W. T, IV, p
Dans l'Assemblée, John Dickinson attaqua vivement cette nomination. Tout en rendant à Franklin la justice qu'un honnête homme ne pouvait lui refuser, Dickinson déclama avec chaleur contre les principes et la conduite politique de son adversaire. Avec une éloquence un peu boursouflée, il témoigna une terreur qui aujourd'hui nous semblerait ridicule, si l'habitude des débats parlementaires n'enseignait l'indulgence. Les partis ne voient rien qu'avec des verres grossissants, et ils signalent une montagne là où la postérité cherchera une taupinière et ne la trouvera pas.
Après avoir cité Aristide, Gaton et Épaminondas, Dickinson termina par la phrase suivante :
« La personne qu'on nous propose a été appelée aujourd'hui une des grandes lumières du monde savant. Loin de moi la pensée d'affaiblir un mérite que j'admire. Qu'il brille, mais qu'il n'enveloppe pas sa patrie dans les flammes. Que dans une condition privée, dans une sphère moins haute, il répande une lumière bienfaisante; mais qu'on ne le laisse point courir et flambloyer comme une comète qui traîne après soi la terreur et la misère1. »
Malgré cette belle métaphore, la majorité de l'Assemblée élut Franklin ; la minorité protesta et imprima cette Protestation. Gela était contraire à tous les usages de l'Amérique. Dans un pays libre, la minorité se soumet en attendant une revanche. Si, à chaque défaite, le parti vaincu fait appel à l'opinion contre la majorité, il fausse les ressorts même du gouvernement et finit par rendre odieux le régime de discussion, c'est-à-dire le régime même de la liberté,