‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 26 sur 138 · M. de Castries était ministre de la marine · texte numérisé non relu

M. de Castries était ministre de la marine

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que c'était un intrigant qui connaiasait beaucoup de personnes à la Cour, et qui avait Phabitude de traiter ses affaires par des voies obliques et cacbées : • Mais, i^outat-il) quand on a quelque cbose à proposer, qui soit de mon ressort, il me semble qu'on doit s'adresser directement à moi : c'est dans mon cabinet que ces affaires se traitent. » Au résumé, le ministre ne parut pas fàcbé que M. Walpole ne fût pas venu le voir, car il ne lui plaisait pas*

J'appris que M. Jay avait pris congé, le 7, des ministres espagnols afin de se rendre ici ; je l'attends d'un jour à l'autre. Je n'entends parler ni de M. Laurena ni de M. Adams.

MererM 12 juin. J'ai été voir M. Oswald ce matin. U me dit qu'il avait reçu la pièce que je lui avais envoyée concernant la parole de lord Gomwcdlis ; qu'en causant avec le major Ross, il lui avait prouvé qu'il avait eu tort de la refuser ; que j'avais fait tout ce qu'on pouvait raisonnaUement exiger de moi, et que j'avais dit, dans cette pièce, tout ee qui pouvait donner du poids à cette décharge temporaire, et engager le Congrès à la confirmer et à la compléter. Le major Ross survint ; il me fit ses excuses de n'avoir pas tout d*abord accepté cette décharge ; il me déclara qu'il en était parfaitement satisfait, et me dit que lord Gomwallis serait fort sensible à cette faveur. Il ajouta que c'était la coutume parmi les militaires, qu'en dégageant la parole d'un général, on rendit aussi celles des aides de camp. Je répondis que j'étais étranger aux nsages de l'armée ; que j'avais poussé mon pouvoir au dernier point, en faisant servir à l'échange de lord Gomwallis le mandat que j'avais pour l'échange du général Burgoyne; que je n'avais pas même une ombre d'autorité pour en faire davantage ; que le marquis de Lafayette avait été présent quand la parole s'était donnée ; qu'il était un des généraux qui l'avait reçue, et qu'il me paraissait plus compétent que moi pour la dégager ; enfin» que

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je ne poiivab rien. Le major alla alors voir le marquis ; ce dernier m'enyûya) dans la sulrôei un projet de décharge limitée qu'il t^ffrait de signer^ mais il demandait mon approbation ; je no fis aucune difficulté de la donner, quoiqu'il eût inséré dans cette pièce qu'il avait agi d'après mes conseils. Il parait trèë prudent, et ne yeut rien faire qui lui donne l'air de s'attribue^ ttn pouToir qu'on ne lui a pas conféréf

Vendredi Ik* M. Boeris est revenu me .voir pour savoir si le courrier de M. Grenville était de retour, et s'il y avait quelque chance que le traité marchât. Je n'ai pu lui donner aucun renseignement. Il me dit que Pintention de la Hollande était de répondre au dernier mémoire de la Russie, pour lui dire qu'on ne pouvait entrer dans aucun traité particulier aveo TAngleterre; qu'il serait plus glorieux pour Sa Majesté Impériale de devenir la médiatrice d'Un traité générâl, et qu'elle devrait fixer le lieu des négociations. Je lui répondis : t Puisque vous me dites que Leurs Hantes Puissances ne sont pas très* satisfaites de la conduite de la Russie > et désirent éviter sa médiation, ne vaudrait-41 pas mieux omettre cette dernière proposition du lieu à choisir, surtout quand la France, l'Angleterre et rAmérique sont déjà convenues de traiter à Paris ? » -^ a Gela pourrait être mieux en effet, réponditil, mais nous n'avons pas de politiques parmi nous» » Je l'engageai à écrire afin qu'on supprimât la proposition, car en avait encore une semaine devant soi, avant que la réponse ne fût arrêtée. Il ne parut pas croire que sa lettre produirait beaucoup d^effet. J'ai observé que son collègue, M. Vanderpierre , avait une plus haute opinion de son crédit et dé son importance.

