‹ Correspondance (volume 4)Chapitre 35 sur 115 · Works of Franklin. T. IV, p · texte numérisé non relu

Works of Franklin. T. IV, p

2. Les trois cent mille électeurs que la Préface opposait aux trois mille pétitionnaires sont un bien gros chiffre pour la Pensylvanie en 1764; il y a ici un peu d'exagération.

les hommes les plus connus par leur vertu, leur sagesse et leur talent!

ce Mais il semble que toutes ces qualités ont été accaparées par le parti des Propriétaires. Car ces messieurs disent : « La partie la plus sage et la meilleure de la province se fait cr une toute autre idée de la mesure proposée ; elle consi- « dère que signer cette pétition ce serait renoncer à ses « droits héréditaires. » Je les félicite de l'honneur qu'ils se font à eux-mêmes, des sincères compliments qu'ils se donnent et qu'ils acceptent; j'admire la noble liberté avec laquelle ils foulent aux pieds ce vieux semblant de modestie et de formule usée : « Nous le disons, nous qui ne devrions <r pas le dire. » Mais ce qui me surprend, c'est que durant les sept semaines d'un ajournement, calculé pour consulter les électeurs, et durant les quinze jours où l'Assemblée a siégé, Leurs Sagesses et Leurs Perfections n'aient jamais eu la bonté d'offrir le moindre petit morceau de leur prudence, de leur science ou de leurs conseils à ces représentants téméraires, ignorants, inconsidérés? Sagesse dans la tête n'est point comme argent dans la bourse; en donner à autrui n'appauvrit point. Pour nous éclairer, ces messieurs auraient pu allumer nos chandelles d'un sou sans diminuer l'éclat de leurs propres flambeaux. Mais ils ont laissé nos représentants marcher dans la nuit jusqu'à ce que l'acte fatal fût accompli, et une pétition envoyée au roi pour le prier de prendre en ses mains le gouvernement de la province. Si cette pétition est accueillie, « c'en est fait de notre « glorieuse liberté, de notre charte et de nos privilèges; » nous voici esclaves à jamais. Cruelle économie! Nous refuser l'aumône d'un peu d'intelligence quand Dieu vous en a tant donné, et quand l'Assemblée vous tendait la main! »

Je finirai par un passage qui n'a vieilli ni en Amérique , ni ailleurs.

« On a depuis longtemps observé qu'avec les partis po-

litiques on est ange ou démon, suivant qu'on approuve leurs mesures ou qu'on les combat. Je dis cela pour consoler les vieux pécheurs. En politique comme en religion, le repentir et la conversion, si tardifs qu'ils soient, obtiennent le pardon et procurent la grâce. Témoin le dernier président, M. Norris. Depuis trente ans solide et constant adversaire des empiétements des Propriétaires, depuis trente ans on l'a continuellement insulté ; on ne lui a accordé ni une vertu, ni une bonne qualité. Aujourd'hui, qu'il hésite à s'adresser à la couronne, il est devenu tout d'un coup un fidèle serviteur. Mais voyons le texte pour éviter toute méprise. Bon, je me suis trompé, je croyais qu'il y avait fidèle serviteur du public, mais je lis seulement: fidèle serviteur de la Chambre. Expression prudemment choisie et scrupuleusement pesée de la part d'une plume propriétaire. C'était trop d'éloge pour une personne qui de la mesure proposée ne désapprouve que le moment où elle est prise. Homme respectable, si vous pouviez faire un pas de plus, dire que le gouvernement des Propriétaires est bon et doit être continué, tous vos crimes politiques seraient effacés, et vos péchés écarlates deviendraient aussi blancs que la neige et la laine ; vous finiriez votre vie avec honneur, je veux dire avec les honneurs des Propriétaires. P.... prêcherait votre oraison funèbre, et S...., cet empoisonneur des réputations, embaumerait votre mémoire. Mais ces honneurs, vous ne les recevrez jamais. Votre santé et votre force revenues, on vous trouvera à votre ancien poste, ferme défenseur de la patrie.

« Il y a aussi de quoi encourager les jeunes pécheurs. M. Dickinson, que l'homme à la Préface introduit dans le monde, a été longtemps haï des uns et dédaigné des autres dans la faction; mais aujourd'hui, et par la même raison que M. Norris, il est devenu un sage docteur ès-lois, un oracle constitutionnel. Je ne voudrais pas ôter une feuille à la couronne de ce jeune gentleman. Je lui conseille de

garder soigneusement les panégyriques dont on le comble; an jour ils serviront à le consoler, en balançant les calomnies dont la faction l'accablera, quand il ne la suivra pas dans toutes ses mesures. Probablement il ne voudra pas la suivre, mais assurément Ja faction ne l'épargnera pas. Il y a des bouches qui soufflent le chaud aussi bien que le froid, et qui flétrissent sur votre front les lauriers que leurs mains y ont placés. Experto crede Roberto. Que la faveur du Propriétaire vous laisse un moment dans l'oubli, et ce « grand nombre des principaux personnages de Philadelphie, » qui est venu vous demander votre discours, vous méprisera sur-le-champ et vous abandonnera '. »

En cette année 1764, les élections se firent à l'automne et furent vivement disputées. Le gouvernement était en jeu, et les Propriétaires ne négligeaient rien pour se défendre. A Philadelphie, ils l'emportèrent; Franklin, toujours réélu depuis quatorze ans, fut battu par une majorité de vingt-cinq voix sur quatre mille votants. Mais ce fut une victoire trompeuse. Quand l'Assemblée se réunit, les deux tiers des membres étaient décidés à demander le rappel de la Charte. Pour réussir à Londres, il fallait un homme éprouvé; ce fut Franklin qu'on choisit. On le nomma agent auprès de la Cour britannique pour conduire les affaires de la province et soutenir la pétition qui demandait un changement de gouvernement.

Ce fut un coup de foudre pour les Propriétaires. Ils se croyaient débarrassés d'un adversaire actif et redoutable ; ils allaient se retrouver face à face avec lui sur un théâtre où il serait plus libre et plus dangereux,

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