A M. WILLIAM ALEXANDER
Passy, 12 mars 1778 l.
Dans le pamphlet que vous avez eu la bonté de nren« voyer, il y a un fait important qui est travesti; l'auteur n'a pas eu sans doute des renseignements exacts. Je veux parler de ce qui se passa entre M. Grenville et les colonies. L'auteur du pamphlet nous dit que M. Grenville demanda une certaine somme, que les colonies refusèrent de rien accorder, et que c'est après ce refus seulement que le ministre proposa la loi du timbre. Aucun de ces détails n'est vrai. Voici le fait.
Dans l'hiver de 1763-64, M. Grenville réunit les agents des colonies, et leur dit qu'il se proposait de tirer un revenu d'Amérique. Son intention était de lever dans les colonies un droit de timbre, qu'il ferait voter par acte du Parlement dans la prochaine session. Il avait voulu en informer les agents des colonies pour leur laisser le temps de la réflexion. S'ils préféraient un autre impôt également productif, ils pouvaient lui en parler. Les agents furent donc chargés d'écrire chacun à son Assemblée, et de communiquer au ministre les réponses qu'ils recevraient. Ils écrivirent ce qu'on leur avait dit.
Quand cette nouvelle arriva, j'étais membre de l'Assemblée de Pensylvanie. On fit observer que l'usage ancien, établi, régulier pour demander des aides aux colonies, était celui-ci : L'opportunité était d'abord examinée par le souverain dans son conseil privé ; après avoir pris ce sage avis, il chargeait son secrétaire d'État d'écrire des lettres aux différents gouverneurs, en leur enjoignant de les soumettre aux assemblées. Dans ces lettres on exposait la cause de l'aide demandé; on y joignait des paroles