‹ Correspondance (volume 5)Chapitre 37 sur 86 · C'est UQ quartier de Londres · texte numérisé non relu

C'est UQ quartier de Londres

Supposons que leur i Nous apprenons que,,,, dont ils se servent pour nous annoncer le prochain voyage de tel ou tel grand personnage, soit une pure invention. Encore est-ce un plaisir innocent qu'ils nous offrent quand nous lisons, et un utile sujet de conservation quand nous sommes en train de causer.

■ Les Anglais, monsieur, sont trop disposés à se taire quand ils n'ont rien à dire, trop disposés à s'ennuyer quand ils se taisent, et trop disposés à se pendre quand ils s'ennuient. Par ces mots : Nous apprenons que,,,, on nous fournit d'abondantes ressources pour causer. Nous discutons le motif de ces voyages, la chance qu'ils ont d'être entrepris, la possibilité de leur exécution.' Là nous déployons notre jugement politique, notre connaissance des intérêts des princes, notre science géographique, et (quand nous en avons) notre dextérité dans Targumentation. Cependant on tue les heures d'ennui , nous rentrons à la maison charmés des applaudissements que nous avons reçus, ou tout au moins de ceux que nous nous sommes donnés à nous-mêmes; nous dormons so.lidement, et nous continuons de vivre au grand profit de nos familles.

Mais, monsieur, j'ose dire que toutes les nouvelles qui paraissent improbsJ^les ne sont pas de pures inventions. Quelques-unes sont de sérieuses vérités, je l'affirme, foi de voyageur. Et à ce propos, laissons M. le Spectateur de Pimlico, et permettez-moi de vous citer les différents récits que, dans leur zèle méritoire pour le bien-être de la pauvre vieille Angleterre y messieurs les journalistes nous ont fait des manufactures qui s'établissent dans les colonies au préjudice de celles du royaume. Des lecteurs superficiels, qui ont le front de prétendre qu'ils connaissent ces pays, nous disent que l'établissement de ces manufactures n*est pas seulement improbable, mais qu'il est impossible, parce que leurs moutons ont si peu de laine qu'on n*y ferait pas à Yannée une paire de bas pour chaque habitant; ils ajoutent

que la main-d'œuvre est si chère, qu'à l'exception de quelques produits grossiers, on n'y peut travailler avec avantage ni le fer ni tout autre matière première.

Cher monsieur, ne nous laissons pas amnser par ces puériles objections. La queue seule des moutons américains est tellement chargée de laine, qu'on est obligé de la faire porter sur un petit chariot ou wagon à quatre petites roues, afin qu'elle ne traîne point par terre. Si la laine n'était pas si abondante et à bas prix, est-ce qu'on en ferait de l'étoupe à calfater les navires, ou de la litière pour les chevaux? Et que signifie la cherté du travail lorsqu'un shilling anglais y est reçu pour vingt>cinq? Quand on a annoncé qu'en une seule semaine on avait engagé ici trois cents tordeurs de soie pour New-York, cela a été traité de fable, parce que là-bas il n*y a pas de soie à tordre. Ceux qui font cette objection ignorent peut-être qu'au môme moment les agentis du roi d'Espagne traitaient à Québec de la fourniture de mille pièces de canon, destinées aux fortifications de Mexico, qu'en même temps ils achetaient à New-York tous les tapis de laine dont ils ont besoin pour leurs maisons des Antilles, et qu'enfin des agents de Tempereur de Chine négociaient un échange de soie brute contre de la laine que les pirogues chinoises doivent emporter par le détroit de Magellan.

Et cependant tout cela est aussi certainement vrai que la nouvelle de Québec, que j'ai lue dans les journaux de la semaine derrière. On nous y apprend que les habitants du Canada se préparent à pêcher la morue et la baleine, cet itéj dans les grands lacs. Des ignorants viendront nous dire que les grands lacs sont de l'eau douce, tandis que la morue et la baleine sont des poissons d'eau salée; apprenez-leur, monsieur, que la morue, comme tout autre poisson attaqué par l'ennemi, se sauve où elle peut, que les baleines, quand elles ont dans l'esprit de manger de la morue, la poursuivent partout oii elle fuit, et que dans cetta

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chasse, le grand saut de la ]>aleine par-dessus les chuteg du Niagara, est regardé, par tous ceux qui Pont vu, comme un des plus beaux spectacles de la nature.