Samedi Ibjmn. M. Oswald est venu déjeuner avec moi. Nous avons fait ensuite un tour de jardin ; il mô dit alors que le courrier de M. Ôrenville était revenu la veille au sdr. U lui atait apporté une lettre de mistriss Oswald,

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mais pas an mot da ministère. Depuis son arrivée à Paris il n'en avait pas reçu une ligne et ne savait rien de ce que le courrier apportait. Il ajouta qu'il aurait été voir M. Grenville ce matin, sll ne s'était rappelé que ce gentleman était sujet à des migraines du matin qui l'empêchaient de se lever de bonne heure. Je lui dis que, selon toute apparence M. Grenville irait à Versailles, et viendrait me voir à son retour. Il n'y eut guère d'autre conversation entre nous, car nous n'avions aucun nouveau sujet d'entretien. M. Oswald me quitta vers midi ; presque aussitôt arriva M. Grenville. Il m'apprit le retour de son courrier ; et me dit qu'il avait reçu les pleins-pouvoirs. Il avait été à Versailles et avait laissé copie de ses pouvoirs au comte de Vergennes. Il ajouta que Tinstrument était conçu dans les mômes termes que le précédent, sinon qu'après le pouvoir de traiter avec le roi de France ou ses ministres on avait mis : t et avec les ministres de tout autre prince ou ÉttU intéressé au traité. • Le comte de Vergennes avait, me dit-il, fait d'abord quelques difficultés, parce que ces expressions étaient trop générales ; mais il avait dit qu'il mettrait la pièce sous les yeux du roi, et qu'il la communiquerait aux ministres des puissances belligérantes, et qu'il ferait réponse à M. Grenville lundi prochain. M. Grenville ajouta qu'il avait de plus informé M. de Vergennes que ses instructions Tautorisaient à proposer, pour base du traité, la paix de 1763 ; mais que la proposition qu'il avait faite en premier lieu, n'ayant pas été accueillie, elle avait été changée ; que l'Angleterre, au lieu de proposer de reconnaître l'indépendance de l'Amérique, sous la condition qu'on la replacerait dans la situation où elle se trouvait à la paix de 1763, l'avait maintenant autorisé à déclarer Vindépendance de VAmé* rt^ue, avant d*entamer les négodaiûmSj et à proposer ensuite, séparément, la paix de 1763 comme base du nouveau traité. Le comte de Vergennes s'était aussi eogagé

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à mettre cette proposition sons les yenz du roi et à me la communiquer.

M. Grenyille me dit alors qu'il eq^érait que toute difficulté était maintenant écartée, et que nous pouvions procéder au grand œuvre. Je lui demandai si le bill d^au" torisatùm était voté. Il me dit que non; I9 bill avait passé à la Chambre des communes, et avait été lu une première fois à la Chambre des lords, mais n'était pas encore voté. Je remarquai que l'époque ordinaire de la prorogation du Parlement approchait, et qu'on laisserait peut-être cette affaire de côté. Il me dit qu'il n'y avait point de danger, parce que le Parlement ne se séparerait pas cette année avant la mi-juillet ; les affaires des Indes ayant retardé tout le reste,^ on serait obligé de prolonger la session jusque-là. Je lui fis alors observer, que, nous autres Américains, nous nous considérions comme une Puissance ou un État indépendant, mais que le gouvernement Britannique avait jusqu'à présent affecté de ne nous regarder que comme des sujets rebelles. Tant que le bill d'cnUorisation ne serait point passé, pouvait-on supposer que la Cour d'Angleterre, en faisant usage des mots généraux de tout oHtre Prince ou État^ eût l'intention d'y comprendre un peuple qu'elle ne regardait pas encore comme un État? Je craignais donc que les ppuvoirs de M. Grenville, bons pour l'Espagne et la Hollande, ne fussent pas suffisants pour traiter avec l'Amérique. Il me répondit qu'il n'avait aucun doute de la suffisance de ses pouvoirs, et qu'il était prêt à agir d'après eux; je lui en demandai une copie, qu'il me promit.

