte de l'entretien que j'avais eu avec M. Oswald. Je lui fis part aussi de ma conversation avec M. Grenville. Nous,concli)mes que le retard de son courrier pouvait être attribué aux formalités nécessaires pour faire passer le bill éPautorisation.

Je descendis avec lui dans le cabinet du comte de Vergennes, ot je repétai et expliquai tout ce que je venais de dire. Ce ministre me parut convaincu que la Cour d'Angleterre était sincère, en déclarant qu'elle désirait la paix. Nous parlâmes des tentatives u'elle avait faites pour nous séparer, de la nécessité de rester unis, et de traiter de concert. Je fis la remarque que, puisque les Anglais avaient montré un si grand désir de nous diviser, en faisant des offres considérables à chaque puissance en particulier, évidemment en vue de traiter plus favorablement avec les autres, et que, puisqu'ils avaient consenti avec tant de répugnance à conclure une paix générale, il était possible, qu'après avoir fait la paix avec nous tous, ils choisissent un d*entre nous pour lui faire la guerre séparément. Pour contrarier ce projet, je crus qu'il ne serait peut-être pas inutile que, avant de signer le traité de paix générale toutes les puissances en guerre avec l'Angleterre fissent un nouvau traité entre elles, s'engageant, en ce cas, à faire de nouveau cause commune, et à renouveler la guerre générale. Le ministre parut approuver mon idée. Il lut la lettre de lord Shelbume concernant M. Walpole, dit que ce dernier avait essayé d'ouvrir des négociations avec le marquis de Gastries', qui lui avait dit qu'il s'était mal adressé, et qu'il fallait voir le comte de Yergennes ; M. Walpole ne s'était jamais présenté. Le ministre ajouta

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