Vraiment, Monsieur, le monde est devenu trop incrédule. Il est, comme le pendule, oscillant toujours d'un extrême k l'autre. Naguères on croyait tout ce qui était imprimé,parc6 que c^était imprimée Aujourd'hui on n'y croit plus, et par la même raison. Les sages s'étonnent des progrès que fait l'infidélité. Quand ils ont appris au peuple à douter de l'autorité des journaux et de la vérité des almanachs, ils auraient dû réfléchir qu^on en arriverait bientôt à ne plqs croire aux récits authentiques des spectres et des sorcières, et à douter même des vérités du Credo,

Voilà ce que j'ai cru nécessaire de dire en faveur d'une honnête classe d'écrivains, qui ne peut vivre à Taise qu'en fournissant aux imprimeurs des nouvelles au bas prix de six pences la pièce, et qui témoigne toujours son respect pour la vérité, en contredisant dans un autre article ce qu'elle a dit d'erroné, toujours au prix de six pences, à la grande joie et instruction de nous autres qui étudions a« café l'histoire et la politique, ainsi que de tous les futurs Tite-lives, Rapins, Robertsons, Humes et Macaulay * qui auraient Tintention sérieuse de fournir au monde ce rara avis, une histoire véritable.

Je suis, monsieur, votre humble serviteur.

Un voyageur.

On peut trouver la plaisanterie nn peu lourde. Franklin y met ordinairement plus de finesse, miais il ne faut pas oublier qu'à cotte époque l'Angleterre avait la folie de la prohibition. Pitt, qui défendait courageu-*

1. L'histoire d'Angleterre de mlstriss Maoaulay était asses oé« IhbrepouT que Mirabeau en domiât la traduotion.

sèment la liberté politique des colonies, déclarait de sa voix la plus solennelle que, si TAmérique osait fabriquer un fer de cheval^ il lui ferait sentir tout le poids de la puissance britannique. Quand on voit un si grand politique soutenir de pareilles énormités, on se prend k admirer doublement Franklin, ce bonhomme ingénieux et malin qui rend Terreur ridicule pour mettre la vanité et l'intérêt au service de la vérité.

Si l'on avait contre soi les marchands anglais, on avait à craindre, et plus encore, les idées fiscales du gouvernement. Tirer un revenu des colonies, c'était alors le projet favori des politiques, et, par malheur pour les colonies, M. Grenville, le chef du ministère, était un de ces esprits inquiets qui croient qu'un gou« vemement est fait, non pas tant pour maintenir la justice et la paix que pour remuer les hommes et les ehoses. Quieta non movere était la devise de Robert Walpole; c'était aussi celle des marchands françaiS| qui répondaient à un ministre trop bienveillant : c Si vous voulez faire quelque chose pour nous, monseigneur^ laissez-nous tranquilles. » Sage parole qui devrait servir de leçon aux hommes d'Ëtat.

L'histoire de M. Grenville et de ses projets malencontreux nous est racontée par Franklin, dans une lettre que nous placerons ici avant sa date, parce qu'elle a trait aux événements des années 1763-1766.

A M. WILLUM ALEXANDER.

Passy, 12 mars 1778 •.

Dans le pamphlet que yons avez eu la bonté de m'en- Toyer, il y a un fait important qui est travesti; Tauteur n'a pas eu sans doute des renseigneâients exacts. Je veux parler de ce qui se passa entre M. Grenville et les colonies. L'auteur du pamphlet nous dit que M. Grenville demanda une certaine somme, que les colonies refusèrent de rien accorder, et que c'est après ce refus seulement que le ministre proposa la loi du timbre. Aucun de ces détails n'est vrai. Voici le fait.

Dans l'hiver de 1763-64, M. Grenville réunit les agents des colonies, et leur dit qu'il se proposait de tirer un revenu d'Amérique. Son intention était de lever dans les colonies un droit de timbre, qu'il ferait voter par acte du Parlement dans la prochaine session. Il avait voulu en informer les agents des colonies pour leur laisser le temps de la réflexion. S'ils préféraient un autre impôt également productif, ils pouvaient lui en parler* Les agents furent donc chargés d'écrire chacun à son Asseiùblée, et de corn* munîqùer au ministre les réponses qu'ils recevraient. Ils écrivirent ce qu'on leur avait dit.

