‹ Correspondance (volume 3)Chapitre 51 sur 138 · III — IJ · texte numérisé non relu

III — IJ

▲ JOHN lAT.

Les ennemis de Franklin,

Passy, 6 janvier 1784.

Cher monsieur,

J'ai reçu votre bonne lettre du 26 décembre, et j'ai enyoyG immédiatement l'incluse à Mme Jay, que j'ai vue il a quelques jours avec ses enfants; tous étaient en parfaite santé. Il est fort heureux que ces petits se soient si bien tirés de la petite vérole; je vous en félioite cordialement

Il est vrai, comme on vous Pa dit^ que j'ai la pierre; mais il ne l'est pas que je song^ à me faire tailler. Josqu'à présent le mal est très-supportd>le« Je n'en souffre qu'en voiture sur le pavé, ou lorsque je fais quelque mouvement brusque. Si je puis empêcher la piem de grossir^ ce que j'espère obtenir par lé régime et ^exercice, je pourrai, sans trop souffrir, finir avec elk mon voyage, dont le terme ne peut être fort loin. Je suis gai, je jouis de la soetété de mes amis, je dors bien, j'ai assez d'appétit, et mon estomac fait bien ses fonctions. Ce dernier pomt est essentiel pour la conservation de la santé. De peur de gâter mon estomac je fuis donc les drogues ; votts pouvefi juger que mon état n'est pas très^grave» puisse je crains plus les remèdes que la maladie.

J'ai grand plaisir à apprendre de vous que mes amis songent encore à moi. Je brûle de les revoir, mais je doute que ce désir s'accomplisse. Si nos pouvoirs pour le traité de commerce arrivaient, et que nous eussions la liberté d'aller négocier en Angleterre, j'irais vous voir, pourvu toutefois que le ministère anglais fût disposé à conclure un pareil traité.

J'ai, comme vous le dites, des ennemis en Angleterre, mais ils ne me détestent que comme Àméricaint J'ai aussi

en Amérique deux ou trois ennemis qui m'abhorrent comme ministre; mais, grâce à Dieu, je n'ai pas dans le monde entier un seul ennemi, comme homme. Avec l'aide de Dieu, je me suis conduit de telle sorte, dans une longue vie, qu'il n'existe personne qui puisse dire justement : c Benjamin Franklin m'a fait du tort. > Voilà, mon ami, une réflexion consolante dans la vieillesse. Vous aussi, vous avez ou vous pouvez avoir des ennemis, mais que cela ne vous rende pas malheureux. Tirez-en hon parti, ils vous feront plus de bien que de mal. Des ennemis nous indiquent nos fautes, ils nous tiennent sur nos gardes, et nous aident à vivre plus correctement.

Mes petits-fils sont sensibles à Thonneur de votre souvenir; ils vous font leurs respectueux compliments, et se joignent aux vœux de votre très-affectionné et très-homble serviteur. B. P.

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