Il voulut alors entamer une conversation sur le sujet de la réconciliation ; mais je crus à propos de l'éluder, jusqu'à ce que les négociations fussent plus certainement ouvertes. Je lui montrai le journal anglais, contenant l'article que j'ai transcrit plus haut, pour lui faire voir que nos entre* tiens étaient mal rendus, et qu'il y aurait du danger pour

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moi de faire des propoeifiolie dins le moment aetnel. H traita fort légèrement les joumauz, comme diosee sans coDséqneiiees ; mais j'obserrai, qa'aTani d'afoir achevé la lecture de Particle, il regarda en haut da jonmal pesr en ymr la date ; ce qui me fit soupçonner qiHi se demandait si cet article n'avait pas été extrait d'nne de ses lettres. Qnand il m'^nt quitté, j'allai dîner ehes M. de Ghanmont, qni m'avait invité pom* me rénnir avec M. Walpde, sor la demande de oe dernier. Noos nons serrâmes la main et M. Walpole remarqua qull y avait près de deoz ans qne nons ne nous étions vos. Pois me pivnant à part, il me remercia de loi avoir commnmqoé la lettre de lord Shelbnme à IL Oswald ; mais il trouva singulier qne M. Oswald ne lu en eât pas parlé directement : il me dit qu'il avait reçu une lettre de M. Fox sur l'affake de Saint- Eustache, dans laquelle IL Fox exprimait, en termes généraux, le désir de la paix ; qu'il en avait parlé à M. de Gastries» et que celm-d l'avait renvoyé au comté de Vergennes, mais qu'il ne estait pas cni suffisamment autorisé pour aller voir ce ministre. On savait qu'il avait affaire an ministre de la marine^ et par conséquent on ne devait faire aucune attention àses visites; mais sll avait été ches le comte de Veigennes, ministre des affoires étrangères, on ^ aurait parlé. Il avait reculé cette 'visite jusque ce qu'il fût autorisé, et avait écrit en conséquence, àM. FOx. Biais, dans l'intervalle on avait fait choir'de M. Oswald, parce qu'on avait supposé que lui, Walpde et moi, nous n'étions pas d'accord. U paria de M. Oswald comme dhm original, mais en ajoutant, qu'à la vérité sa nation était pleine d'originaux, etc. Nous dînâmes agréablement en fiamille, et nous nons quittâmes avec amitié, sans entrer dans aucun détail d'aflkires. Le comte d'Estaing était de ce dîner, je le rencontrai de nouveau le soir ches Mme Brillon. Dans le peuple on blâme beaucoup la conduite dn comte de Grasse, et l'on désire que le comte

d'EstaîDg ait le commandement en Amérique, gnoiqne j'estime beaucoup cet offîcier, j'évite de me mêler de cette affaire, et même d'en parler ; de ma part, ce ne serait pas convenable.

Dimanche 16. Point de nouvelles de Versailles. J'ai reçu une lettre de M. Adams ; il m'annonce qu'il a tiré sur moi pour un quartier de ses appointements. Il espère que ce sera la dernière fois, parce qu'il est parvenu k trouver quelque peu d'argent en Hollande. Mais M. Adams ne ré« pond rien à ce que je lui ai écrit sur les affaires publiques, et je n'ai pas reçu un mot de M. Laurens ; ce qui m'étonne. J'ai reçu aussi une lettre de M. Garmichaël, datée de Madrid, le 5 juin ; il me dit que M. Jay est en route, et qu'il suppose que je Taurai vu avant de recevoir sa lettre. Je l'attends donc d'un jour à l'autre. Nous avons pris un appartement pour lui à Paris.

Lundi 17. J'ai reçu une lettre de M. Hodgson ; il me dit que les prisonniers américains à Portsmouth, ont été embarqués, au nombre de trois cents, sur des transports; que chacun d'eux a reçu, aux frais du Gouvernement, des provisions pour la valeur de vingt shillings, et s'est embarqué de bonne himieur. Les vents contraires ont empêché les transports d'arriver à temps à Plymouth; mais tous les prisonniers qui sont dans cette ville, joints àceuxquiarri* vent d'Irlande, formant en tout sept cents hommes, seront bientôt en route pour retourner dans leur patrie.