Quand cette nouvelle arriva, j'étais membre de l'Assemblée de Pensylvanie. On fit olraerver que l'usage ancien, établi, régulier pour demander des aides aux colonies, était celui-ci : L'opportunité était d'abord examinée par le souverain dans soit conseil privé ; après avoir pris ce sage avis, il chargeait son secrétaire d'État d'écrire des lettres aux différents gouverneurs, en leur enjoignant de les soumettre aux assemblées. Dans ces lettres on exposait la cause de Taide demandé; on y joignait des paroles

/. Publiée par M. Sparks dans la "vie dô Fraxvkliti, çag, 291,

gracieuses exprimant la confiance de Sa Majesté qui comptait sur le devoir et Taffection de ses colonies pour en obtenir de Targent dans la mesure de leurs ressources, de leur loyauté et de leur zèle.

Les colonies, ajoutait-on, avaient toujours libéralement répondu à ces réquisitions, si libéralement dans la dernière guerre, que le roi, sachant qu'elles avaient accordé beaucoup plus que leur part, avait recommandé au Parlement , cinq ans de suite, de leur allouer quelque indemnité; et en conséquence, le Parlement leur avait rendu deux cent mille livres par an, à partager entre elles.

La proposition de taxer les colonies dans le Parlement était donc cruelle et injuste. En vertu de la Constitution, les colonies n'avaient affaire qu'au roi seul, en matière d'impôts; elles n'avaient rien à démêler avec aucun financier, ni aucun financier avec elle. Les agents n'étaient pas le canal convenable pour faire des réquisitions ; ils ne pouvaient s'entendre avec M. Grenville, ni lui faire aucune proposition au sujet des taxes à mettre par le Parlement sur leurs constituants, car le Parlement n'avait réellement aucun droit de taxer les colonies, et la note qu'avait envoyée le ministre n'avait pas le caractère d'un ordre du roi, peut-être même avait-elle été faite à son insu. Enfin quand le roi voulait obtenir quelque chose dei^ colonies, il accompagnait toujours de bonnes paroles sa réquisition; mais, au lieu de leur faire une demande convenable, on leur avait envoyé cette fois une menace, en leur disant qu'elles seraient certainement taxées, et en ne leur laissant que le choix de l'impôt.

Malgré cela, ajoutait-on, l'Assemblée de Pensylvanie était si loin de refuser de l'argent, qu'elle avait pris la résolution suivante :

• « Que la colonie avait toujours considéré et considérerait toujours comme étant de son devoir d'accorder une aide à la couronne, dans la mesure de ses ressources, et quand

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la demande lui en serait faite dans la fonne ordinaire et constitutionnelle. »

Je partis bientôt après pour l'Angleterre, et je pris avec moi une copie authentique de cette résolution. Je la remis à M. Grenville avant qu'il présentât Tacte du timbre. Dans la chambre des conmiunes, en présence de M. Grenville, j*affîrmai ce fait, M. Grenville ne me démentit pas. D'autres colonies prirent des résolutions semblables. Si, au lieu de présenter sa loi, M. Grenville s'était adressé au roi en son conseil pour en obtenir ces réquisitions qu'expédiait aux colonies le secrétaire d'État, je suis sûr qu'il aurait obtenu de la bonne volonté des colonies plus d'argent qu'il n'en attendait de ses timbres. Mais il préféra la contrainte à la persuasion ) et ne voulut pas recevoir de notre bonne volonté ce qu'il croyait pouvoir obtenir sans cela. C'est de cette façon qu'on tendit aux Américains ce pont d'or que, suivant l'ingénieux auteur du pamphlet, ils refusèrent de tendre au ministre et au Parlement; mais les Américains refusèrent de passer.

Telle est la véritable histoire de cette affaire, et comme il est probable que cet excellent pamphlet aura une nouvelle édition, je désire que vous communiquiez ma lettre à son honnête auteur, qui, je n'en doute pas, corrigera son erreur. B. F.

