‹ Correspondance (volume 5)Chapitre 38 sur 86 · Parton, Vie de Franklin^ 1. 1, p · texte numérisé non relu

Parton, Vie de Franklin^ 1. 1, p

lui ai répondu que j'étais toujours charmée des politesses qu'on pouvait me faire, et il est resté quelque temps avec moi; vers le soir je lui ai dit qu'il ferait bien d'avoir un fusil ou deux, parce que nous n'en avions pas. J'ai fait également prier mon frère de venir et d'apporter son fusil, de telle sorte que nous avons fait d'une chambre un arsenal; j'ai établi en haut de la maison une espèce de rempart, du mieux que j'ai pu. Quand on m'a conseillé de m'éloigner, j'ai répondu que j'étais sûre que vous n'aviez rien fait pour blesser personne, que je n'avais offensé personne, et que je n'avais rien contre personne, mais que si on. venait me troubler , je saurais me défendre. On m'a dit qu'il y avait huit cents hommes prêts à aider quiconque serait insulté. »

Telle était la situation en Amérique, lorsqu'au com* mencement de 1766, Taffaire revint devant le Parlement. Le ministère avait changé. M. Grenville était remplacé par le marquis de Rockingham ; le général Gonway était le leader des Communes. On conunençait à comprendre qu'on faisait fausse route ; la nouvelle administration cherchait un biais qui, tout en réservant théoriquement les droits du Parlement, fît disparaître cet impôt malencontreux et rassurât les colonies.

Au mois de février 1766, le Parlement ouvrit une enquête sur la situation. Par son caractère d'agent des colonies, Franklin était naturellement désigné pour y figurer. Il est probable que lïdée de l'appeler avait été suggérée par le ministère, qui voulait le rappel de la loi. On voit dans l'examen de Franklin plus d'une question qui n'a pu être faite que par un ami ; mais il 7 en a beaucoup d'autres qui ont été brusquement

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adressées par des adversaires. Les réponses de Franklin, sa parfaite connaissance d'un sujet difficile, son calme, sa dignité, son à-propos, sa hardiesse, sa fran* chise étonnèrent l'auditoire et eurent au dehors un immense retentissement. Dans la vie de ce sage poli* tique, il n'y a peut-être point d'acte qui honore plus son talent et son caractère. « Ce sera, dit avec raison M. Jared Sparks, l'étemel monument de sa sagesse, de sa fermeté, de sa sagacité et de son. patriotisme ^ » Voici cet examen; nous le donnons tout entier malgré sa longueur, car rien ne peut expliquer plus clairement la condition de l'Amérique et les causes qui amenèrent cette révolution où Franklin devait jouer un grand rôle jusqu'à la fin de sa vie :

EXAMEN DU DOCTEUR BENJAMIN FRANKLIN DEVANT LA CHAM- BRE DES COMMUNES, SUR LE RAPPEL DE l'ACTE DU TIMBRE, EN 1766.

1) Demande, Votre nom et votre domicile?

Réponse, Franklin, de Philadelphie.

2) D. Les Américains payent-ils chez eux des taxes de quelque importance?

R. Ils en payent beaucoup et de très-lourdes.

3) D. Quelles sont les taxes actuellement établies en Pensylvanie par les lois de la colonie?

R. Il y a des impôts sur toutes les propriétés immobilières ou mobilières, un impôt personnel, un droit sur les offices, professions, commerce et affaires, droit proportionnel aux bénéfices. Il y a une excise [ou impôt indirect] sur le vin, le rhum, les esprits, un droit de dix livres ster*

ling par tètQ de nègre importé, et encore quelques autres droits.

4) D. A quoi servent ces impôts?

R. A Fentretien de Padministration civile et militaire du pays, et au payement de la lourde dette contractée durant la dernière guerre.

5) D. Combien de temps ces taxes doivent-elles durer? R. Celles qui sont destinées au remboursement de la

dette doivent être continuées jusqu'en 1772, et plus longtemps si à cette époque la dette n'est pas payée tout entière. Les ^utres sont à perpétuité.

6) D. N'espérait-on pas que la dette serait remboursée plus tôt?