Le soir, le marquis de Lafayette est venu chez moi ; il m'a dit qu'il avait vu le comte de Vergennes, et que le ministre était content des pouvoirs de M. Grenville. Il me demanda ce que j'en pensais, je lui répétai ce que j'avais dit à M. Grenville, au sujet de leur imperfection à notre égard. Il fut de mon avis. Je lui dis que demain je comptais voir le comte de Vergennes.

Le marquis me dit qu'il avait signé la pièce concernant la parole du major Ross, et qu'il espérait que le Congrès

ne le prendrait pas mal ; il ajouta que dans sa conversation avec le major, il -lui avait demandé pourquoi FAngleterre était si lente à faire des propositions : c Nous avons peur, dit le major, de vous offrir plus que vous n'attendez ou ne désirez. »

JTéprouve un peu d'embarras entre mes deux négociateurs. M. Oswaldest le choix de lord Shelburne, M. Grenville celui de M. Fox. Lord Shelburne, à ce qu'on dit, a beaucoup avancé, depuis peu, dans la confiance du roi. M. Fox s'appelle lui-même le ministre du peuple, et il est certain que sa popularité s'est beaucoup accrue depuis quelque temps. Lord Shelburne semble désireux de conduire les négociations. M. Fox parait croire qu'elles appartiennent à son département. On m'assure qu'il n'existe pas entre ces ministres une parfaite intelligence. M. Grenville est fin, il entend raison aussi bien que M. Oswald, mais il ne l'avoue pas aussi promptement. Je crois M. Oswald franc et sincère ; j'ai quelquefois des doutes sur M. Grenville. M. Oswald, un vieillard, semble n'avoir d'autre désir que de se rendre utile en faisant du bien ; M. Grenville , qui est un jeune honmie , désire , naturellement, se faire une réputation, et vise à celle d'habile négociateur. M. Oswald ne recherche aucune part dans l'affaire ; il soumet tout à lord Shelburne et à moi, ne montrant que de la bonne volonté pour nous servir s'il peut nous être utile, et prêt à se retirer si nous ne jugeons pas sa présence nécessaire; M. Grenville parait croire que toute la négociation lui est confiée, il n'a aucune idée que M. Oswald puisse y avoir part ; c'est pourquoi il cherche à étendre les expressions de ses pouvoirs, jusqu'à y comprendre l'Amérique ; et je ne crois pas qu'ils puissent aller jusque-là. J'imagine néanmoins que nous pourrions également bien traiter avec l'un ou l'autre, quoique je préférasse Oswald ; mais je crains qu'il ne survienne quelques difficultés, si nous les employons tous deux, surtout

s'il existe quelque mésintelligence entre leurs chefs. Il faut pourtant que j'écrive à lord Shelhurne pour lui envoyer une proposition quelconque, en réponse à Toffre quMl m'a faite d'investir M. Oswald de tous les pouvoirs que ce gentleman et moi jugerions convenables.

Mardi IS. Je me suis senti fort indisposé d'un rhume violent, et soudain, accompagné d'un peu de fièvre et de migraine; je l'attribue à l'influenza, maladie qui règne maintenant dans plusieurs pays de TEurope. Cette indisposition m'a empêché d'aller à Versailles.

Jeudi 20. Chaleur excessive, mon indisposition continue, mais elle a diminué, je n'ai plus mal à la tête ; je ne suis cependant pas encore en état d'aller à Versailles.

Vendredi 21. Je reçois le billet suivant du marquis de Lafayette :

LE aUHQinS DE LAFAYETTE A B. FRAl^KLIN.

Versailles, Jeudi matin, 20 juin 1782.

