Publiée par M. Sparks dans la vie de Franklin, pag
gracieuses exprimant la confiance de Sa Majesté qui comptait sur le devoir et l'affection de ses colonies pour en obtenir de l'argent dans la mesure de leurs ressources, de leur loyauté et de leur zèle.
Les colonies, ajoutait-on, avaient toujours libéralement rérondu à ces réquisitions, si libéralement dans la dernière guerre, que le roi, sachant qu'elles avaient accordé beaucoup plus que leur part, avait recommandé au Parlement , cinq ans de suite, de leur allouer quelque indemnité; et en conséquence, le Parlement leur avait rendu deux cent mille livres par an, à partager entre elles.
La proposition de taxer les colonies dans le Parlement était donc cruelle et injuste. En vertu de la Constitution, les colonies n'avaient affaire qu'au roi seul, en matière d'impôts; elles n'avaient rien à démêler avec aucun financier, ni aucun financier avec elle. Les agents n'étaient pas le canal convenable pour faire des réquisitions; ils ne pouvaient s'entendre avec M. Grenville, ni lui faire aucune proposition au sujet des taxes à mettre par le Parlement sur leurs constituants, car le Parlement n'avait réellement aucun droit de taxer les colonies, et la note qu'avait envoyée le ministre n'avait pas le caractère d'un ordre du roi, peut-être même avait-elle été faite à son insu. Enfin quand le roi voulait obtenir quelque chose des colonies, il accompagnait toujours de bonnes paroles sa réquisition; mais, au lieu de leur faire une demande convenable, on leur avait envoyé cette fois une menace, en leur disant qu'elles seraient certainement taxées, et en ne leur laissant que le choix de l'impôt.
Malgré cela, ajoutait-on, l'Assemblée de Pensylvanie était si loin de refuser de l'argent, qu'elle avait pris la résolution suivante :
« Que la colonie avait toujours considéré et considérerait toujours comme étant de son devoir d'accorder une aide à la couronne, dans la mesure de ses ressources, et quand
la demande lui en serait faite dans la forme ordinaire et constitutionnelle. »
Je partis bientôt après pour l'Angleterre, et je pris avec moi une copie authentique de cette résolution. Je la remis à M. Grenville avant qu'il présentât l'acte du timbre. Dans la chambre des communes, en présence de M. Grenville, j'affirmai ce fait, M. Grenville ne me démentit pas. D'autres colonies prirent des résolutions semblables. Si, au lieu de présenter sa loi , M. Grenville s'était adressé au roi en son conseil pour en obtenir ces réquisitions qu'expédiait aux colonies le secrétaire d'État, je suis sûr qu'il aurait obtenu de la bonne volonté des colonies plus d'argent qu'il n'en attendait de ses timbres. Mais il préféra la contrainte à la persuasion, et ne voulut pas recevoir de notre bonne volonté ce qu'il croyait pouvoir obtenir sans cela. C'est de cette façon qu'on tendit aux Américains ce pont d'or que, suivant l'ingénieux auteur du pamphlet, ils refusèrent de tendre au ministre et au Parlement ; mais les Américains refusèrent de passer.
Telle est la véritable histoire de cette affaire, et comme il est probable que cet excellent pamphlet aura une nouvelle édition, je désire que vous communiquiez ma lettre à son honnête auteur, qui, je n'en doute pas, corrigera son erreur. B. F.
La proposition faite par M* Grenville aux colonies ressemblait beaucoup à celle que, vingt ans plus tard, M. de Calonne adressait en France à rassemblée des notables, et qu'une piquante caricature représentait ainsi : un orateur, un ministre haranguant un troupeau de dindons leur disait : « Messieurs, je vous ai réunis pour vous demander à quelle sauce vous désirez être mangés? — Mais nous ne voulons pas être mangés, répondaient les honorables volatiles. — Messieurs,
vous sortez de la question, » reprenait le ministre. Et combien de ministres ont raisonné de la même façon ?
En France, le droit des citoyens était depuis si longtemps tombé en désuétude, qu'on pouvait soutenir qu'il appartenait au roi d'établir l'impôt suivant les besoins du royaume; tout au plus pouvait-on réserver le contrôle des Parlements. Mais, en Angleterre, c'était un principe incontesté que les élus de la nation avaient seuls le droit de stipuler pour leurs commettants et de consentir l'impôt en leur nom. Point de représenta" tion, point d'impôt, est une des maximes les plus certaines de la Constitution et de la liberté anglaises.
Les colonies étaient-elles représentées par le Parlement d'Angleterre? — Oui, disaient les partisans de la souveraineté métropolitaine; le Parlement représente tout l'empire. — Non, disaient les colons; le Parlement ne représente que ceux qui l'ont élu. Notre Parlement, à nous, ce sont nos assemblées coloniales; c'est a nos mandataires qu'il appartient de voter l'impôt que nous payons.
C'est sur cette question que porta la querelle qui finit par la séparation des deux pays.
Les colonies avaient pour elles l'usage constant, les précédents de l'Irlande et du pays de Galles, et ce fait important qu'elles dépendaient du roi et non du Parlement ; mais le ministère avait pour lui l'opinion des Anglais, la volonté du roi et l'intérêt fiscal. L'acte du timbre fut voté malgré les remontrances des colonies et les efforts de leurs agents.
Peu de temps après cet événement, Franklin écrivit ce qui suit à Charles Thomson :
Univers/tas
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