CHAPITRE V
Agitation à Boston. — Changement du ministère anglais.
— Lord Hillsborough. — Élections anglaises. — Franklin fait réimprimer à Londres les lettres d'un fermier.
— Il est nommé président de la Société philosophique américaine. — Réponse aux questions de M. Strahan.
— Rappel de quelques clauses de Pacte de revenu. — Ses rapports avec lord Hillsborough. — Voyage en Irlande. — L'éveque de Saint-Asaph.
Franklin était à peine de retour à Londres, qu'on y reçut la nouvelle de l'agitation de Boston. Charles Townshend avait fait voter par le Parlement anglais une loi qui imposait le papier, le carton, les couleurs, le verre à vitre et le thé portés aux colonies; c'est ce qu'on appela Y acte de revenu. D'autres lois, votées dans la même session, établissaient en Amérique des commissaires de douane et chargeaient la couronne de fixer le salaire des gouverneurs, des juges et autres fonctionnaires. Jusque-là tous ces agents dépendaient, pour
leur traitement, du vote annuel des Assemblées coloniales.
Cet envahissement des libertés américaines fut considéré par le peuple de Boston comme une suite du système oppressif qui avait commencé avec l'acte du timbre. De toutes parts on se réunit pour résister aux prétentions anglaises, et on jugea que le plus sûr moyen d'amener la révocation de ces mesures odieuses, c'était de s'engager mutuellement à ne point acheter les marchandises importées de la métropole, et de prendre ainsi les Anglais par l'intérêt.
Cette résistance, qui ébranlait le ministère, inquiéta les amis de l'Amérique. C'était prêter le flanc à Topposition qui voulait arriver au pouvoir, et cette opposition avait pour mot de ralliement la soumission, et, au besoin, l'écrasement de l'Amérique. Pour apaiser cette émotion, Franklin publia une brochure intitulée : Des causes du mécontentement en Amérique avant 1 768. Mais les esprits étaient trop agités pour se calmer. Le roi, avec un entêtement fatal, voulait faire sentir son bras aux colonies, et, au commencement de 1768, le ministère changea. Lord Hillsborough fut mis à la tête du Bureau du commerce, et on créa une setrétairerie d'État pour l'Amérique, dont on le chargea. C'était un homme honnête, intègre, mais d'un esprit étroit, entêté et violent; il eut la plus grande part aux mesures qui précipitèrent la révolution d'Amérique. Revenons maintenant sur ces événements, et laissons la parole h Franklin :
A WILLIAM FRANKLIN
Résolutions de Boston, — M* Grenville et M. Onslow*
Londres, 19 décembre 1767.
Cher fils,
Les résolutions du peuple de Boston, relativement au commerce, font ici beaucoup de bruit4. Le Parlement n'en a pas encore pris connaissance, mais les journaux jettent les hauts cris contre l'Amérique. A la cour, dimanche passé, le colonel Onslow me dit que je ne pouvais m'imaginer combien les amis de l'Amérique étaient abattus et affaiblis par cet événement, et combien le parti Grenville triomphait! Je viens de faire un article pour le Chronicle de mardi prochain, afin d'adoucir un peu les choses2.
A propos du colonel Onslow, je me rappelle une petite scène qui eut lieu au Parlement, à l'ouverture de la session, entre lui et M. Grenville. Ce dernier s'était déchaîné contre l'Amérique, en l'accusant de trahison, de rébellion, etc., lorsque le colonel, qui a toujours été un de nos plus fermes amis, se leva et dit gravement : qu'en lisant l'Histoire romaine, il avait remarqué une coutume excellente chez ce peuple sage et magnanime ; sitôt que le sénat était instruit d'un mécontentement dans les provinces, il envoyait deux ou trois personnes prises dans son sein, qui s'informaient du sujet de leurs plaintes, afin qu'on pût employer quelques voies de douceur, avant de sévir contre elles, pour les forcer à l'obéissance. Il dit que, dans l'état présent des colonies, il croyait que cet exemple était bon à suivre , car il convenait, avec l'honorable préopinant, qu'il y avait de grands mécontentements parmi les colons. En consé-