Mon cher monsieur,

Suivant votre désir, je me suis présenté chez le comte de Vergennes ; je lui ai dit ce dont Votre Excellence m'avait chargé. Il compte prendre ce matin les ordres du roi, et croit qu'il pourra proposer à M. Grenville une entrevue pour demain, afin de s'expliquer à l'égard de la France et de ses alliés et de faire une communication officielle tant au roi qu'aux ministres alliés. Si Votre Excellence est en état de venir à Versailles, le comte de Vergennes lui fera part de ce qui se passera dans cette entrevue ; au cas contraire, j'aurai l'honneur de vous voir demain soir pour vous donner tous les renseignements que j'aurai obtenus. J'ai rhonneur, etc. Lafayette.

Dans la soirée, le marquis vint chez moi et m'apprit

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que M. Gfentille ayait va le comte de Vergennes, mais il ne put me dire ce qui s'était passé. '

Samedi 22. MM. Oswald et Whitefoord sont venus déjeuner chex moi; M. Oswald n'avait reçu ni lettres ni instructions. Je lui dis que j'écrivais à lord Sbelbame à son sujet, et que j'irais déjeuner avec lui lundi matin pour lui montrer le brouillon de ma lettre, afin qu'il pût y faire les changements qu'il jugerait convenables.

Dimanche 23. M. Jay est arrivé dans l'après-midi, à ma grande satisfaction. Je lui ai proposé de le mener le lendemain matin à Versailles, et de le présenter à M. de Yergennes. Il m*apprit que le ministère espagnol avait été extrêmement frappé des nouvelles d'Angleterre, et des résolutions que le parlement avait prises d'arrêter la guerre en Amérique , etc. ; que depuis lors on avait été fort poli avec lui, et qu'il était question d'envoyer des instructions à l'ambassadeur d'Espagne près de la cour de France, pour faire avec lui ce traité dont on parlait depuis si longtemps.

Lundi 24. J'écris une lettre d'excuse à M. Oswald. Je lui promets de le voir mercredi , et je pars avec M. Jay pour Versailles. Le comte de Vergennes nous dit qu'il avait remis à M. Grenville une réponse à ses propositions, et que ce dernier l'avait aussitôt envoyée à sa cour. Le ministre nous en fit lecture, je tâcherai d'en avoir copie. Le comte de Vergennes nous apprit qu'une frégate allait être expédiée pour l'Amérique, et que, si nous voulions écrire, le courrier qui devait porter les dépèches partirait mercredi matin. Nous résolûmes donc de ne pas aller à la cour, mardi, pour avoir le temps de préparer nos lettres. Le comte de Vergennes parait avoir quelques doutes sur la sincérité de la cour d'Angleterre et sur la bonne foi de M. Grenville ; mais il dit que le retour du courrier lui don* nera quelques lumières.

J'écrivis les lettres suivantes à M. le secrétaire Livingston et à M. Morris:

A BOBERT R. LIVINâSTOM.

Passy, 25 juin 1782.

Monsieur,

J^ai reçu vos lettres des 26 janvier et 13 février. La première était accompagnée d'un modèle de convention pour rétablissement de consuls. M. Barclay est retenu en Hollande depuis six mois, comptant toujours revenir; je n'ai donc rien fait, car je pense que la présence de M. Barclay serait utile pour régler cette affaire. Dès qu'il sera venu je m'occuperai de la terminer.

La seconde lettre appuie sur certaines résolutions du Congrès que vous m'adressez , et qui me chargent de demander à la France un emprunt de douze millions de livres pour l'année courante. J'ai déjà reçu une promesse de six millions, avec la déclaration la plus claire et la plus positive que c'était tout que le roi pouvait faire pour nous, que nous ne pouvions compter surriende plus, que s'il m'arrivait des traites et des demandes par delà cette somme, c'était à moi de voir si je les accepterais , ou comment j'y ferais face, car certainement je n'aurais pas un sou de plus du trésor royal. Après cette déclaration, de quel front pourrais-je demander six autres millions? Ne serait-ce pas dire au roi : a On ne vous croit pas ; vous pouvez faire davantage; vous pouvez me prêter le double de oette somme, si vous voulez. » Lisez ma lettre d'aujourd'hui à M. Morris, vous serez convaincu de l'inconvenance qu'il y aurait à tenir à un pareil ami un langage qu'on peut interpréter de cette façon. J'espère, toutefois, que l'emprunt de trois millions de florins que M. Adam a ouvert en Hollande, et qui, dit-on, réussit, pourra combler ce déficit.

