‹ Correspondance (volume 4)Chapitre 108 sur 115 · Allusion aux lettres d'Hutchinson · texte numérisé non relu

Allusion aux lettres d'Hutchinson

régime, et qu'ils n'aient un penchant à traiter le peuple doucement, et à lui faire justice. Nouvelle raison pour dépenser ce revenu en larges traitements donnés à vos gouverneurs et juges, nommés par commission, et durant votre bon plaisir. Défendez-leur d'accepter de leurs provinces un traitement ; de cette façon le peuple ne pourra plus espérer ni douceur chez ses gouverneurs, ni justice chez ses juges, dans les affaires où la couronne est intéressée. Et comme cet argent, mal dépensé, dans une province, est extorqué à toutes, probablement toutes ressentiront cet abus.

14. Si les parlements de vos provinces osent réclamer des droits, ou se plaindre de votre administration, harassez-les par des dissolutions répétées. Si les électeurs renvoient toujours les mêmes hommes, réunissez les députés dans quelque misérable village où ils seront traités fort mal, et gardez-les en cet endroit à votre bon plaisir. Cela, vous le savez, est votre prérogative , c'est un excellent moyen de répandre le mécontentement parmi le peuple, de diminuer son respect et d'accroître sa désaffection.

15. Prenez les braves et honnêtes officiers de votre marine pour en faire des douaniers. A ces hommes qui en temps de guerre ont bravement combattu pour défendre le commerce de leurs concitoyens, enseignez maintenant que ce commerce est leur proie. Qu'ils apprennent à se laisser corrompre par de grands et véritables contrebandiers, mais (pour montrer leur zèle), qu'ils fouillent avec des bateaux armés les baies, les ports, rivières, criques et recoins de toute la côte, qu'ils arrêtent et qu'ils retiennent tout caboteur, tout pêcheur ; qu'ils mettent sens dessus dessous la cargaison et le lest même, et s'ils trouvent un penny d'épingles non déclarées, qu'ils saisissent et qu'ils confisquent tout. De cette façon le commerce de vos colons souffrira plus de ses amis en temps de paix, qu'il n'a souffert de ses ennemis en temps de guerre. Permettez à vos équipages

de douane d'entrer dans toute propriété qu'ils rencontrent sur leur route, de piller les jardins, de voler les porcs et les poules, et d'insulter les habitants. Si les propriétaires insultés et exaspérés, incapables d'obtenir justice, repoussent les agresseurs, les battent, ou leur brûlent leurs bateaux, appelez cela haute trahison et rébellion, envoyez des flottes et des armées dans le pays, et menacez tous les délinquants d'être transportés à trois mille milles de leur pays, pour être pendus, traînés et éeartelés. Oh ! ceci fera un effet admirable !

16. Si l'on vous parle de mécontentement dans vos colonies, ne croyez jamais que ce mécontentement soit général ou que vous y ayez donné cause ; ne songez donc jamais à y porter remède , ou à changer des mesures blessantes. Ne redressez jamais un grief, vous encourageriez ce peuple à demander qu'on en redresse d'autres. Ne cédez jamais à une requête juste et raisonnable, il en ferait une autre qui serait déraisonnable. Sur l'état des colonies demandez tous vos renseignements à vos gouverneurs et à vos officiers qui les détestent. Encouragez et récompensez ces faiseurs de mensonges, gardez leurs calomnies secrètes, pour qu'on ne puisse les confondre, mais agissez comme si ces mensonges étaient la vérité même, et ne croyez rien de ce que vous disent les amis du peuple. Supposez que toutes les plaintes de ces colons sont une invention de quelques démagogues, et que si vous pouviez les attraper et les pendre, tout serait tranquille. En conséquence, attrapez-en et pendez-en quelques-uns ; le sang des martyrs fera des miracles en faveur de votre projet. .

17. Si vous voyez des nations rivales qui se réjouissent à la perspective de votre désunion, et qui essaient de pousser vos provinces à la séparation, laissez-les traduire, publier, glorifier toutes les plaintes de vos colons, et si en même temps elles vous excitent en secret à prendre des mesures plus sévères, n'en prenez pas om-

brage. Pourquoi le feriez-vous, puisque tous vous désirez la même chose?

18. Si une colonie élevait à ses propres frais une forteresse pour défendre son port contre les flottes de l'étranger, faites que votre gouverneur livre cette forteresse entre vos mains. Ne pensez jamais à payer au pays ce qu'il lui en a coûté, cela aurait une apparence de justice ; faites-en une citadelle pour terrifier les habitants et brider leur commerce. S'ils ont déposé dans cette forteresse les armes mêmes qu'ils ont achetées et dont ils se sont servis pour vous aider dans vos conquêtes, saisissez tout ; il n'y a rien de plus provoquant que l'ingratitude ajoutée au vol. Un admirable effet de ces mesures sera de décourager les autres colonies d'ériger de pareilles défenses, et ainsi leurs ennemis et les vôtres pourront les envahir avec bien plus de facilité ; ce sera un déshonneur pour votre gouvernement, mais un grand pas de plus pour la réussite de votre projet.

19. Sous prétexte de protéger les habitants, envoyez des armées dans le pays ; mais au lieu de mettre garnison dans les forts des frontières, pour prévenir les incursions, démolissez ces forts, et installez les troupes au cœur du pays, afin que les sauvages soient encouragés à attaquer les frontières, et que les habitants protègent vos soldats. On croira qu'il y a chez vous mauvaise volonté ou ignorance et cela contribuera à répandre et à fortifier chez les colons l'opinion que vous n'êtes plus en état de les gouverner.

20. Enfin investissez de pouvoirs énormes et inconstitutionnels le général de votre armée dans les provinces, affranchissez-le du contrôle même de vos gouverneurs civils. Qu'il ait beaucoup de troupes sous son commandement, et toutes les forteresses en sa possession , et qui sait alors si, comme les généraux des provinces romaines et encouragé par le mécontentement universel que vous avez semé, il ne se mettra pas en tête d'agir pour son propre

compte. S'il le fait, et si vous avez soigneusement pratiqué mes excellentes règles, toutes les provinces se joindront à lui; je vous en donne ma parole. Et à compter de ce jourlà (si la chose n'est déjà faite) vous serez débarrassés de l'ennui de gouverner vos colonies ; vous en aurez fini avec toute la peste de leur commerce et de leur dépendance, dorénavant et pour toujours.

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