La proposition faite par M. Grenville aux colonies ressemblait beaucoup à celle que, vingt ans plus tard, M. de Galonné adressait en France à rassemblée des notables, et qu'une piquante caricature représentait ainsi : un orateur, nn ministre haranguant un troupeau de dindons leur disait : « Messieurs, je vous ai réunis pour vous demander à quelle sauce vous désirez être mangés? — Mais nous ne voulons pas être mangés, répondaient les honorables volatiles. — Messieurs,

VOUS sortez de la question, > reprenait le ministre. Et combien de ministres ont raisonné de la même façon?

En France, le droit des citoyens était depuis si longtemps tombé en désuétude, qu'on pouvait soutenir qu'il appartenait au roi d'établir l'impôt suivant les besoins du royaume; tout au plus pouvait-on réserver le contrôle des Parlements. Mais, en Angleterre, c'était un principe incontesté que les élus de la nation avaient seuls le droit de stipuler pour leurs commettants et de consentir l'impôt en leur nom. Point de représenta'^ tiont point d'impôt^ est une des maximes les plus certaines de la Constitution et de la liberté anglaises*

Les colonies étaient-elles représentées par le Parlement d'Angleterre? — Oui, disaient les partisans de la souveraineté métropolitaine; le Parlement représente tout l'empire. — Non, disaient les colons; le Parlement ne représente que ceux qui l'ont élu. Notre Parlement, à nous, ce sont nos assemblées coloniales; c'est à nos mandataires qu'il appartient de voter l'impôt que nous payons.

C'est sur cette question que porta la querelle qui finit par la séparation des deux pays.

Les colonies avaient pour elles Tujsage constant, les précédents de l'Irlande et du pays de Galles, et ce fait important qu'elles dépendaient du roi et non du Parlement ; mais le ministère avait pour lui l'opinion des Anglais, la volonté du roi et l'intérêt fiscal. L'acte du timbre fut voté malgré les remontrances des colonies et les efforts de leurs agents.

Peu de temps après cet événement, Franklin écrivit ce qui suit à Charles Thomson;

lOO CORRESPONDANCE

k CHARLES THOMSON.

Londres^ 11 juillet 1765.

Comptes, mon bon voisin, que j'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour empêcher l'adoption de l'acte du timbre. Personne n'était plus intéressé que moi à s'y opposer sincèrement et de tout cœur. Mais le courant était trop foft pour nous. La nation était irritée par nos réclamations d'indépendance, tous les partis se sont réunis pour résoudre la question contre nous. Il nous eût été moins difficile d'empêcher le soleil de se coucher. Résister, était chose impossible. Maintenant que le soleil est couché, et qu'il se passera longtemps peut-être avant qu'il se lève, tirv^ns de la nuit le meilleur parti. Nous pouvons encore allumer des chandelles. L'économie et le travail nous indemniseront. L*oisiveté et l'orgueil nous taxent plus lourdement que les rois et le Parlement*. Débarrassons-nous des deux premiers, il nous sera facile de nous débarrasser des autres.

Franklin se résignait; il ne croyait pas â la possibilité d'une résistance. L'Amérique avait trop peu d'habitants. C'était de l'avenir qu'il attendait l'indépendance de sa patrie, ou plutôt l'égalité des droits entre la métropole et les colonies.

En Amérique, on était moins patient; la réponse de Charles Thomson donne on tableau fidèle de l'opinion d'outre-mer :

« Il est vrai que dans les colonies d'Amérique le soleil

1. On reconnaît ici les maximes du bonhomme Richard. V. les ^ssa:'s de morale.

de la liberté décline rapidement, s'il n'est déjà couché. Mais je crains qu'au lieu de chandelles que vous nous dites d'allumer, nous n'ayons bientôt que des œuvres de ténèbres. Les planteurs sont alarmés au dernier degré. Les colonies entendent, et avec raison, qu'on ait égard à leurs libertés et à leurs privilèges, aussi bien qu*à leur commerce. Les colons ont bravé l'horreur du désert, ils ont soutenu Tattaque des sauvages ; c'est au grand avantage de l'Angleterre , qu'ils ont planté le pays au prix de leur sang et de leur argent, et après cela l'Angleterre voudrait qu'ils se résignassent à perdre tout ce qu'un Anglais est instruit à chérir? Est-ce raisonnable, est-ce juste? Les colons ne peuvent le croire. Ce n'est pas seulement nos biens que nous défendons. Nos] libertés, nos privilèges les plus essentiels sont atteints du même coup, i