Par les journaux que je vous adresse , vous verrez que

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les dispositions de la nation anglaise, à notre égard, sont changées. Les nonreanx ministres ont envoyé ici deux personnes pour traiter de la paix. Je tiens on journal détaillé de tout ce qoi se passe à ce sojet, je le £ads transcrire pour Yons l'expédier. Je ne yons dirai donc rien de plus à ce sujet, sinon que je crois bien qu'au début les Anglais désiraient sincèrement la paix, mais depuis leurs succès aux Antilles, il me semble voir diez eux un certain désir de traîner les négociations en longueur, pour profiter des chances que peut leur donner cette campagne; et comme il y a tant d'intérêts à ajuster, nous ferons bien de supposer qu'il peut se passer encore une antre campagne , avant que tout le monde soit d'accord. Quelque accident peut aussi rompre les négociations , et nous devons être préparés à tout.

Je comptais sur l'assistance de M. Âdams et de M. Lan* rens. Le premier est trop engagé en Hollande pour venir ici; le second décline ce service, mais j'ai maintenant la satisfaction d'avoir avec moi M. Jay qui est heureusement arrivé d'Espagne , dimanche dernier. Le marquis de Lafayette nous est d'une grande utilité, et comme il est probable que la campagne ne sera pas très-active dans l'Amérique du Nord , je désire le retenir ici quelques semaines encore. C'est par lui que vous recevrez le journal en question, il est déjà assez volumineux, et cependant on ne peut pas dire que les négociations soient ouvertes.

Tous verrez que llrlande a obtenu toutes ses demandes triomphalement. Je ne vois pas un Irlandais qui ne se reconnaisse obligé de ce succès à l'Amérique.

Avant d'avoir reçu vos justes observations , j'avais déjà tiré des ministres anglais la promesse d'échanger tous nos prisonniers. Ils se sont crus obligés d'avoir un acte du parlement qui autorisât le roi à faire cet échange, parce que cette guerre ne ressemble pas aux autres , ayant été faite par un acte de parlement qui nous déclare rebelles,

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et nos prisonniers étant chargés du crime de haute trahison. J'ai donné pouvoir à M. Hodgson de traiter et de conclure pour la délivrance de nos hommes. M. Hodgson était le président du comité qui a recueilli en Angleterre et distribué les souscriptioDS charitables pour les prisonniers américains. J'ai approuvé le projet de convention que M. Hodgson m'a adressé , j'espère que. le Congrès voudra bien en ordonner l'exécution ponctuelle. J'ai longtemps souffert pour ces pauvres et braves gens qui pendant quatre ou cinq ans ont souffert avec tant de patriotisme un dur emprisonnement, plutôt que de servir contre leur pays. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour adoucir leur situation, mais le nombre de ces malheureux était si grand que je n'ai pu faire que peu de chose pour chacun d'eux , et ce grand coquin de Digges les a volés de trois à quatre cents livres sterling qu'il a tirées sur moi pour leur compte *. U m'a dernièrement écrit pour me dire qu'il venait régler avec moi, afin de me prouver que je me trompais fort à son égard, mais il n'a jamais paru, et il est parti pour l'Amérique. Prenez garde à lui, il est fort habile, et il en est plus d'un qu'il a filouté. Chaque jour j'apprends de nouvelles coquineries commises par lui en Angleterre.

L'ambassadeur de Suède à la cour de France est venu me voir pour me demander si j'avais des {Pouvoirs qui m'autorisassent à faire un traité avec son maître au nom des États-Unis. J'ai répondu affirmativement. Il a eu l'air charmé et m'a dit que son roi lui avait ordonné de me faire cette question , et le chargeait de me dire qu'il avait une si grande estime pour moi que ce serait pour lui une satisfaction particulière de traiter avec moi. Il y a peut-être quelque vanité à répéter ceci; mais je pense qu'il est bon que le Congrès le sache, et juge si l'on peut se servir de la réputation ^'un citoyen dans l'intérêt public. Si l'on

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