R. Oui: lorsque la paix fut faite avec la France et l'Espagne. Mais une nouvelle guerre ayant éclaté avec les In« diens, a amené un nouvel emprunt, et en conséquence les taxes ont été continuées par une nouvelle loi.

7) D. Toute la population n'est-elle pas fort en état d'acquitter ces taxes?

R. Non. Les frontières, dans toute l'étendue du continent, ayant été fréquemment ravagées par Tennemi et fort appauvries, ne sont en état de payer qu'un très-faible impôt. C'est pourquoi, en considération de leur détresse, nos dernières lois financières ont favorisé ces cantons, en déchargeant ceux qui ont souffert. Je suppose qu'on fait de même dans les autres provinces.

8) D. N'êtes-vous point intéressé dans l'administration des postes d'Amérique ?

R, Oui, je suis directeur général des postes de l'Amérique du Nord.

9) D. Ne regardez-vous pas la distribution du papier timbré par la poste, à tous les habitants, comme chose trèspraticable, s'il n'y avait point d'opposition?

R. Les postes ne vont que le long des côtes, elles ne pénètrent point dans l'intérieur du pays, sauf quelques

rares exceptions ; si elles le faisaient, renvoi des papiers timbrés par la poste occasionnerait une dépense qui, en bien des cas, dépasserait de beaucoup le produit du timbre.

10) D.' Connaissez-vous l'Ile de Terre-Neuve? R. Je n'y ai jamais été.

11) D. Savez-vous s'il y a dans cette lie des routes de poste?

R. J'ai oui dire qu'il n'y a point de routes du tout, et que les communications d'un établissement à l'autre ne se font que par mer,

12) D. Pourriez-vous distribuer des papiers timbrés par la poste en Canada?

R. Il n'y a de poste qu'entre Montréal et Québec. Les habitants vivent si épars et si éloignés les uns des autres dans cette vaste contrée, qu'on ne peut point y entretenir la poste, par conséquent, ils ne peuvent recevoir de papier timbré par la poste. Les colonies anglaises qui bordent les frontières sont aussi très-peu peuplées*

13) D. Cet état de choses ne rendrait-il pas l'acte du timbre très à charge pour ces habitants, s'il s'exécutait?

R. Sans nul doute : car un grand nombre d'habitants ne pourraient se prpcurer le papier timbré dont ils auraient besoin, sans de longs voyages et sans une dépense peutêtre de trois ou quatre livres pour faire gagner six pences à la couronne.

Ik) D. Les colonies, grâce à leur prospérité, ne sont* elles pas en état de payer le droit de timbre?

R. Dans mon opinion, il n'y a pas assez d'or et d'argent dans les colonies pour payer le droit de timbre pendant un an.

15] D. Ne savez-vous pas que le produit du timbre doit être dépensé tout entier en Amérique?

R. Je sais que suivant l'acte, cet argent est attribué an service de l'Amérique; mais il se dépensera dans les co-

lonies conquises ' où l'on entretient des troupes, et non dans les colonies qui le payeront.

16) D. N'y a-t-il pas une balance de commerce qui, des colonies où sont les troupes, reversera cet argent dans les colonies anciennes?

R. Je ne crois pas. Je pense qu'il reviendra très-peu d'argent. Je ne connais pas de commerce qui doive le rapporter chez nous. Je crois que, des colonies où on le dépensera, l'argent passera directement en Angleterre, car j'ai toujours observé que, dans toute colonie, plus il y a de remises sur l'Angleterre, plus on demande de marchandises, et plus on fait de commerce avec l'Angleterre.

17) D. Quelle est, suivant vous, la population blanche de la Pensylvanie?

R. Elle est, je suppose, d'environ cent soixante mille habitants.

18) D. Dans ce nombre, combien y a-t-il de quakers? R. Peut-être un tiers.

19) D. Combien d'Allemands?

R. Peut-être un autre tiers. Toutefois je ne saurais l'assurer.

20) D. Y a-t-il beaucoup de ces Allemands qui aient servi comme soldats en Europe?

R. Oui : beaucoup ont servi en Europe et en Amérique.

21) D. Sont-ils aussi mécontents du droit du timbre que les Anglais?

R. Oui, plus encore; et avec raison, car, en beaucoup de cas, ils payeront double timbre '.

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