Peu de temps après le vote de l'acte du timbre, M. Grenville, qui désirait adoucir autant que possible Texécution de la loi, fit appeler les agents des colonies et, par Tintermédiaire de son secrétaire, M. William Whately, leur demanda de désigner comme directeur du timbre en chaque colonie la personne qui' leur semblerait la plus agréable aux habitants. Puisque les colons payaient la taxé, c'était bien le moins qu'ils en eussent le profit. Gbaque agent colonial nomma un candidat pour sa province. Franklin désigna pour la Pensylvanie M. John Hughes, un de ses vieux amis, ancien négociant, et alors membre de l'Assemblée de Pensylvanie; ce dernier fut choisi par le ministère.

c Aucun de nous, dit Franklin, ne prévoyait ou n'imaginait que notre réponse au ministre pût être interprétée comme une approbation de l'acte^ autremi^tit.'^^'^

d'entre nous auraient désigné un agent, et, pour ma part, je ne l'aurais pas fait ^. »

Cette complaisance de Franklin fut dénaturée par ses ennemis. On imprima quil avait approuvé la mesure ministérielle, et qu'il avait sollicité pour lui-même une place de directeur du timbre. Le docteur Tucker^ doyen de Glouoester, reprit cette accusation fâcheuse en 1774, quand la querelle s'envenima de nouveau entre l'Angleterre et les colonies. Tucker n'était pas un homme sans mérite , quoiqu'il eût le tort , pour un ecclésiastique y de s'occuper beaucoup plus d'économie politique que des choses sacrées; ce qui faisait dire malicieusement à Warburton, son évêqpe : c Le métier du doyen, c'est sa religion, et sa religion est im métier. » Franklin repoussa vivement cette imputation calomnieuse ; mais il faut avouer qu'il y avait eu un peu de légèreté dans son fait. H eût mieux valu qu'aucun agent des colonies n'eût pris, une part directe ni indirecte à l'exécution d'une loi qui inquiétait l'Amérique.

Quand on apprit aux colonies le vote de la loi du timbre, l'émotion fut universelle. Dans tous les Parlements coloniaux (les Assemblées n'étaient pas autre chose), on prit des résolutions^ en d'autres termes on protesta contre une mesure inique, oppressive, sans précédent dans le droit britannique. En même temps, on envoya aux agents coloniaux des pétitions qui demandaient au roi et au Parlement le rappel de cette injuste loi.

Tandis que les Assemblées, tout en protestant, gar-

J, Lettre au docteur Tucker, Works of Franklin, IV, p. 522

daient les formes légales, le peuple menaçait les direo teurs de timbre et les forçait à résigner leur commission. Le papier timbré était repoussé comme un poison; on ne voulait pas que le sol américain fût souillé par cette marque de servitude, et en plusieurs ports il fut impossible de le débarquer; il fallut le renvoyer en Angleterre sur les vaisseaux mêmes qui l'avaient apporté.

Franklin ne fut pas épargné par ses commettants. Tandis que M. John Hughes était obligé de se faire garder jour et nuit dans sa maison, victime de Fintérét que lui avait porté un vieil ami, on affichait à Philadelphie une caricature qui représentait le diable soufflant à l'oreille de Franklin les mots suivaiits : « fien, tu seras mon agent dans tous mes domaines, » et au bas quatre vers qui disaient : « Il n'a pensé qu'à bâtir des châteaux et amasser des écus. Vendre à beaux deniers le public, c'est l'esprit de celui qui n'a jamais pu vivre de son bien*. »

Il y eut même un moment où la maison de Franklin fut menacée. William, le gouverneur de New«Jersey, accourut au secours de sa famille; mais la vaillante Deborah ne voulut pas quitter son foyer, et se contenta d'envoyer sa fille à Burlington.

f Pendant neuf jours, écrivait-elle à son mari, tout le monde m'a pressée de partir, et on a conseillé à Sally d'aller à Burlington pour être en sûreté. Le cousin Davenport est venu et m'a dit que plus de vingt personnes lui avaient répété que son devoir était de rester avec moi. Je

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